L’agenda européiste en potentiel conflit avec les intérêts de l’OTAN ? C’est en tout cas une petite musique qui traîne dans les couloirs de Bruxelles, à l’aune de la présidence chypriote du Conseil de l’Union européenne (qui réunit les Vingt-Sept), qui commencera en janvier pour les six prochains mois. En cause, le fait que Chypre soit le seul pays de l’Union européenne à n’appartenir ni à l’OTAN, ni au Partenariat pour la Paix (PpP), la porte d’entrée vers l’alliance atlantique qui permet l’association bilatérale d’un État à la coopération militaire de l’OTAN sans pour autant y appartenir.
Le cas de Chypre est aussi particulier que sensible : si l’île est un État membre de l’Union européenne depuis 2004, sa partie nord-est est occupée par la Turquie depuis son offensive de 1974. Depuis lors, le pays est scindé en deux : une partie ethniquement et linguistiquement grecque qui est reconnue internationalement (sauf par la Turquie), et une partie turcophone sécessionniste (unilatéralement proclamée République turque de Chypre du Nord, ou RTCN, depuis 1983) reconnue uniquement par Ankara. Le cas chypriote et sa paralysie dans un discret statu quo des décennies durant constituent un vieux dossier que l’élargissement de l’Union européenne n’est jamais parvenu à régler. Il faut dire que l’atlantisme a ses raisons que l’européisme ignore : la Grèce, principal soutien de Nicosie, et la Turquie qui occupe la RTCN, sont tous les deux membres de l’OTAN, et disposent de capacités militaires importantes. Un état de fait qui, combiné à l’absence de moyens militaires de l’Union européenne, a condamné pendant 51 ans les Vingt-Sept à une position d’équilibriste consistant à condamner l’occupation turque, mais sans suivre la parole de sanctions ou actions militaires. En clair, à aboyer sans mordre. D’autant que les condamnations de l’Union européenne se heurtent rapidement aux considérations concrètes qui font de la…