En Chine, les préservatifs et les pilules vont coûter plus chers à partir du 1er janvier. Depuis 2023, la population chinoise diminue, les mariages sont en chute libre, le pays vieillit et fait moins d’enfants. Une véritable bombe à retardement pour Pékin qui a construit un modèle économique sur une main-d’œuvre abondante et bon marché.

Après une exemption instaurée dans les années 1990 pour accompagner la politique de l’enfant unique, les contraceptifs (préservatifs, pilules) seront désormais soumis au taux normal de TVA de 13% en Chine à partir du 1er janvier 2026. Un signal de plus qui illustre l’immense défi démographique de la Chine. Pékin multiplie les incitations: primes en cash à la naissance, subventions au logement, crèches subventionnées, allongement des congés maternité (par exemple extension à environ 158 jours à Pékin) et projets de congés paternité payés.

Mais sur le terrain, les montants restent souvent faibles et les finances locales exsangues: certaines villes promettent l’équivalent de quelques milliers d’euros pour un troisième enfant, loin de compenser le coût de l’éducation (75.000 dollars pour élever un enfant jusqu’à ses 18 ans), du logement urbain. S’ajoutent des freins sociétaux: salaires stagnants, chômage élevé des jeunes diplômés, prix de l’immobilier, discriminations professionnelles contre les mères, fatigue générationnelle vis‑à‑vis de la pression scolaire extrême. Cette taxation des pilules et préservatifs a déclenché un mélange de moqueries et de colère sur les réseaux chinois, certains résumant le message de l’État par « On ne peut même plus se permettre d’avoir des relations sexuelles ».

Une population chinoise qui diminue depuis 3 ans et vieillit à une vitesse inédite

En 2024, la Chine enregistre 9,54 millions de naissances, un léger rebond par rapport aux 9,02 millions de 2023. Mais ce sursaut semble passager, il est surtout dû à l’“année du Dragon” qui a suivi la politique de confinement ultra stricte pour lutter contre le Covid. Aujourd’hui, le taux de natalité n’est que de 6,77 naissances pour 1.000 habitants, largement sous le seuil de renouvellement. Cela veut dire que la population totale chinoise continue de reculer pour la troisième année consécutive, à 1,408 milliard d’habitants fin 2024.

Un facteur clé: les mariages ont chuté de plus de 20% en 2024, atteignant leur plus bas niveau depuis 1980. Sachant que l’immense majorité des naissances ont lieu dans le cadre du mariage en Chine, cela laisse présager une nouvelle baisse des naissances dans les années à venir.

La part de la population âgée de 60 ans et plus progresse rapidement, tandis que la population active commence à diminuer. Des évolutions qui pèsent sur la croissance et sur un modèle économique construit sur une main-d’œuvre abondante et bon marché. Les think tanks spécialisés alertent: faute d’inverser la courbe, la Chine risque de « vieillir avant de s’enrichir », avec un ralentissement durable, une pression accrue sur les jeunes actifs, et des tensions sur les budgets sociaux.

2016, l’année de bascule vers une politique nataliste

Pékin a officiellement enterré la politique de l’enfant unique en 2016, l’a remplacée par la politique des deux enfants, puis a autorisé trois enfants par couple en 2021, en promettant de “revitaliser la société chinoise”. Depuis 2021, le Parti a lancé une stratégie nataliste assumée: plan national pour « bâtir une culture du mariage et de la procréation », campagnes d’affichage encourageant les familles nombreuses, et multiplication de discours où les responsables parlent de la natalité comme d’un « devoir pour la nation ».

Localement, on voit fleurir les slogans inversés par rapport aux années 1980: là où l’on lisait « un enfant, c’est bien », on trouve désormais des affiches célébrant les « familles de trois enfants » ou des initiatives municipalisées pour sensibiliser les jeunes couples à l’“urgence” démographique.

La hausse du prix des préservatifs est surtout symbolique car, dans les faits, il y a peu de chance que cela ait un effet sur la natalité. En revanche, cette mesure pourrait avoir des conséquences imprévues. La communauté médicale redoute que le relâchement de la prévention et certaines évolutions des politiques sanitaires ne fragilisent durablement la lutte contre le VIH. Alors que les nouvelles infections reculent à l’échelle mondiale, les autorités sanitaires chinoises observent une progression continue du virus sur leur territoire.