« L’aura musicale de Rennes m’a immédiatement attirée. Quand je m’y suis installée en 1983, à 20 ans, je revenais de trois années passées en Angleterre. La ville m’a tout de suite rappelé Londres, par cette atmosphère rock qu’on ne retrouve pas partout.
La ville a su préserver cette culture et une certaine bienveillance, même si la scène a évolué
Les premiers pas à Rennes
Mon premier souvenir, c’est la cité universitaire de Villejean. C’est ici que tout a commencé. Il y avait une véritable effervescence musicale. Tout le monde avait un groupe et on jouait dans les amphithéâtres. C’est dans l’un d’entre eux que je suis montée pour la première fois sur scène avec mon groupe Les Passants. L’ambiance était vraiment bon enfant, surtout pas bling-bling. Au contraire. C’était très militant, voire anarchiste. Les concerts servaient surtout à se rencontrer.
À l’époque, j’étais une véritable marcheuse. Pour aller dans le centre-ville, c’était toujours à pied. Je flânais, je m’imprégnais de la ville, parce que je ne connaissais encore personne. J’ai commencé à repérer des endroits où je me sentais bien, comme la rue de Saint-Malo. Les concerts aidant, je me suis vite trouvé une bande. On allait à La Trinquette, puis à L’Ozone. On parlait, on se disputait, on montait des fanzines. Pour continuer la soirée, on finissait souvent au pub Satory, sur le Mail. Vers 4 h du matin, on sortait chercher des croissants, avant de retourner à nos vies d’étudiants. C’est de cette période qu’est né Billy Ze Kick.
« Comment je suis devenu rennais », un dossier à retrouver dans le Mensuel de Rennes de janvier
Chaque année, des milliers de personnes s’installent à Rennes. Comment devient-on pleinement membre de la cité ? Des personnalités de la ville, qui furent un jour de nouveaux arrivants, livrent au Mensuel de Rennes le récit intime de leur parcours d’habitant, du tout premier jour à aujourd’hui. À retrouver dans les kiosques ce vendredi 2 janvier.
Mes souvenirs les plus marquants
Mon lieu de prédilection, c’est le parc de Bréquigny. Je l’ai découvert quand je suis revenue à Rennes en 2000, après quelques années à Paris. J’y viens souvent pour me ressourcer, me rapprocher de la nature. Ce parc représente à la fois un moment de tristesse et un moment d’amour. Un jour, en m’y promenant, j’ai vu des piquets plantés autour de la pataugeoire des enfants, en vue d’un futur grillage. Ça m’a choquée. J’ai eu le sentiment qu’on abîmait une perspective, une respiration. Mon vieux réflexe militant a repris le dessus : j’ai écrit aux élus, distribué des tracts. Puis, les piquets ont disparu. Dans un article, j’ai découvert qu’ils avaient servi à écrire le mot “liberté”. Quelque temps plus tard, mon compagnon m’a avoué que c’était lui qui les avait retirés, de nuit. Sans cela, je suis persuadée que le grillage serait toujours là.
Billy ze kick a connu un gros succès avec son titre « Mangez-moi ! Mangez-moi ! », qui raconte une cueillette de champignons hallucinogènes. Un tube qui leur vaudra une attaque en justice en octobre 1994 pour « incitation à l’usage de stupéfiants », soldée par un non-lieu. (David Brunet/Le Mensuel de Rennes)Ce que la ville m’a apporté
Rennes m’a donné une véritable aura musicale, nourrie par les légendes celtiques et une tradition militante. Ailleurs, j’aurais sans doute eu une vie artistique mais elle aurait été différente. La ville a su préserver cette culture et une certaine bienveillance, même si la scène a évolué. À mon époque, on pouvait jouer partout, dans de nombreux lieux, et pas seulement à Rennes. Aujourd’hui, les bars-concerts sont moins nombreux. Peut-être que les gens sont devenus moins tolérants au bruit. Pourtant, la scène reste très active. Quand je répète au Jardin Moderne, je croise les nouvelles générations, notamment de nombreuses artistes féminines. La ville change, mais elle garde son âme musicale. »