Maëlle Grossetête s’arrête là. Diminuée physiquement tout au long de la dernière saison, l’athlète de 27 ans a décidé de mettre un terme à sa carrière cycliste après une petite décennie chez les pros, dont la quasi-totalité du côté de la FDJ-Suez et deux dernières années bien ternes chez Human Powered Health. Avant de se tourner vers de nouvelles aventures en 2026, elle est revenue pour DirectVelo sur les raisons de cet arrêt, sans oublier d’évoquer ses souvenirs. Entretien.
DirectVelo : Tu as récemment annoncé mettre un terme à ta carrière cycliste !
Maëlle Grossetête : Ma décision est prise depuis un moment. Les deux dernières années n’ont pas été faciles avec des soucis de santé et des blessures. Ça fait partie du jeu mais je crois que ça m’a aidée à prendre cette décision, d’autant que d’autres projets se sont mis en place en parallèle. Avec la famille de Margot (Pompanon), on s’est lancées dans le projet de construction d’un cabinet médical, essentiellement pour kinésithérapeutes, et qui sera basé en Bourgogne près de Chalon-sur-Saône. C’est un projet qui demande pas mal d’investissement et de temps mais j’en avais très envie et la passerelle entre la fin de ma carrière cycliste et cette nouvelle vie s’est faite assez naturellement.
« ON A FINI PAR SE DIRE QU’IL NE SERVAIT PLUS À RIEN QUE JE CONTINUE DE COURIR »
En réalité, tu as déjà arrêté depuis un moment puisque ta dernière compétition remonte au 17 mai dernier, et que tu ne comptes que sept jours de courses en 2025. Que s’est-il passé ?
Je n’ai pas beaucoup couru en effet car j’ai accumulé les pépins. Cette année, c’est l’artère iliaque qui m’a fait tout arrêter. Dès la reprise de la saison, ça n’allait pas, j’avais mal à la jambe. J’ai eu le temps de me dire que je n’étais pas suffisamment en forme, ou juste nulle, et il a fallu un moment pour poser un diagnostic, l’air de rien, même si c’est une pathologie qui peut sembler courante et banale. L’équipe a été très cool, compréhensive, mais j’avais toujours mal à l’entraînement comme en course. Cette année, je n’ai jamais été à plus de 50 ou 60% de mon potentiel. Je n’arrivais pas à forcer. D’un commun-accord, on a fini par se dire avec le staff de l’équipe qu’il ne servait plus à rien que je continue de courir.
Tu avais donc décidé dès le printemps que c’en était définitivement terminé ?
J’ai fait le choix de ne pas être opérée. Certains coureurs qui l’ont fait ne m’ont pas convaincu sur le résultat post-opération. Le chirurgien a également été très honnête en me disant qu’il n’était pas sûr que ça marche et qu’il y avait un risque de potentielle récidive. J’ai pesé le pour et le contre, sachant que j’avais aussi déjà en tête cet autre projet en parallèle. Après huit ans chez les pros, je me dis que c’est mon destin et qu’il est temps de passer à autre-chose. Je n’ai aucune gêne au quotidien, c’est le plus important.
« J’AI PERDU DU PLAISIR ET ÇA A FORCÉMENT AUSSI PESÉ DANS LA BALANCE »
Tu n’auras malheureusement pas pu apporter grand-chose à ta dernière formation, Human Powered Health, durant un an et demi…
Forcément, ça fait chier car j’ai très peu couru avec l’équipe mais d’un autre côté, je me dis aussi, et ils savent, que je ne pouvais pas vraiment faire autrement. C’est comme ça, il faut tourner la page. Encore une fois, c’est sûrement le destin et je me dis que ce n’est peut-être pas que du hasard. Il était écrit que ça devait s’arrêter maintenant et qu’il faudrait se tourner vers de nouvelles aventures.
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Que retiendras-tu de toutes ces années dans les pelotons ?
Une évolution énorme car je suis arrivée dans le milieu au moment où le cyclisme féminin s’est développé. Rien qu’à la FDJ, le changement a été énorme entre mon arrivée dans l’équipe en 2018 et ma dernière année là-bas en 2023. Et depuis, un cap supplémentaire a encore été franchi. Tout se professionnalise à fond, dans les moindres détails. Il y a plein de bons côtés, à commencer bien sûr par les salaires, il faut le dire. On arrive à en vivre très convenablement aujourd’hui alors qu’à mes débuts, la plupart des filles bossaient à côté. Mais sur certains aspects, cette sur-professionnalisation n’a pas que des avantages, je trouve. On a perdu le côté fun et ludique du vélo. Malgré les ambitions et les enjeux, le vélo est toujours resté une passion et un jeu pour moi. Mais là, tout est tellement pro que ça me parlait un peu moins. J’ai perdu du plaisir et ça a forcément, aussi, pesé dans la balance.
Quels sont tes meilleurs souvenirs sur le vélo ?
Il y en a plusieurs, dont certains remontent à assez loin finalement (rire). Je pense d’abord à mon tout premier titre de Championne de France, en cyclo-cross à Lignières-en-Berry, en 2014 (chez les Cadettes, NDLR). Les deux années Juniors dans leur ensemble étaient géniales avec Julien Guiborel en sélectionneur, des filles comme Juliette (Labous) et Evita (Muzic)… On a fait plein de stages ensemble, c’était du vélo plaisir. Puis chez les pros, j’ai été marquée par le premier Paris-Roubaix. C’est une course que j’affectionne particulièrement et que j’ai pu faire à quatre reprises. Ça convenait bien à mes qualités physiques. Il s’était passé quelque chose de particulier autour de la première édition, j’avais adoré l’ambiance et toute l’euphorie qu’il y avait.
« ÊTRE UNE LEADER NE CONVIENT PAS FORCÉMENT À TOUT LE MONDE »
Tu n’es pas passée loin d’une victoire en WorldTour, lors d’une étape du SIMAC Ladies Tour en 2021…
Ça aurait pu le faire mais Alison (Jackson) était plus rapide. C’est dommage car c’était une occasion presque unique, finalement, même si j’ai fait quelques autres places chez les pros.
Tu évoquais précédemment Juliette Labous et Evita Muzic, deux athlètes avec qui tu t’es longtemps tiré la bourre depuis les plus jeunes catégories et que tu as plusieurs fois battues. Toutes deux font aujourd’hui partie des meilleures mondiales. Avec le recul, comment expliques-tu ne pas être parvenue à atteindre le même niveau au fil des années ?
C’est d’abord une question de qualités intrinsèques. Juliette et Evita sont devenues deux grandes grimpeuses capables de s’affirmer comme des leaders pour les plus grandes courses par étapes du calendrier. De mon côté, je ne suis ni une grimpeuse, ni une sprinteuse. Et à partir de là, on sait qu’en cyclisme, il est difficile d’aller prétendre à gagner des courses. J’ai forcément dix fois moins d’opportunités de gagner, si ce n’est via une échappée (Maëlle Grossetête a tout de même été Championne de France Espoirs du contre-la-montre, NDLR). Alors, comme bien d’autres, je suis devenue une équipière mais ça m’allait très bien. J’ai adoré ce rôle-là. Je n’ai aucun regret, d’autant qu’être une leader ne convient pas forcément à tout le monde. C’est une sacrée pression, vis-à-vis de ta direction, de ton staff, de tes partenaires, de tes coéquipières… Franchement, je n’aurais pas forcément aimé ça. Je n’avais surtout pas les qualités génétiques pour gagner un sprint ou en haut d’un col mais de toute façon, rester dans l’ombre m’allait très bien.
Tu as participé à quatre Paris-Roubaix, autant de Tour des Flandres, au Tour d’Italie également… Mais jamais au Tour de France. Est-ce un regret ?
C’est sûr que j’aurais aimé y participer car c’est une course comme aucune autre. J’aurais peut-être pu y participer une fois sans une luxation à l’épaule fin mai qui m’a empêchée d’être apte à temps. Mais ce n’est pas une grosse déception ni un regret pour autant. C’est comme ça. Encore une fois, c’était sûrement le destin et je suis heureuse de mon parcours.