« Elle n’est peut-être pas définitivement sauvée mais elle a obtenu au moins un sursis ! » Même si elle a été désacralisée il y a près de 50 ans en 1977, l’imposante église néogothique Saint-Martin d’Arenc construite en 1913 reste l’âme de ce quartier populaire d’Arenc, dans le IIIe arrondissement et tout proche du port industriel de Marseille.

Après une longue concertation, son propriétaire actuel, le département des Bouches-du-Rhône, a annoncé qu’il serait d’accord pour qu’après 8 millions d’euros de travaux de rénovation le lieu ainsi que son immense jardin trouvent dans les prochaines années d’autres vocations, notamment culturelles. À condition qu’un opérateur se manifeste pour en prendre la gestion.

Fermée pour des raisons de sécurité

Vendu en 2018 au conseil départemental par le diocèse qui avait renoncé à y installer un lycée catholique, l’édifice religieux qui plafonne à 22 m de haut est aujourd’hui en piteux état, tagué et domaine des pigeons, et toujours fermé au public pour des raisons de sécurité. Fragilisés par les travaux d’un tunnel ferroviaire, ses piliers de soutènement en bois ont bougé entraînant d’inquiétantes fissures sur le bâtiment.

Se retrouvant à la tête de cet encombrant patrimoine nécessitant d’important et coûteux travaux pour pouvoir lui trouver une destination, le département avait lancé en 2023 un processus de vente qui avait finalement capoté après une mobilisation massive des riverains.

« À coups de réunions, de création d’un comité, de pétitions et de manifestations, on a réussi à les faire changer d’avis », se souvient Patrick Langer, président du comité d’intérêt de quartier (CIQ) Arenc-Villette. « Cette église est magnifique, c’est notre monument. Dans un quartier qui manque déjà cruellement d’espaces verts, les riverains craignaient qu’on ne la détruise et que l’on construise une tour à la place. »

En collaboration avec l’association « Sites et Monuments », le CIQ a d’ailleurs déposé dès 2023 une demande de classement au titre des Monuments historiques, le bâtiment de près de 1 000 m2 étant signé de l’emblématique architecte provençal du début du XXe siècle, Théodore Dupoux. Le dossier est toujours en cours d’instruction.

« Une première victoire due à notre mobilisation »

« La décision du département est une première victoire due à notre mobilisation, mais je me réjouirai vraiment quand je verrai des engins de chantier sur le site », reprend Antoine Cacioppo, le vice-président du CIQ. « On s’est battu pour sauver cette église, maintenant ce n’est pas nous qui déciderons de ce que l’on mettra dedans… Même si on n’est pas loin du port et qu’on pourrait y installer l’ancien musée de la Marine de la Canebière fermé en 2019 et dont les 50 000 pièces sont entassées dans des cartons. »

Le marché de maîtrise d’œuvre devrait être lancé dès cette année avant la phase des travaux de confortement d’ici 2028 – 2029 et la restauration proprement dite au début des années 2030.

« Pour la destination du bâtiment et du jardin, nous allons mener de larges consultations et on ne s’interdit rien », prévoit Laure-Agnès Caradec, la conseillère départementale en charge du dossier. « Ce sera un lieu qui rayonnera sur le quartier et ne créera pas de nuisance. »