Fantasmes sexuels : ce désir
secret que des millions de Français taisent encore
Ils en parlent rarement, même entre amis
proches. Trop honteux, trop risqué, trop difficile à
assumer. Et pourtant, ce
fantasme jugé “hors norme” est bien loin d’être isolé. Car en
réalité, c’est l’un des plus répandus en France — toutes
générations confondues. Et si le silence qui l’entoure le rend
tabou, les chiffres racontent une tout autre histoire.
En 2023, une grande enquête de
l’Ifop a révélé que ce fantasme précis faisait partie du
top 5 des scénarios sexuels les plus partagés. Chez les
femmes comme chez les hommes, il dépasse même celui du
sexe à plusieurs ou du lieu insolite. Une donnée qui interroge
: pourquoi fantasmer massivement sur une situation que l’on
n’ose même pas évoquer à voix haute ? Et surtout, que dit
ce décalage entre les désirs privés et les normes sociales
apparentes ?
Le fantasme de
domination/soumission : le tabou le plus fréquent en France
C’est souvent l’un des
premiers évoqués en cabinet de sexologie. Et c’est aussi l’un des
moins assumés publiquement : le
fantasme de domination ou de soumission. Selon l’étude Ifop
menée auprès de 5 000 personnes, près de 49 % des femmes et 52 % des hommes ont déjà
fantasmé sur une relation impliquant un rapport de pouvoir
(maîtrise, contrôle, reddition…).
Cela ne signifie pas forcément
qu’ils ou elles souhaitent le réaliser. Mais ce scénario active des
zones bien précises du cerveau liées à l’imaginaire érotique,
au lâcher-prise et à l’adrénaline. Et pourtant, dans les
discours publics, il reste fortement connoté : perçu comme
dégradant, “déviant”, ou assimilé à des pratiques extrêmes. Ce
regard social explique en grande partie le sentiment de honte qui
l’entoure encore aujourd’hui.
« Le problème ne vient pas du fantasme lui-même,
mais de l’écart entre le scénario intérieur et les attentes
normatives du couple ou de la société », analysait
François Kraus,
directeur du pôle « Genre, sexualités et santé sexuelle » à l’Ifop,
dans une étude publiée en 2022. « Chez les femmes, ce type de fantasme peut parfois
entrer en contradiction avec leur volonté d’égalité dans la
relation, ce qui peut expliquer pourquoi il reste souvent
tu. »
©
Shutterstock
Longtemps
tabou, le fantasme de domination ou de soumission fait pourtant
partie des plus fréquents chez les Français selon les dernières
enquêtes.
Un imaginaire qui dépasse les
genres et les orientations
L’autre surprise de l’étude :
ce fantasme n’a rien de
genré, contrairement à certaines idées reçues. Il touche
aussi bien les hommes que les femmes, les personnes en couple que
les célibataires, les hétéros que les LGBTQ+. Et il s’exprime sous
des formes très variées : jeu de rôles, menottage, scénarios
verbaux, mise en scène douce ou intense.
La généralisation du BDSM soft
dans les séries ou la littérature (de 50 nuances de Grey à Sex Education) a contribué à normaliser ces
pratiques, sans forcément défaire la gêne qui les entoure.
Résultat : on en parle
plus, mais on les assume toujours aussi peu.
L’Ifop note par exemple que si
près d’un Français sur deux a ce
fantasme, moins d’un
sur cinq en parle ouvertement avec son ou sa partenaire.
Un non-dit qui crée parfois un manque, voire une frustration
difficile à nommer. Car contrairement à ce que l’on croit,
le fantasme n’est pas un
projet, c’est un moteur du désir.
Pourquoi ce fantasme fascine autant (et comment l’aborder en
couple)
La domination/soumission
active des leviers psychologiques puissants : contrôle, confiance,
inversion des rôles, transgression encadrée… Tout cela dans
un espace sécurisé où chacun reste libre de dire stop. Le
fantasme fonctionne parce qu’il bouscule les cadres habituels, tout
en permettant de tester des
émotions fortes à distance de la réalité.
Mais pour qu’il devienne un
terrain de complicité plutôt qu’un sujet de malaise, encore faut-il
ouvrir le dialogue sans
peur d’être jugé. « Ce n’est pas parce qu’on a un fantasme qu’on veut le
réaliser. L’essentiel, c’est de pouvoir en parler librement, sans
pression ni honte », expliquait le sexothérapeute
Sylvain Mimoun
dans un entretien au Figaro
Santé. « Il faut
le voir comme un langage du désir, pas comme un plan
d’action. »
À noter que de plus en plus de
couples optent pour des jeux de rôles légers ou des mises en scène
symboliques, sans aller
dans la pratique extrême, mais pour réveiller un désir mis
en veille. D’autres utilisent les plateformes de partage de récits
érotiques comme support de discussion.
En fin de compte, ce
fantasme considéré comme honteux révèle surtout une chose : le
besoin, chez beaucoup, de reprendre le pouvoir sur leurs désirs, loin des
clichés, des injonctions ou de la peur du regard des autres.
©
Shutterstock
Ce
fantasme de domination ou soumission séduit autant les femmes que
les hommes, mais reste souvent tu dans l’intimité.
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