La démarche de Mickaël Defour ne revendique nullement l’exactitude scientifique. Ce qui ne veut pas dire improvisé, bâclé et dépouillé de bases sérieuses pour autant. Ce « modeleur 3D freelance et autodidacte » travaille actuellement sur ce que pouvait être virtuellement Saint-Etienne au tournant du Moyen-Âge et de la Renaissance, faisant écho à ses autres travaux du même type menés depuis plusieurs années. Projections qui rendent visuellement plus concret ce passé, rappelant que l’actuelle capitale de la Loire a existé avant la Révolution industrielle et même ses balbutiements.
L’heure de la messe a sonné sur l’actuelle place Boivin dans ce Saint-Etienne imaginé des années 1480 à l’église alors toute neuve ! ©Loire Dessin / Mickaël Defour
« Je modélise ce qui a été, ce qui est, ce qui pourrait être. » Jolie entrée en matière pour synthétiser cette activité de « modeleur 3D » du patrimoine passé, présent ou même à venir lorsqu’il s’agit de se faire l’idée, par exemple, d’une rénovation envisagée aboutie. C’est l’activité de sa société Loire Dessin, fondée voilà plus de 4 ans et que Mickaël Defour, 39 ans, formateur en Bafa et animateur socio-culturel aimerait développer. « Oui, on peut dire que je suis un vrai geek !, sourit lors de notre rencontre mi-décembre ce natif de Villars où il a vécu ses trois premières décennies. Et mon savoir-faire d’infographiste puis de modeleur 3D est autodidacte. Lors d’un voyage à Bruges en 2018, j’ai expérimenté une visite immersive virtuelle du passé de cette ville. C’était très réussi et ça m’a donné envie de faire pareil avec chez moi. »
Son « chez soi », Mickaël Defour l’a quitté peu après pour Pau, afin de suivre sa compagne, par ailleurs diplômée des Mines Saint-Etienne. La période Covid l’incite à concrétiser son envie de retours visuels dans le passé à partir du patrimoine bâti. Installé et travaillant désormais dans la lointaine périphérie stéphanoise (à Brignais, dans l’ouest du Rhône), Mickaël Defour a ainsi concrétisé des projets avec le Musée des Verts autour du Chaudron, anciennes versions, ou encore pour la commune de Saint-Romain-le-Puy sur son passé médiéval : en collaboration avec les associations Aldebertus et Histoire et Patrimoine, une vidéo en 3D imaginant, déjà, son époque médiévale destinée aux visiteurs. Il y a aussi ce projet fou d’une association d’un village de la Nièvre (Pougues-les-Eaux) de bâtir une copie de la flèche de Notre-Dame (non, pas celle de Saint-Chamond, celle de Paris !) d’ici 2029 au sein d’un parc à thème sur les métiers du bois puis, carrément, toute la « forêt », c’est-à-dire l’ensemble de la structure originelle boisée de la cathédrale.
Le Saint-Etienne du Moyen-Age tardif
Mickaël Defour a réalisé pour elle une modélisation. A son actif aussi, celle de Fort Boyard afin d’illustrer des travaux entrepris dans le Journal TV de France 3 national et Poitou Charentes. Ou encore des reconstitutions du Lyon gallo-romain, Lugdunum, pour lesquelles les traces encore visibles – au moins de certains de ses monuments majeurs – ne manquent pas, les infinies sources scientifiques encore moins. Mais s’il l’avait fait pour la capitale des Gaules, Mickaël Defour ne pouvait manquer de le réaliser pour sa ville de cœur : Saint-Etienne. A défaut d’une « Furania » antique, purement fantasmée, Mickaël Defour a opté pour la fin du XVe siècle, au tournant du Moyen-Age et de la Renaissance : « Pour plein de raisons, Sainté est souvent très fâchée avec sa propre Histoire mais le cœur actuel de la ville prend bien vie dans un moyen âge tardif alors que la plupart des gens ne l’imagine même pas. Mais ce passé existe bien avec déjà, une petite ville animée par ses forges ! »
On marchande sur la future place du Peuple. ©Loire Dessin / Mickaël Defour
Cette petite bourgade avait semble-t-il déjà pris doucement place à l’ouest de l’actuelle place du Peuple probablement plusieurs centaines d’années auparavant, restant jusqu’à la veille de la Renaissance très modestement dans l’ombre du château de Saint-Priest au nord dont elle dépendait puis, fondée plus tard (début du XIIIe siècle), au sud, de l’église abbatiale Valbenoîte, les deux devant aussi agglomérer leurs dépendances et habitations. A partir du XVe siècle, la bourgade commence donc à s’amplifier autour de son activité forgeronne, approchant vraisemblablement les 3 000 âmes, gagnant le droit de se doter de murailles et lançant un développement depuis continu, celui qui finira par être exponentiel avec la Révolution industrielle du XIXe siècle et la suite « champignonnesque » que l’on connaît.
« Ce n’est pas un travail universitaire »
On vend et bien sûr, on forge déjà, sur ce qui est de nos jours place Grenette. ©Loire Dessin / Mickaël Defour
C’est donc sur le point de départ, dans la fin du XVe siècle, que s’ancrent les projections 3D de Mikaël Defour avec pour base de départ, la fameuse maquette de la cité évoquant la même période de l’ex musée du Vieux Saint-Etienne de l’association Histoire & Patrimoine. Travail dénué de toute prétention à la précision scientifique historique, insiste-t-il : « Sans faire n’importe quoi pour autant, il s’agit juste de donner une idée de ce à quoi pouvait ressembler Saint-Etienne à la fin du Moyen-Âge à partir du peu que nous savons, lui donner des images vivantes pour rendre les choses plus concrètes, plus conscientes, plus accessibles au grand public. Je sais que des historiens, c’est souvent le cas, ne manqueront pas de me tomber dessus pour tel et tel élément. D’autres m’encouragent, au contraire, et me suggèrent tel ou tel ajustement mais ces développements s’ils me demandent beaucoup de temps et d’énergie restent un hobby, pas un travail universitaire. Ma démarche est artistique. »
Il ne s’agit pas d’un travail vite fait à grands coups d’IA
Sans pour autant, non plus, de manquer de sérieux : « Les immeubles, les remparts, la topographie, les alentours : tout ceci, je le modélise à la main. Il ne s’agit pas d’un travail vite fait à grands coups d’IA. Cela me coûte des dizaines et dizaines d’heures de travaux et de nombreux repérages, prises de photos en amont en plus de me sourcer. Je me base souvent sur le bâti existant qui comporte les traces du passé recherchée : à l’ouest de la place du Peuple, celui du médiéval tardif apparaît assez évident, vous le savez, autour de la place Grenette et de la Grand’Eglise, place Boivin. Même si la Tour de la Droguerie a vraisemblablement été reconstruite en lieu et place de celle originelle, après cette époque donc. »
Vue imaginée des abords « bucoliques » de Saint-Etienne, côté nord, aux bords du Furan, à la fin du XVe siècle. ©Loire Dessin / Mickaël Defour
En revanche, la « vie de la cité imaginée » (forgerons, commerçants, habitants, scènes de marché, religieuses, etc.), « contrairement à tout ce qui est bâti, elle a je l’ai rajoutée par IA oui. Avec de nombreuses retouches en post-production. J’ajoute enfin parfois à cette œuvre sur le Moyen-âge des « petits » écarts temporels tentants : j’ai ainsi reconstitué les façades du théâtre Massenet datant du XIXe siècle (détruit par un incendie en 1928, 15 ans après avoir pris ce nom, Ndlr) vers les Ursules (ou encore le dôme perdu de l’hôtel de ville). » En partenariat avec la chaîne locale de webtélé 42TV, Mikaël Defour a effectué une promenade filmée commenté dans ce berceau stéphanois, en suivant le probable tracé des remparts expliquant ainsi sa démarche, émaillée des images immersives qu’il a conçues. Vidéo publiée le 16 décembre. Voici ce que cela donne. Il y a quelques jours, Mickaël Defour sur son profil Linkedin, une nouvelle vidéo imaginant des scènes au levée du jour en 1483.
Rien à voir avec la démarche historique amateure évoquée dans cet article mais Mickaël Defour s’est aussi amusé à réaliser un paysage post apocalyptique de Saint-Etienne, comme nous l’avons découvert en parcourant ses vidéos frappantes. Voilà ce que ce la donne un Saint-Etienne envahi par la végétation façon Je suis une Légende pour ceux qui connaissent (cet imaginaire finit avec Geoffroy-Guichard) :