Ces derniers mois, les équipes de direction de Nancy Thermal étaient en apnée. Depuis mi-décembre, elles peuvent respirer. Le vote définitif du budget de la Sécurité sociale a permis de trancher : les cures thermales continueront d’être remboursées. Lors de l’examen du budget, un amendement prévoyait de faire passer la prise en charge du forfait thermal de 65 % à 15 %, tout en supprimant la prise en charge à 100 % pour les patients en affection longue durée (ALD). Un moyen de réaliser près de 200 millions d’euros d’économie, dans un moment où chaque centime compte.
« Cette décision met un terme à plusieurs semaines d’incertitudes préjudiciables pour notre filière. »
Bernard Riac, PDG de ValVital.
« Le déficit de la Sécurité sociale est de 17 milliards d’euros. Or, le marché global du thermalisme représente 500 millions d’euros. Une goutte d’eau alors qu’une soixantaine d’études scientifiques attestent de l’intérêt sanitaire des cures thermales », commente Didier Ringwald, directeur de Nancy Thermal, soulagé après le vote. « Cette décision met un terme à plusieurs semaines d’incertitudes particulièrement préjudiciables pour notre filière. Malgré́ un contexte économique et budgétaire contraint, le maintien du remboursement confirme le rôle clé́ de la cure thermale dans la prévention et la prise en charge des maladies chroniques », déclare de son côté Bernard Riac, PDG de ValVital, deuxième groupe thermal en France, qui exploite Nancy Thermal. Cette saison (qui s’étale de mars à novembre), l’établissement nancéien a quasiment franchi la barre symbolique des 3 000 curistes (2 887). Or, la seule perspective d’un possible déremboursement a déjà conduit à une baisse des inscriptions de 7 à 10 % aux cures proposées par Nancy Thermal. Ce qui permet de mesurer l’importance cruciale du vote du 16 décembre dernier.
© Jérôme Mondiere
C’est l’esprit tranquille donc que Didier Ringwald, 30 ans d’expérience dans la direction d’établissements de thermalisme, et les 150 collaborateurs de l’infrastructure nancéienne, vont pouvoir poursuivre la stratégie développement du lieu ouvert en 2023, qui a nécessité 97 millions d’euros d’investissements. Pour générer de l’activité, Nancy Thermal s’appuie sur quatre pôles : l’hébergement, les cures thermales, le SPA et l’Aquasport. Chacun d’entre eux dispose d’une marge de progression.
Les cures thermales : finies les vagues
Sur son secteur d’activité des cures thermales, l’établissement part de (très) loin. Tandis que le coup d’envoi devait être donné le 15 mai 2023, un premier report avait été annoncé alors que 2 000 personnes avaient déjà réservé leur séjour. Des analyses portées par l’agence régionale de santé faisaient état d’une qualité de l’eau thermale non pleinement conforme aux exigences réglementaires des soins individuels. Rouvertes au mois de juillet 2023, les cures avaient dû fermer à nouveau en août pour une longue période de travaux. Cet épisode douloureux, qui avait provoqué la colère de Mathieu Klein, président de la Métropole du Grand Nancy (actionnaire principal du site), mais aussi d’autres élus locaux, fait désormais partie de l’histoire ancienne. « Nous travaillons de concert avec les collectivités. Nous sommes contents de notre année 2025. Nous sommes encore en phase d’ouverture », résume Didier Ringwald. Le pôle thermal de 4 000 mètres carrés a été construit dans l’objectif d’accueillir, à plein régime, 15 000 curistes. Pour atteindre ce nombre ambitieux, cinq fois supérieur à la fréquentation actuelle, et ancrer Nancy pour de bon comme un bastion national du thermalisme, ValVital a pour objectif de renforcer son offre.
« Chaque année, nous constatons une augmentation de 10 à 20 % sur l’activité des mini-cures. »
Didier Ringwald, directeur de Nancy Thermal.
En plus de cures reconnues pour traiter les rhumatismes, l’établissement ambitionne d’obtenir les agréments pour pouvoir proposer des séjours axés sur la phlébologie et les voies respiratoires. Un long processus qui commencera dès 2026. « Un groupe de scientifiques indépendants analysera l’évolution de personnes qui ont une pathologie déclarée suite à une cure à Nancy Thermal. Les dossiers seront envoyés à l’Académie nationale de médecine, avant que l’Assurance maladie ne donne l’agrément final. Il faudra patienter au moins jusqu’en 2028 avant de l’avoir, puisque les effets bénéfiques doivent être attestés sur le long terme », explique Didier Ringwald. Le groupe engagera une enveloppe de 200 000 euros dans le cadre de l’obtention de ces précieux sésames. « Notamment parce qu’il nous faut offrir les cures aux patients qui seront étudiés. » En attendant ces nouvelles perspectives concernant les cures de 18 jours, Nancy Thermal peut compter sur ses mini-cures. Elles s’adressent aux sportifs qui veulent récupérer d’un effort, mais aussi au grand public. Pour des jambes légères, pour la silhouette, ou en phlébologies, les soins durent d’un jour à une semaine ne sont pas pris en charge. « Chaque année, nous constatons une augmentation de 10 à 20 % sur cette activité. Nous voulons accélérer en 2026 », assure encore le dirigeant.
Le SPA comme locomotive
Faire de Nancy une capitale du thermalisme prendra du temps. « Nous sommes le seul site de thermalisme localisé dans une métropole de la taille de Nancy. Ceux qui viennent chez nous peuvent profiter de l’attractivité culturelle de la ville. Nous avons des atouts, mais c’est le jour où un médecin normand enverra son patient chez nous, que nous aurons réussi », image Didier Ringwald. Pour attirer une clientèle de toute la France, Nancy Thermal s’appuie sur la Villa Thermae, une résidence de tourisme 4 étoiles qui comprend 76 studios.
« Nous sommes l’une des piscines de Nancy… Et même la plus belle. »
Didier Ringwald, directeur de Nancy Thermal.
En attendant de parfaire sa réputation sur le thermalisme, l’établissement peut croître par le biais de son SPA. « Ce pôle a souffert de la non-ouverture des cures thermales, à cause d’une confusion. Les gens ont pensé que tout le site était fermé, et pas uniquement la partie dédiée au thermalisme. En 2024, nous avons enregistré 100 000 entrées au SPA, et 150 000 cette année. À terme, grâce au bouche à oreille, nous visons 400 000 visiteurs par an. » Les vacances de Noël constituent le grand temps fort de l’espace positionné sur la même ligne premium que la Villa Pompéi à Amnéville, avec 1 200 clients par jour et 10 % du chiffre d’affaires annuel réalisé sur quinze jours. Au global, le SPA permet à Nancy Thermal de dégager 40 % de son activité qui culmine cette année à 8,9 millions d’euros (contre 5,8 millions d’euros en 2024). Essentiel dans la stratégie économique de Nancy Thermal, équipement malgré tout déficitaire en 2025, le pôle SPA cherche à innover. « Cette année, nous proposons une soirée du Nouvel an, avec deux heures de SPA, une session de maquillage avec une esthéticienne et un service de restauration assurée par un prestataire, avant la fête », indique le dirigeant. Une soirée qui s’inscrit dans la lignée des manifestations proposées toute l’année : le SPA-brunch se déroule une fois par mois, comme le SPA-apéro, qui permet aux clients de se détendre et de découvrir des producteurs locaux. En moyenne, les gens font moins d’une heure de route pour se rendre au SPA de Nancy Thermal, ce qui assure au site une clientèle locale, généralement âgée de 30 à 50 ans.
Aquasport : la touche ludique
Nancy Thermal est aussi un établissement en capacité de faire du volume, grâce à son 4e pôle, qui correspond à l’Aquasport. « Nous sommes l’une des piscines de Nancy… Et même la plus belle », sourit Didier Ringwald. Avec ses deux bassins de 50 mètres, un autre ludique, des toboggans et jeux pour les enfants, l’Aquasport cumule 320 000 entrées en 2025 (contre 275 000 en 2024). Là encore, l’établissement a encore de la marge, puisque l’espace est taillé pour accueillir 400 000 personnes sur douze mois. « Sur ce pôle, notre période phare reste l’été », livre le dirigeant. Là encore, les équipes veulent continuer de développer l’offre événementielle, avec notamment la possibilité d’organiser des anniversaires pour les enfants. Mais au-delà de l’aspect ludique, l’Aquasport a aussi une vocation pédagogique : 400 jeunes viennent chaque année y apprendre à nager. Un apprentissage important, qui fait partie des enjeux pour les collectivités.
Quand thermalisme rime avec bien-être économique
Chaque année, le thermalisme médical concerne environ 500 000 curistes en France et permet de générer 25 000 emplois directs et indirects. À Nancy Thermal, l’espace dédié aux cures fonctionne grâce à 35 collaborateurs. « Le thermalisme est aussi une source d’attractivité économique dans une ville, avec des curistes qui dépensent entre 1 000 et 1 200 euros pendant leur séjour pour se loger, se restaurer, s’occuper. 80 % des cures thermales se situent dans des villes de moins de 5 000 habitants, où elles constituent la principale ressource économique », rappelle Didier Ringwald. « Or, avec la fin du remboursement, on rayait 80 % des stations de France… » explique encore le directeur. Au total, les retombées économiques liées au marché du thermalisme représentent 4 milliards d’euros. Un montant qui, selon, Didier Ringwald, chuterait drastiquement si les cures n’étaient plus remboursées. La Lorraine y perdrait beaucoup, en tant que terre de thermalisme, avec des stations à Amnéville, Contrexéville, Vittel, Bains-les-Bains, Plombières-les-Bains (même si le site rencontre des difficultés ces derniers mois).
Qui est derrière Nancy Thermal ?
La société d’exploitation de Nancy Thermal est le groupe ValVital. Au-dessus de cette structure d’exploitation, il existe une société à qui la Métropole a donné la délégation de service public : Grand Nancy Thermal Développement. Cette société d’économie mixte (SEM) est détenue par la Métropole à 85 %, par ValVital et par la Caisse des Dépôts. Elle dispose d’une délégation de service public et c’est donc à cette entité que la Métropole du Grand Nancy a demandé de réaliser les travaux de Nancy Thermal (97 millions d’euros). Le chiffre d’affaires réalisé par le site est reversé à cette SEM.