Le pic de 3,4 millions de visiteurs enregistré en 2024 à Strasbourg ne sera pas battu cette année. Et c’est plutôt une bonne nouvelle pour (presque) tout le monde. Le marché de Noël de Strasbourg est dans « une phase d’équilibrage », analysait Guillaume Libsig, adjoint à la maire en charge des animations urbaines, le 24 décembre au soir. « Si on se stabilise à 3 millions de visiteurs, ça sera le juste partage entre le citoyen et le touriste. »
En dépit de l’absence de chiffres consolidés, la tendance dans la capitale de Noël est clairement à « un ralentissement de la fréquentation » qui a été « bonne, sans être exceptionnelle », selon l’élu. Hormis les week-ends, on a pu déambuler de manière « plus fluide et plus apaisée » dans les rues et sur les places recouvertes de chalets.
Du côté des commerçants, ce tassement se vérifie dans le livre de compte. Un gérant de chalet installé place Broglie déplore une baisse de recettes de 10 à 20 % par rapport à 2024. Des pertes pas sans lien avec le changement d’horaires : « En ouvrant à 11 h 30, on perd la fréquentation du matin. Du coup tout le monde vient à 14 h », maugrée le marchand. Autre facteur d’explication : des clients plus regardants à la dépense du fait d’un pouvoir d’achat en berne.
Une commerçante dans un chalet du marché de Noël de Haguenau, le 28 décembre 2025. Photo Thomas Toussaint
À Haguenau, la carte de la convivialité
La baisse du panier moyen agit comme une lame de fond du nord au sud de la région. À Haguenau par exemple, la soixantaine d’exposants n’a pas trop mal travaillé « vu la conjoncture » défavorable. « C’est moins bien que l’an passé mais ce n’est pas catastrophique », résume un vendeur de boissons chaudes. Avec son marché de Noël « à taille humaine », la cité du Houblon mise sur la carte de la convivialité pour soigner ses visiteurs. Et la recette fonctionne. « Indéniablement, on a du report des marchés de Strasbourg et Colmar. Les gens nous le disent : certains sont lassés de Strasbourg », confirme Christine Wendling, directrice de la Maison des associations. Outre les locaux, de plus en plus de touristes étrangers sont séduits.
Place d’Armes à Sélestat. Photo Jean-Paul Kaiser
À Sélestat, l’attrait des expos gratuites
Espagnol, italien, flamand, allemand… On a aussi entendu parler plein de langues à Sélestat, où la fréquentation s’annonce stable, autour d’un demi-million de visiteurs. Les expositions gratuites organisées à la Bibliothèque humaniste, sur la tradition du sapin ou les boules de Meisenthal, ont cartonné.
La place du Marché à Obernai, dimanche 21 décembre 2025, peu avant la tombée de la nuit. Photo Guillaume Muller
À Obernai, plus de monde en semaine
Les touristes étrangers, Espagnols en tête, ont, comme les années précédentes, bien rempli le centre-ville d’Obernai. L’affluence s’est stabilisée après plusieurs années de forte hausse en sortie de Covid. Cette édition 2025, qualifiée de « très satisfaisante » par le maire Bernard Fischer en attendant les chiffres officiels, se singularise par un meilleur lissage de la fréquentation : moins de monde le week-end, davantage en semaine. Un vendeur de galettes de pommes de terre a trouvé que « les étrangers consomment bien, les Français consomment moins ». Dans l’ensemble, les commerçants d’Obernai ne sont pas mécontents.
Place de la Réunion à Mulhouse, les clients se pressent au stand d’une vendeuse de saucisses le 23 décembre 2025. Photo Antonin Utz
À Mulhouse, la gastronomie plutôt que les décos
Le marché de Noël de Mulhouse a fait le plein, la place de la Réunion ne désemplissant pas en particulier le soir et le week-end. Les locaux se sont mêlés aux Espagnols venus en car, aux Allemands et aux Suisses, dans les files d’attente des stands de vin chaud, de saucisses, de spaetzle ou de gaufres. Au grand dam de ce commerçant spécialisé dans les décorations de Noël : « Les gens ont privilégié la gastronomie plutôt que les petits cadeaux. »
Dans les allées noires de monde du marché de Noël de Colmar, le 28 décembre 2025. Photo Nicolas Pinot
À Colmar, l’essor des transports en commun
À Colmar, un premier bilan provisoire suggérait une fréquentation stable, mais qui se replie légèrement le week-end. « La baisse a même été assez forte les deux premiers dimanches, en raison du mauvais temps », admettait le maire Éric Straumann. Le deuxième samedi, en revanche, « a battu des records ». Grâce au succès du marché gourmand, devenu « le rendez-vous des Colmariens » sous la grande roue, et aux installations de la place Rapp, les flux sont « mieux répartis » et on respire (un peu) mieux au milieu de la foule.
Autre enseignement, le trafic routier s’est partiellement reporté vers les transports en commun, contribuant à décongestionner la RD83 entre Colmar et Sélestat. « On enregistre une hausse de 50 % du nombre de passagers sur les lignes Trace qui desservent les villages alentour », se félicite le maire, qui y voit un effet de la mise en place dans les bus de bornes permettant le paiement direct par carte bancaire.
Le marché de Noël de Turckheim. Photo Hervé Kielwasser
À Turckheim et à Munster, les petits grandissent
Le marché des lutins de Turckheim a cette année encore fait le plein de visiteurs, notamment espagnols, mais certains exposants ressentent une légère baisse par rapport à 2024, qui avait été exceptionnelle. L’ouverture quotidienne d’un volet du calendrier de l’Avent après 17 h constitue une animation très attractive dans la cité du Brand.
À l’écart des grands circuits touristiques, le marché de Noël au cœur des montagnes de Munster tire son épingle du jeu. Dopé depuis trois ans par les navettes de Noël au départ de la gare de Colmar, il voit son affluence bondir chaque hiver, sans saturation à ce stade devant ses stands de soupe au munster. Les derniers chiffrages tablaient sur 10 000 à 15 000 passages en 24 jours. Singularité du lieu : il accueille autant de locaux que de touristes devant ses brûlots.