l’essentiel
Après les polémiques qui ont suivi la levée du blocage de la rocade d’Albi par la Coordination rurale, Sébastien Bruyère, le président de la Chambre d’agriculture, assume de flirter avec la limite mais dément tout dépôt d’amiante par des agriculteurs. Il met également en garde le préfet.

De l’amiante, notamment des plaques de fibrociment, a été retrouvé abandonnée sur la RN 88. Sur les réseaux sociaux, la Coordination rurale contestait être responsable. Quelle est votre réaction ?

À aucun moment quelqu’un a demandé aux manifestants présents sur la rocade de venir déposer des déchets amiantés. Je ne cautionne aucun de ces dépôts, soyons très clairs. J’ai été le premier surpris de lire dans vos colonnes qu’une montagne d’amiante avait été retrouvée.

Ce mardi, une entreprise spécialisée a retiré des déchets amiantés abandonnés sur la rocade.

Ce mardi, une entreprise spécialisée a retiré des déchets amiantés abandonnés sur la rocade.
DDM – Samuel Cadène

Donc ce n’est pas la faute des agriculteurs ?

Pas du tout. Certains, hors agriculteurs, ont pu profiter de l’occasion et du fait que nous avons été très nombreux, pour venir, à mon sens la nuit, se débarrasser de quelques pièces d’amiante gênantes.

À lire aussi :
Colère des agriculteurs : après d’importantes opérations de nettoyage et de sécurisation, on connaît enfin la date de réouverture de la rocade d’Albi

Concernant les autres dégradations, qu’il s’agisse d’un radar mobile dégradé et tagué ou des glissières de sécurité rendues inutilisables, vous les contestez également ?

Absolument. Les glissières de sécurité avaient été démontées à la main et laissées sur place à côté de celles qui n’avaient pas été démontées. Elles avaient été retirées pour permettre aux tracteurs de pouvoir faire demi-tour. Je ne vois pas comment on aurait pu les casser à la main.

À lire aussi :
INFO LA DEPECHE. Colère des agriculteurs : une montagne de déchets amiantés laissée sur la rocade d’Albi après le blocage, un chantier de désamiantage est en cours

Et pour le radar mobile ?

Là aussi, les tags sur le radar, ils étaient là avant. Ce radar était route de Castres et il n’a pas attendu les agriculteurs pour être tagué. J’apprends que plusieurs roues ont été cassées, mais le radar fonctionne encore. Il n’y avait aucune volonté de le mettre hors service. Si nous avions voulu véritablement le détruire, nous aurions pu le faire avec nos engins agricoles, or ce n’est pas le cas.

Pourquoi avoir ciblé ce radar ?

Car c’est un symbole. On l’a promené à travers le Tarn comme l’État promène les agriculteurs depuis dix ans.

Que répondez-vous aux gens qui s’offusquent de voir de l’amiante sur la rocade et se plaignent des fumées toxiques liées aux incendies des déchets laissés par vos soins sur les ronds-points ?

Les incendies, ce ne sont pas les agriculteurs qui les ont allumés. Après, que l’amiante ou les fumées ne plaisent pas aux gens, on le comprend sans souci. Le problème, c’est qu’on en revient toujours à la même chose : on ne fait pas d’omelettes sans casser des œufs. Attention, je ne cautionne rien, je dis simplement que quand on ne flirte pas avec la limite, on ne nous prend pas au sérieux. On peut aussi prendre le problème à l’envers.

Sébastien Bruyère, le président de la Chambre d’Agriculture du Tarn.

Sébastien Bruyère, le président de la Chambre d’Agriculture du Tarn.
DDM – MARIE PIERRE VOLLE

C’est-à-dire ?

Si nous avions été plus écoutés, nous aurions sans doute eu beaucoup moins de bennes à vider sur les giratoires et il n’y aurait pas eu de problème de fumées… Maintenant, je comprends que certaines personnes aient pu être choquées, mais je le dis et je le répète, les agriculteurs ne sont pas là pour polluer.

Le président de la Chambre d’Agriculture du Tarn dément et condamne les dépôts de déchets amiantés sur la rocade d’Albi.

Le président de la Chambre d’Agriculture du Tarn dément et condamne les dépôts de déchets amiantés sur la rocade d’Albi.
DDM – Samuel Cadène

Le préfet du Tarn a déposé plainte contre vous. Quel regard portez-vous sur cela ?

Il était venu à notre rencontre sur le barrage et ça s’était plutôt bien passé. Maintenant, s’il décide de porter plainte, c’est lui qui le voit. Je tiens simplement à lui préciser que dans le Tarn, il a de la chance.

À lire aussi :
INFO LA DEPECHE. Colère des agriculteurs : après les dégradations sur la rocade d’Albi, le préfet du Tarn annonce qu’il va déposer plainte

Pourquoi ?

Car nous sommes loin d’être les plus virulents. Quand on compare avec les départements voisins, on est les plus sages de la bande…

Pour combien de temps encore allez-vous rester sages ?

Je ne sais pas. Tout dépendra de la réunion avec le Premier ministre début janvier. S’il maintient l’abattage total, qui plus est dans un département comme ici qui sera bientôt totalement vacciné, ce qui s’est passé sur la rocade, ça risque d’être puissance dix.