La Tapisserie de Bayeux vaudrait 916 millions d’euros … malgré 24 204 tâches, 9 646 trous et 30 déchirures. La célèbre broderie médiévale de Bayeux s’apprête à faire un voyage historique. Longue de 70 mètres et relatant la conquête normande de l’Angleterre en 1066 par Guillaume le Conquérant, elle sera exposée à Londres pour la première fois depuis près de neuf siècles. Le British Museum accueillera l’œuvre dans sa galerie Sainsbury de septembre 2026 à juillet 2027. Ce prêt s’inscrit dans le cadre d’un accord culturel bilatéral de grande ampleur entre la France et le Royaume-Uni. Il a été officialisé le 8 juillet 2025 lors d’une annonce conjointe du président Emmanuel Macron et du Premier ministre britannique Keir Starmer au British Museum.
Malgré l’enthousiasme outre-Manche, le prêt suscite des inquiétudes chez les conservateurs et historiens de l’art quant à la fragilité de cette œuvre millénaire. Depuis 2020, des rapports d’experts ont radiographié de très nombreuses dégradations. Des restaurateurs ont averti qu’un transport pourrait les aggraver au-delà d’une heure de trajet.
Conscientes de ces risques, les autorités françaises et britanniques ont pris plusieurs précautions : une répétition générale du convoi a été effectuée en avril 2025 avec une reproduction de la tapisserie instrumentée de capteurs, afin d’identifier et minimiser les vibrations, chocs et autres aléas du trajet. Le précieux textile voyagera par voie terrestre, dans un caisson spécialement conçu, acheminé en camion via le tunnel sous la Manche plutôt qu’en avion.
Mais s’il devait arriver un malheur, le gouvernement britannique a prévu de couvrir la tapisserie par une assurance publique d’environ 800 millions de livres sterling (916 millions d’euros). Le Trésor britannique a en effet validé à titre provisoire ce montant, qu’il garantira via le Government Indemnity Scheme (GIS) – un dispositif d’indemnisation financé par l’État, évitant aux musées de payer des primes d’assurance pour les objets de valeur inestimable. D’après le Trésor, sans cette garantie publique, le coût d’une assurance commerciale aurait compromis la venue de la tapisserie.

Musée Tapisserie de Bayeux
© S.Maurice – Bayeux Museum