« C’est une période très difficile à vivre, un projet de vie qui est dans l’impasse… », soupire Laurence, viticultrice de 60 ans. En cette fin d’année, elle accuse une chute de ses ventes de Côtes de Blaye de -75 % pour une dette de 40 000 euros. « J’ai déjà arraché la moitié de mes 20 hectares et j’arracherai le reste en 2026 avant de tout arrêter en 2027. Je plains les jeunes qui doivent continuer », ajoute-t-elle, dépitée.

« Elle n’est pas un cas isolé », rebondit Aurélien, quadragénaire à la tête de 30 hectares dans le Médoc, qui a, lui aussi, vu ses ventes de rouge en vrac s’effondrer de -60 %.

Mais il n’y a pas de miracle. Avec l’afflux de vignerons en difficulté, les référentiels de prix sont devenus inopérants. Machines, matériels, vignes, stocks : les actifs viticoles ne valent plus rien ou presque. « L’autre jour, 3 200 hectolitres de Côtes de Blaye sont partis à 200 euros le tonneau [de 900 litres, NDLR] lors d’une vente aux enchères dans le cadre d’une liquidation », se désole Théo Hernandez, secrétaire départemental des Jeunes agriculteurs de Gironde. Un niveau abyssal au regard d’un coût de production d’au moins 1 500 euros le tonneau et même d’un prix de marché de 700 à 800 euros en Bordeaux et Bordeaux supérieur. Résultat : le vignoble a déploré deux suicides de viticulteurs cette année et plusieurs épisodes de cuves vidées pour éviter qu’elles ne soient bradées.