Donald Trump en démonstration lors du récent tirage au sort de la prochaine Coupe du monde de football, un événement organisé au désormais bien nommé « Trump Kennedy Center » de Washington.

WILLIAM VOLCOV / Brazil Photo Press via AFP

Donald Trump en démonstration lors du récent tirage au sort de la prochaine Coupe du monde de football, un événement organisé au désormais bien nommé « Trump Kennedy Center » de Washington.

Presque intégralement reprise en main et contrôlée par des proches de Donald Trump depuis son retour à la Maison Blanche, la salle de spectacle du Kennedy Center − ou devrait-on dire Trump Kennedy Centrer depuis qu’il a été rebaptisé ainsi − connaît de nouveaux remous en interne. Qui, cette fois, ne concerne pas la série South Park.

Et pour cause, plusieurs artistes ont décidé de suivre l’exemple de l’artiste Chuck Redd en annulant leur venue dans ce haut lieu culturel de la capitale américaine. Ces musiciens devant notamment jouer lors de représentations de fin d’année ont annoncé annuler leur performance, suscitant l’ire de Richard Grenell, président de l’institution et proche du président américain Donald Trump.

« Les artistes qui annulent aujourd’hui leurs spectacles avaient été engagés par la précédente direction d’extrême gauche », a-t-il écrit sur X lundi soir, les qualifiant de « militants ». « Les arts sont pour tout le monde et la gauche en est furieuse », a-t-il ajouté, dénonçant un « boycott ».

Pour The Cookers, un groupe de jazz qui a décidé d’annuler son concert du 31 décembre, « le jazz est né de la lutte et d’une obstination sans relâche pour la liberté : liberté de pensée, d’expression », écrivent-ils dans un communiqué. « Nous ne tournons pas le dos à notre public, et nous voulons nous assurer que lorsque nous reviendrons sur scène, la salle pourra célébrer la présence totale de la musique et de tous ceux qui la composent ».

Kristy Lee, une chanteuse de folk, a confié sur les réseaux sociaux qu’annuler son concert prévu en janvier 2026 « fait mal. C’est comme ça que je paye mes factures. Mais perdre mon intégrité me coûterait plus cher que n’importe quel salaire ».

Doug Varone and Dancers, une compagnie de danse dont la performance à Washington était prévue en avril 2026, a également justifié son choix lundi sur Instagram : « Suite à la dernière décision de Donald Trump de renommer la salle en son honneur, nous ne pouvons plus nous permettre, ni demander à notre public de mettre les pieds dans cette institution autrefois prestigieuse ».

Nouvelle direction, nouveau visage

Avant eux, c’est le musicien Chuck Redd qui avait le premier refusé de s’y produire la veille de Noël à cause de cette nouvelle appellation aux accents MAGA un peu trop prononcés. Richard Grenell avait d’ailleurs évoqué un geste « politique » dans une lettre partagée aux médias. Dans ce courrier, il menaçait également le batteur et vibraphoniste connu pour avoir joué avec Dizzy Gillespie de poursuites judiciaires. Et lui demandait au titre de son annulation une compensation d’1 million de dollars, selon une lettre consultée par l’AFP, accusant le musicien d’« intolérance » et de « stratégies d’intimidation ».

La cause de ce tout ce vacarme est évidemment le changement de nom du Kennedy Center, opéré mi-décembre. Ultime symbole de la prise de contrôle des lieux par le président américain, qui compte en faire un emblème de sa lutte contre le prétendu « wokisme » au sein des institutions culturelles fédérales.

Ce changement de nom, illégal, a été dénoncé par la famille du président Kennedy et l’opposition démocrate. Mais sans résultat à ce stade. Après avoir repris le contrôle du Kennedy Center en ayant poussé l’ancien conseil d’administration vers la sortie pour en composer un nouveau avec plusieurs de ses proches, la nouvelle direction choisie par Donald Trump a par ailleurs supprimé les drag shows et les événements célébrant la communauté LGBT+.

À la place ? On y retrouve désormais davantage de conférences de la droite religieuse et d’artistes chrétiens. En guise de triste conclusion pour le Kennedy Center après le lifting opéré par le locataire de la Maison Blanche, la presse américaine souligne même le fait que les ventes de billets ont baissé depuis l’arrivée du nouveau conseil d’administration.