Par
Magali Vogel
Publié le
30 déc. 2025 à 20h24
Les forces de l’ordre s’attendaient à des déversements de fumier, mais sans doute pas à un brasier géant. Ce mardi 30 décembre 2025, à Cazères, au niveau de la sortie 23 de l’A64, au sud de Toulouse, des agriculteurs de Haute-Garonne ont allumé un immense feu sur le rond-point menant à la bretelle d’accès. Une vingtaine de gendarmes étaient présents pour assurer la sécurité, tout comme les pompiers. Reportage.
Les agriculteurs en colère et pacifistes
Il est 11 heures, ce mardi, lorsqu’une quinzaine de tracteurs s’emparent du rond-point, près de l’aire de covoiturage d’Aygossau. Les manifestants, une quarantaine, arrachent des arbres à grands coups de tracteurs et déversent de la paille, du fumier et des pneus.
La scène dure une trentaine de minutes avant que l’un des manifestants ne gratte une allumette. Un feu symbole de leur colère s’embrase après plusieurs semaines de revendications restées sans réponse. L’incendie se propage sur l’asphalte. À quelques mètres de là, des pneus adossés à des panneaux de signalisation sont aussi en proie aux flammes. La circulation doit être fermée. Les automobilistes qui arrivent sur ce rond-point écarquillent les yeux. Certains sont un peu pris de panique par les flammes, mais le feu est maîtrisé et les agriculteurs pacifistes.
Ces agriculteurs veulent être vus, entendus. Face à un gouvernement qu’ils estiment sourd à leurs revendications, ils se disent prêts à tenir dans la durée. Pour l’avenir de leurs exploitations, mais aussi pour celui de leur métier.

Manifestation des agriculteurs à Cazères, en Haute-Garonne, mardi 30 décembre 2025 (©Magali Vogel / Actu Toulouse)La mobilisation est générale
Actu Toulouse a notamment rencontré Luc Mesbah, président de la FDSEA et organisateur du mouvement de colère du jour. À travers cette action coup de poing, à la fois symbolique et médiatique, il souhaite alerter l’opinion publique sur la fragilité du monde agricole.
« Ce mardi, nous sommes en manifestation intersyndicale et nous la mènerons jusqu’aux accords du Mercosur, prévus mi-janvier (NDLR). Nous ne voulons pas qu’ils soient signés », explique-t-il.
Votre région, votre actu !
Recevez chaque jour les infos qui comptent pour vous.
Il ajoute : « C’est une mobilisation générale. Les agriculteurs demandent que nous continuions à mettre la pression sur le gouvernement, car nous ne sommes pas entendus. La colère monte de plus en plus et elle montera encore davantage début janvier ».
En centre-ville de Toulouse samedi
Samedi 3 janvier 2026, il prévoit avec ses camarades un défilé symbolique dans le centre-ville de Toulouse, afin d’aller à la rencontre des Toulousains. « Nous voulons évoquer nos vaches qui ont été abattues dans le département et expliquer nos problématiques. L’enjeu n’est pas seulement l’agriculture, mais l’alimentation de demain, qui est remise en cause ».
Les revendications des agriculteurs de Haute-Garonne — et d’autres régions — sont multiples : une modification du protocole concernant la dermatose nodulaire contagieuse et les abattages, l’abandon de la signature de l’accord du Mercosur, l’absence de nouvelles taxes sur les engrais, ainsi qu’une simplification administrative. « Il faut arrêter de prendre les agriculteurs pour des andouilles », conclut Luc Mesbah.

Rond point de l’aire de voiturage de l’Aygossau, à Cazères, Haute-Garonne. (©Magali Vogel / Actu Toulouse)« Nos enfants n’auront plus rien à manger »
Ce qui a mis le feu aux poudres, c’est l’abattage systématique des bêtes atteintes de la dermatose nodulaire contagieuse. Les agriculteurs réclament une vaccination renforcée et un gouvernement davantage dans l’anticipation. « Cette maladie vient d’Espagne. On n’est pas du tout soutenus, on n’a pas de vision à long terme et on ne peut pas continuer comme ça », dénonce Luc Mesbah.
Jean, chevrier dans les Corbières et président du collectif du 26 août, est venu soutenir ses collègues lors de cette action. « C’était important pour moi d’être ici parce que l’enjeu, c’est de savoir ce que nous allons manger demain. Si nous ne sommes plus là, nos enfants n’auront plus rien à manger. C’est lamentable. On ne comprend pas pourquoi l’État veut tuer la paysannerie en France », témoigne-t-il.
Une nouvelle rencontre avec la ministre est prévue lundi à Paris. « Si nous avons les mêmes réponses que l’autre jour, le combat sera déterminé et nous irons jusqu’au bout pour les faire flancher », préviennent les représentants du mouvement.
« Il n’y a pas que Jérôme Bayle qui peut entrer sur l’autoroute »
Après plusieurs heures de mobilisation, les agriculteurs ont pris possession d’une portion de l’A64, trois sorties plus au sud du blocage mené par Jérôme Bayle. Une action vécue comme une fierté par les hommes et les femmes mobilisés ce mardi 30 décembre.

Jean, chevrier dans les Corbières, présent sur le blocage de la bretelle d’autoroute 23 de l’A64. (©Magali Vogel / Actu Toulouse)
« Il n’y a pas que Jérôme Bayle qui peut entrer sur l’autoroute », entend-on dans la foule, déterminée à maintenir la pression. « Ça va être compliqué pour nous, mais il faut mener ce combat », poursuit Jean. » L’État ne veut pas nous entendre. Ils veulent abattre 21 % du cheptel en France ».
Pour lui, cette perspective est une aberration : « La génétique est un travail de longue haleine dans les élevages bovins. Réimplanter des vaches sur un secteur demande un travail colossal. Pour reconstruire un cheptel, il faut au minimum vingt ans. On ne demande pas grand-chose : écoutez-nous ».
De nombreux agriculteurs sont à bout : à bout de nerfs, mais aussi épuisés physiquement. Pourtant, ils restent debout. Depuis le 12 décembre, certains mangent dehors et tiennent les blocages jour et nuit. « J’ai passé le réveillon et Noël sur les barrages de l’A64. Ce n’est pas facile, mais le mouvement va se durcir à la rentrée », raconte Jean. Père de deux filles de 7 et 13 ans, il assure pouvoir compter sur leur soutien. « En ce moment, on passe plus de temps à manifester que dans nos fermes, mais on tient, il y va de notre survie ».
Rendez-vous est pris avec la ministre de l’agriculture lundi 5 janvier 2026, à Paris, pour négocier une sortie de conflits.
Personnalisez votre actualité en ajoutant vos villes et médias en favori avec Mon Actu.