Par

Lucie Gosselin

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Rédactrice

Journaliste passionnée, depuis plus de 10 ans, je réalise des enquêtes, des portraits, des reportages ou des interviews.

Douze ans après sa victoire à « The Voice », Yoann Fréget est resté fidèle à son univers musical, celui du gospel et de la soul. Pour s’y épanouir pleinement, le chanteur a choisi il y a 9 mois de repartir vivre aux États-Unis, où il poursuit sa carrière sous le nom de Yoann FreeJay. Sa vie à New-York, sa foi, son rapport à la musique, aux réseaux sociaux, au showbiz en France, ses amours… L’artiste a accepté de se livrer à « Purepeople », avec la sincérité et la douceur qui le caractérisent.

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« Dimanche 21 décembre, 16h30. Rejoignez-nous pour une joyeuse soirée de louanges, de musique et de convivialité au concert des vacances de l’église Wallace Temple AME Zion. » Sur l’affiche, aux couleurs de Noël, le visage de celui qui, depuis 2016, s’est rebaptisé Yoann FreeJay, s’affiche aux côtés d’autres groupes et artistes afro-américains. Lorsque nous nous entretenons au téléphone avec l’ancien vainqueur de The Voice, lundi 22 décembre, le concert a déjà eu lieu dans cette petite chapelle du New Jersey, à quelques kilomètres à vol d’oiseau de la statue de la Liberté. Une liberté que l’artiste de 38 ans semble être revenu chercher aux États-Unis, terre où le gospel, cette musique qui fait battre son cœur, est né au milieu du XIXe siècle.

En ligne, Yoann Fréget est encore envahi par la joie que lui a procurée cette représentation. « Hier soir, c’était magique. J’avais déjà vécu un an aux États-Unis, mais c’est vraiment une des raisons pour lesquelles je suis revenu m’y installer : pour continuer ma carrière dans le gospel. Je suis toujours très honoré quand je suis invité par la communauté afro-américaine à chanter dans les églises. Je ressens toute cette culture, le public est très touché, des petites mamies viennent me prendre les mains. C’est vraiment un échange du cœur, quelque chose qui me nourrit. »

En 2016, trois ans après sa victoire à The Voice, le chanteur avait quitté la France en dénonçant ceux qui, après le télé-crochet, ne l’avaient pas aidé. « J’ai fait la promotion de mon album avec seulement l’aide de mon manager et de mon attachée de presse, et non pas avec le soutien de ceux qui auraient dû… Ces gens-là [la production de l’émission et la maison de disques] ne respectent absolument pas le public« , avait-il lâché à nos confrères de 20 Minutes.

 

  « J’ai toujours refusé de jouer ce rôle et j’ai conscience que ça a pu me fermer certaines portes »

 

Des propos qu’il complète aujourd’hui… « Quand j’ai gagné The Voice, se remémore-t-il, j’ai refusé d’avoir des gardes du corps, j’ai continué de prendre le métro. Mais cette accessibilité que je cultivais, j’ai compris qu’elle dérangeait. Que certaines personnes qui m’entouraient dans le milieu du show-business auraient aimé que je sois plus inaccessible. J’ai toujours refusé de jouer ce rôle et j’ai conscience que ça a pu me fermer certaines portes. Qu’importe, ça en a ouvert tellement d’autres. C’est peut-être ce qui a fait que Lara Fabian est venue me chercher pour faire un duo avec elle. Elle chante vraiment avec son âme et je suis resté en lien avec elle. »

Il ne peut pas en dire autant de ceux qui l’ont porté vers la victoire à The Voice. Lorsqu’on lui demande quels contacts il a gardés avec Garou, son coach, et les autres, il marque un temps d’arrêt puis lance, en riant : « Question suivante ? » Avant de conclure : « Ma porte est grande ouverte pour pouvoir continuer à partager. » 

 

Lors de son premier séjour aux États-Unis, Yoann avait déjà trouvé cet esprit soul qui l’a toujours habité, celui qui lui avait permis, lorsqu’il s’était présenté sur le plateau de l’émission présentée par Nikos, dans son sobre costume gris et sa chemise rose, de faire se retourner sur lui Garou, Louis Bertignac, Jenifer et Florent Pagny. Après une décennie passée en France à faire des concerts, à donner des cours de chant, à pratiquer la musicothérapie ou encore à chanter dans le métro parisien pour assouvir un rêve, ainsi qu’il l’avait raconté, le voici donc, à 38 ans, de retour à New York.

En interview, sa voix, puissante lorsqu’il chante, se mue en un filet doux et fluet, parfois interrompu par ce léger bégaiement qui lui a valu bien des humiliations. Une voix animée autant par la joie, émotion qui guide les pas de ce garçon sensible, que par la foi. « Ma spiritualité est très ancrée dans le concret, nous explique-t-il. En aimant notre prochain, on aime réellement Dieu, parce que cette lumière est en nous tous. Et évidemment, le gospel, à plus forte raison ici où les talents sont innombrables, englobe toute cette spiritualité et cette communion avec les gens. Je suis tellement fier d’appartenir à cette communauté.« 

 

Il chante dans des palaces, des clubs prestigieux ou des parcs avec des SDF

Une fierté qui a logiquement poussé le chanteur français, sitôt obtenu le graal du visa d’artiste officiellement intitulé « Alien with extraordinary abilities », à venir intentionnellement s’installer dans le quartier de Harlem, berceau de la culture afro-américaine, du jazz, de la soul et du gospel, au nord de la Grosse Pomme. « Le quartier de Harlem n’a pas l’image qu’il pouvait avoir jadis, souligne-t-il. Je m’y sens totalement en sécurité. Je n’y ai jamais eu aucun souci. Les gens ont été très accueillants avec moi, très respectueux. »

C’est là, dans un petit parc non loin de chez lui, qu’il se rend régulièrement pour méditer et pour chanter. « Il arrive que des sans-abri viennent s’asseoir à côté de moi et m’écoutent. Des moments merveilleux. »

À Harlem, l’artiste baigne dans le milieu musical qu’il aime. Il participe régulièrement à des jam sessions où des artistes, dont certains très connues, viennent improviser, parfois jusqu’au bout de la nuit. C’est aussi dans ce quartier qu’il est invité dans des clubs de jazz, comme le célèbre Red Rooster. Mais il se produit également ailleurs. « J’ai eu la chance de faire deux concerts dans l’hôtel le plus prestigieux de NYC, le Aman, sur la Ve avenue. C’était extraordinaire parce que, généralement, cet endroit ne s’ouvre qu’à des grands de la scène new-yorkaise », se réjouit-il, tout comme il se félicite d’avoir été convié à se produire sur la scène de l’Ashford and Simpson’s Sugar Bar, du nom de Nickolas Ashford et de sa femme Valerie Simpson, deux stars mondiales de la soul.

« J’ai été très heureux de célébrer cet amour que j’ai envers un homme »

Après neuf mois passés loin des siens, la France lui manque-t-elle ? « Je donne des cours de chant en visio dans le monde entier, y compris en France, explique-t-il. Cela me permet de garder le lien avec notre pays. Il y a aussi les réseaux sociaux, mais les algorithmes et moi, on n’est pas très copains. Je ne vais pas devenir un petit robot pour plaire à l’algorithme juste pour être vu. Je veux rester moi-même et j’ai besoin de calme, d’espace, de discrétion et d’humilité pour nourrir mon art, qui passe aussi par de vraies interactions… »

À propos d’interactions, où en est-il de sa vie de couple ? Sur le sujet il se montre plus réservé : « C’est ma vie privée, tranche-t-il gentiment, avant d’ajouter : en revanche, il y a sept ans, j’ai été très heureux de célébrer cet amour que j’ai envers un homme. Heureux de montrer qu’il n’y a pas de contradiction entre cet amour et la foi en Dieu. C’était très fort. J’ai eu beaucoup de soutien, notamment de la communauté gospel, et j’en ai été très touché. »

Dans quelques jours, après neuf mois passés loin de la France, Yoann Fréget va revenir dans son pays natal. « J’ai besoin de voir mes amis et ma famille », souffle-t-il. Il en profitera pour s’offrir un petit plaisir qu’il se refuse à New York : des croissants. « Je pourrais m’en faire livrer à Harlem, mais il est hors de question que j’appelle Uber Eats pour ça », clame-t-il. Des principes et une simplicité, toujours.

Propos exclusifs ne pouvant être repris sans la mention Purepeople

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