l’essentiel
Le Dr Marion Vergnault est la responsable de la Maison des femmes de Toulouse Occitanie Ouest. Pour sa première année d’ouverture, la structure a accueilli 400 femmes victimes de violences conjugales, intrafamiliales ou sexuelles. Médecin légiste au CHU de Toulouse, Marion Vergnault a porté le projet pendant trois ans. Elle fait partie des 14 propositions de la rédaction pour la série « Toulousain de l’année 2025 ».

Plus jeune, c’est sur les terrains de basket que le Dr Marion Vergnault déployait sa longue silhouette. Elle en a gardé le goût du collectif et le sens du service. Pas du genre à vouloir attirer la lumière, elle a choisi de mettre sa discrétion au service des patients et de la justice. Depuis quinze ans, Marion Vergnault, est médecin légiste au Centre hospitalier universitaire (CHU) de Toulouse, les pieds dans « deux mondes qui se confrontent et s’associent en même temps, car le médecin légiste est aussi un acteur de la justice ».

Attirée par le côté expertise, elle s’est engouffrée dans cette voie à la fin de son cursus de médecine générale. « J’ai aimé le côté technique de l’autopsie mais aussi l’aspect humain pour l’évaluation des victimes. Rien n’est identique, chaque personne a sa façon de vivre les choses, explique le médecin, âgée de 41 ans. Il nous faut faire preuve à la fois d’objectivité dans les évaluations médico-légales et d’empathie vis-à-vis des victimes, sans aller à la compassion. Avoir du recul est primordial ».

« Un regard médical différent »

Jeune fille, à Poitiers où elle a grandi, Marion Vergnault ne savait pas exactement quelle serait sa route après le baccalauréat. « Je voulais être dans le soin aux personnes. Comme j’étais bonne élève, je suis partie en médecine avec l’idée de devenir pédiatre. J’ai finalement été attirée par le côté expertise de la médecine légale, c’était un regard médical différent ». Interne en médecine, c’est Toulouse qu’elle choisit, par envie de changer d’air, de région, et attirée par la bonne réputation de la faculté en médecine générale et médecine légale.

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Au cours de ses années de médecine légale, tout en cultivant un « écran de distance et d’objectivité », le Dr Marion Vergnault constate des besoins grandissants pour accompagner les femmes victimes de violences. « Parmi les centaines de femmes victimes de violences intra familiales, de violences sexuelles, de violences conjugales que nous recevions dans le cadre de nos expertises, on voyait bien que les plus précaires et les plus vulnérables manquaient d’un accompagnement coordonné, d’un suivi plus personnalisé. La médecine légale a toujours été une discipline très cadrée, en réponse à la demande de la justice. Mais nous sommes aussi des médecins et des témoins des besoins de prise en charge des victimes ».

En janvier 2022, la visite de la Maison des femmes de Saint-Denis, la première du réseau ReStart créée par le Dr Ghada Hatem, a fini de convaincre Marion Vergnault. Au côté d’Elise Paranthoen, sage-femme, elle monte le projet d’une Maison des femmes à Toulouse. « Il fallait ouvrir un lieu pour accueillir des patientes au parcours morcelé, qui avaient des besoins allant au-delà de la consultation de médecine légale. Nous avions cette envie de construire un avenir plus juste et plus sûr pour toutes les femmes », décrypte le médecin, maman de deux enfants âgés de 6 ans et 4 ans et depuis toujours « sensible aux violences subies par les minorités, animée par le rejet des injustices et des discriminations ».

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Pendant près de trois ans, Marion Vergnault mobilise toutes les ressources humaines pour bâtir ce qui est aujourd’hui la Maison des femmes de Toulouse Occitanie ouest et qu’elle coordonne. Ouverte à la fin du mois de décembre 2024, dans un bâtiment de 340 m2 de l’hôpital Purpan, rénové et chaleureusement aménagé, la structure a déjà atteint ses objectifs lors de la première année de fonctionnement. Près de 400 femmes ont poussé la porte de cette maison inaugurée en mars 2025. « Elles ont toutes des histoires de vie différentes mais elles se rejoignent et ici, on peut leur proposer d’autres objectifs de prise en charge, nous ne sommes plus sur la même temporalité », décrit le Dr Vergnault, ravie de s’investir dans cette nouvelle activité qui l’occupe aujourd’hui 80 % de son temps.

Des projets d’agrandissement pour 2027

En 2026, la coordinatrice de la Maison des femmes de Toulouse endossera à nouveau son costume de porteuse de projet. « Nous avons besoin d’augmenter nos ressources en personnel pour proposer davantage de temps d’accueil et de consultations, notamment des séances de psychologues. Nous manquons aussi de bureaux, nous jouons à Tétris pour trouver de la place pour les consultations et les ateliers thérapeutiques. Nous avons projeté des plans de rénovation et d’extension mais il va falloir aller chercher des financements pour que ça se concrétise en 2027. On part de loin, j’en ai conscience, mais la société évolue vers le droit des femmes ».

Marion Vergnault en quelques dates

1984 : Naissance à Poitiers

2010 : Interne en médecine au CHU de Toulouse

2014 : Intègre l’unité médico-judiciaire du CHU de Toulouse

2022 : Lancement du projet Maison des femmes

2024 : 16 décembre, ouverture de la Maison des femmes de Toulouse Occitanie ouest. Inauguration en mars 2025.