Par
Nicolas Gosselin
Publié le
31 déc. 2025 à 16h19
Triste soir pour un Noël. Le 25 décembre 2025, vers 23h30, un homme de 19 ans a été mortellement touché par balle sur la place Ginette-Neveu, dans le quartier des Aubiers à Bordeaux. Un lieu connu pour être un gros point de deal. La victime a été pris en charge par les secours et transportée au CHU de Bordeaux mais son cœur s’est arrêté le lendemain matin. Trois personnes, identifiés comme ses complices, ont été placés en garde à vue et écroués. Le ou les tireurs, eux, sont encore dans la nature en revanche. Mardi 30 décembre 2025, le procureur de la République Renaud Gaudeul faisait un point sur l’enquête.
D’abord, il a refait le récit de cette fusillade. Trois jeunes hommes, dont deux frères, ont débarqué à Bordeaux en train le 24 décembre, à la demande d’un individu dont l’identité n’a pas filtré encore. Arrivés à la gare Saint-Jean, ils ont été pris en charge et amenés jusqu’à un logement Airbnb préalablement réservé, situé à Artigues-près-Bordeaux.
Une victime connue pour trafic de stupéfiants
Là-bas, les trois individus ont été rejoints par la victime, un habitant de Trappes âgé de 19 ans et déjà connu des services de police pour des infractions liées au trafic de stupéfiants. Sa dernière condamnation remontait au 3 octobre dernier mais il était sorti de prison le 28 novembre sous le régime de la libération sous contrainte.
Le 25 décembre donc, les quatre complices se sont rendus place Ginette-Neveu à bord d’une Renault Megane RS, cagoulés, armés et munis de gilet pare-balle. En descendant du véhicule, ils ont alors essuyé des coups de feu dont au moins un a été fatal au jeune originaire de Trappes. L’autopsie révélera une plaie traversante au niveau de la tête, une autre au niveau de l’abdomen et une troisième non traversante au niveau de la cuisse.
Les autres, eux, ont réussi à prendre la poudre d’escampette pour échapper à cette fusillade. Sur le déroulé des faits, le procureur rappelle que « les versions ne sont pas concordantes et méritent d’être vérifiées ». Notamment quand les trois mis en cause, interpellés un peu plus tard, disent avoir sorti leurs armes seulement après avoir entendu les premiers coups de feu.
Un Colt retrouvé dans le jardin d’un particulier
Deux d’entre eux, d’ailleurs, sont remontés dans la voiture de sport pour s’enfuir. Le véhicule a été pris en chasse par un équipage de la Bac mais les policiers ont fini par perdre sa trace. La Megane RS a été retrouvée un peu plus tard, vers la commune de Bruges, moteur allumé et portières avant ouvertes, sans individu dans l’habitacle.
Au final, un autre équipage de police a identifié guère loin de la voiture abandonnée deux individus suspects de par leur comportement dans un véhicule conduit par un chauffeur VTC. Ils ont été appréhendés et placés en garde à vue.
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Un fusil de type Colt AR-15, pourvu d’un chargeur de catégorie A et de munitions de catégorie C, a été découvert dans un jardin adjacent à la Megane RS abandonnée, qui s’est avérée être un véhicule volé à Saint-Rémy-lès-Chevreuse (Yvelines).
L’adresse du Airbnb retrouvée grâce à un chauffeur VTC
Le dernier complice, âgé aussi de 19 ans, a pu être retrouvé le lendemain dans le logement Airbnb, grâce à l’adresse rentrée par le chauffeur VTC qui avait pris la course des deux autres mis en cause. Sur place, les policiers l’ont trouvé avec gilet pare-balle et cagoule. Durant la perquisition, ils ont découvert des éléments d’arme et des munitions.
En revanche, les investigations se poursuivent pour retrouver le ou les tireurs. Le surlendemain des faits, le 27 décembre donc, une grosse opération de fouilles dans toutes les parties communes de ce secteur des Aubiers a permis la découverte d’un fusil à pompe et de quatre cartouches dans les étages supérieurs de l’un des immeubles.
« Ce fusil à pompe, en l’état actuel, est très ressemblant à un fusil à pompe qu’on recherchait dans le cadre de notre dossier », a précisé Renaud Gaudeul, lors du point presse.
Pour le reste, de nombreuses zones d’ombre restent à éclaircir dans cette affaire. Si le scénario privilégié est un contrat dans le cadre d’un trafic de stupéfiants, qui aurait motivé la venue de ses quatre individus étrangers à la région, le procureur de la République se veut prudent et préfère en rester aux faits pour le moment.
Un mode opératoire inédit à Bordeaux
« En tout cas, en l’état actuel, nous ne faisons pas de lien avec de précédents épisodes, comme la fusillade de la fin d’été aux Aubiers, appuie-t-il. Le mode opératoire, en revanche, de faire venir des individus de l’extérieur de la ville, n’est pas propre à Bordeaux et se retrouve dans d’autres villes sur fond de trafic de drogue. »
Même s’il ne veut pas tomber dans l’alarmisme, Renaud Gaudeul reconnaît toutefois que ce mode opératoire est « un élément nouveau » dans la capitale girondine. Jusqu’alors, Bordeaux en était plutôt épargnée contrairement à d’autres grandes villes comme Rennes ou Nantes, si on reste dans l’ouest de la France.
Les trois individus interpellés ont été présentés le 28 décembre à un magistrat instructeur de la JIRS. Ce dernier a été saisi d’un certain nombre de faits : meurtre en bande organisée au préjudice de la victime, tentative de meurtre en bande organisée au préjudice de personnes non identifiées à ce stade, association de malfaiteurs, acquisition, détention et transport d’armes et de munitions des catégories A, B et C, et ce, en bande organisée.
Les trois jeunes hommes interpellés ont été mis en examen pour l’ensemble des infractions hormis la première puisqu’il semblerait, selon toute vraisemblance, qu’ils accompagnaient la victime.
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