Avec l’adoption à l’unanimité d’une loi spéciale, l’année 2025 s’est terminée à l’Assemblée nationale comme elle avait commencé. Dans une totale irresponsabilité budgétaire et un complet déni des réalités financières, dans de minables calculs électoraux et un souverain mépris de l’intérêt général. Dans la défaite de la raison et le triomphe de la démagogie. Celle de tous ces discours affirmant que taxer davantage les riches suffirait à désendetter le pays et qu’en revanche réduire notre niveau record de dépenses sociales plongerait le pays dans la misère et le chaos. De tous ces discours visant à dédramatiser la situation de nos finances publiques, expliquant que la France ne court aucun danger malgré sa dette frôlant les 3 500 milliards d’euros et son déficit dépassant les 5 % du PIB.
Le fait est que, en dépit de l’impasse budgétaire et de l’instabilité politique, le spread OAT-Bund – qui mesure l’écart de taux d’intérêt entre les emprunts d’État français et allemands à dix ans – ne s’est pas envolé, s’inscrivant même à la veille de Noël à 0,7 %, bien en deçà des 0,88 % atteints au lendemain du départ de Michel Barnier.
Bienveillance des investisseurs internationaux
La crise financière anticipée par beaucoup – dont l’auteur de ces lignes – ne s’est pas produite. Même après les baisses à répétition de la note de la France par Moody’s, Fitch et S & P, même après la démission forcée de François Bayrou, même après la suspension insensée de la réforme des retraites, nos créanciers étrangers n’ont pas choisi de nous sanctionner en se débarrassant des obligations assimilables du Trésor dont ils détiennent 55 % du stock.
On aurait toutefois tort d’y voir un signe de confiance dans la solidité de la dette française et encore moins dans la capacité des gouvernements actuels et futurs à assainir les finances publiques. Cette bienveillance des investisseurs internationaux repose d’abord et avant tout sur leur conviction, peut-être immodérée, que tout sera mis en œuvre, à l’échelle européenne, pour empêcher que l’État français fasse défaut sur sa dette.
L’année 2025 vient en tout cas d’apporter la preuve définitive que notre pays est un passager clandestin de l’euro qui profite de la sécurité financière que celui-ci procure sans respecter les règles de vie commune. Et, pire, qu’au lieu de le pousser à se réformer la monnaie unique lui a permis, et continue de lui permettre, de vivre dans l’immobilisme, le déficit budgétaire perpétuel et le confort artificiel d’une croissance et d’un pouvoir d’achat financés à crédit.
L’économie française a sans doute aujourd’hui moins à craindre d’une crise financière aiguë, d’un accident brutal et fatal sur les marchés que du nœud coulant que représente la hausse inéluctable de la charge de la dette. Celle-ci représentait 30 milliards d’euros en 2020, 66 milliards cette année et pourrait atteindre, selon la Cour des comptes, 108 milliards d’euros en 2029. À quelle hauteur devra-t-elle grimper pour que les Français et leurs dirigeants politiques se réveillent ? Dans quelle langue le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, devrait-il s’exprimer pour être entendu quand il alerte sur le risque d’« étouffement budgétaire » et explique que le supplément d’intérêts à payer sur la dette représentera d’ici dix ans le budget de l’Éducation nationale ?
C’est dans l’indifférence médiatique générale que le taux de l’OAT à dix ans a fini l’année à son niveau le plus élevé depuis 2011, le plus haut également de tous les pays de la zone euro, au-dessus des taux grecs, espagnols, italiens et… slovaques. Une humiliation financière pas de nature pourtant à émouvoir nos députés, même ceux qui portent leur patriotisme en bandoulière, bien trop occupés à dénoncer le traité de libre-échange avec le Mercosur et à songer à leur propre réélection.