« Quand je suis arrivée à Rennes, il y a six ou sept ans, c’était pour travailler au restaurant Bercail, un lieu tenu par mes anciens chefs qui m’avaient formée. À l’époque, j’avais la bougeotte. Venir dans une ville que je ne connaissais pas, ce n’était donc pas vraiment un risque pour moi. C’était censé être une aventure d’un an. Et finalement, je suis restée.

Les premiers pas à Rennes

La première fois où je suis venue à Rennes, c’était pour trouver un appartement. Un couple d’amis, rencontrés lors de mon voyage en Argentine, m’avait hébergée pendant plusieurs jours. C’est là que j’ai commencé à découvrir la ville, à me balader dans ses rues, à admirer son architecture. Cela m’a beaucoup inspirée pour la décoration de mon restaurant. Lorsqu’on vient de Paris, se balader dans une ville à taille humaine, c’est génial. C’est assez petit pour croiser des gens qu’on apprécie (ou pas d’ailleurs) et assez grand pour ne pas se sentir épié non plus.

Tout était simple et accueillant, malgré la météo. Rapidement, j’ai découvert qu’on pouvait vivre quatre saisons en une seule journée. À Rennes, on n’a pas peur du froid ou de la pluie. Je me rappelle avoir passé des soirées entières en terrasse avec les copains à boire des bières et fumer des clopes, en plein mois de novembre.

« Comment je suis devenu rennais », un dossier à retrouver dans le Mensuel de Rennes de janvier
Chaque année, des milliers de personnes s’installent à Rennes. Comment devient-on pleinement membre de la cité ? Des personnalités de la ville, qui furent un jour de nouveaux arrivants, livrent au Mensuel de Rennes le récit intime de leur parcours d’habitant, du tout premier jour à aujourd’hui. À retrouver dans les kiosques ce vendredi 2 janvier.

Mes souvenirs les plus marquants

Ce qui m’a le plus marqué, c’est la bienveillance des Rennais. Il y a une facilité dans la rencontre et les discussions, parfois très engagées. J’ai senti que les gens étaient affirmés dans leurs valeurs. Cet environnement m’a poussée à affirmer davantage l’éthique que je voulais imprimer dans mon restaurant, notamment autour de la responsabilité environnementale.

Un autre moment qui me revient, c’est celui des Trans musicales. Et pourtant, je n’y suis jamais allée en tant que festivalière. Mais lors de l’édition 2020, je tenais le stand de Julien Lemarié, chef du restaurant Ima, au Parc expo. L’atmosphère était incroyable, comme une grande fête de retrouvailles entre vieux copains. On sent que c’est un rendez-vous pour les Rennais, même pour ceux qui n’habitent plus là. Une énergie festive s’empare de la ville.

Ce que la ville m’a apporté

C’est la première fois que je vis aussi longtemps dans une ville. Après des années à bouger à droite et à gauche, Rennes m’a apporté une forme de stabilité. Pour moi, rester au même endroit, c’est un voyage en soi. On explore les lieux autrement et on crée des liens différents.

J’ai la sensation que les gens viennent de moins en moins dans le centre, dans les commerces et les restaurants

Aujourd’hui, je trouve la ville plus éteinte qu’avant. J’ai la sensation que les gens viennent de moins en moins dans le centre, dans les commerces et les restaurants. C’est sans doute lié au contexte économique. Après, depuis l’ouverture de mon restaurant il y a deux ans, je ne suis plus vraiment dans le quotidien rennais. Je ne profite plus de la ville de la même façon. Je me concentre sur mon restaurant pour pousser à fond ma démarche. J’essaie de mettre mon militantisme dans mes assiettes. Et je trouve que Rennes est la ville idéale pour y parvenir. »