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La dermatose nodulaire contagieuse frappe à nouveau en Ariège malgré la campagne de vaccination des bovins ariégeois entreprise ces dernières semaines. Un troupeau de 113 bovins sera abattu, suscitant colère et incompréhension parmi les éleveurs.

Un paradoxe qui ne prête pas du tout à sourire : alors que la préfecture de l’Ariège indiquait ce mercredi 31 décembre que l’intégralité du cheptel bovin ariégeois était vacciné contre la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), un nouveau cas de cette maladie a été confirmé dans une ferme d’une commune du pays d’Olmes, a-t-on appris ce jeudi 1er janvier 2026.

En vertu du protocole sanitaire en vigueur, le troupeau de 113 bovins sera abattu ce vendredi 2 janvier, selon nos informations confirmées par le président de la Chambre d’agriculture Philippe Lacube et le représentant du syndicat Confédération paysanne en Ariège, Christophe Gouazé.

« C’est une chouette famille, un drame de plus », souffle le président de la chambre, lui-même éleveur aux Cabannes. Contactée, la préfecture de l’Ariège n’a confirmé ni l’apparition de ce cas ni l’abattage du troupeau et a renvoyé vers le ministère de l’Agriculture, qui n’avait pas répondu à nos sollicitations au moment où ces lignes sont publiées.

« On attend plus grand-chose de l’État »

Selon nos informations, non confirmées par les services de l’État, le préfet Hervé Brabant se serait rendu sur place pour aller à la rencontre des éleveurs touchés. Une visite à laquelle n’a pas été convié Philippe Lacube, ce que le président de la Chambre déplorait : « On a l’impression que l’État nous cache la situation, comme s’il était terrorisé par la profession. Mais on n’attend plus grand-chose de l’État, c’est un jeu de roulette russe », grince-t-il.

Dans son viseur surtout, la stratégie vaccinale du gouvernement : « ça me désole, si on avait vacciné plus tôt, on n’en serait pas là. » Le « retard à l’allumage de la campagne », lancée le 16 décembre dernier par les services de l’État et menée par de nombreux vétérinaires, serait responsable selon lui de cette « situation dramatique » évitable. Il faut attendre 21 jours pour atteindre l’immunité totale après la vaccination, et ce nouveau cas de DNC intervient dans l’intervalle entre le moment de la piqûre et la protection des vaches : « On les abat alors qu’elles ont été vaccinées, c’est une course au massacre alors que si on avait vacciné plus vite, on n’en serait pas là ».

« La maladie avance plus vite que le vaccin »

L’éleveur ne retient pas non plus ses critiques contre les « éléments de langage » qui seraient distillés par les pouvoirs publics : « On nous parle de maîtrise, mais on n’en a pas du tout l’impression, on ne maîtrise rien. Si on avait écouté la base dès le départ, on n’en serait pas là », répète-t-il avec force. Il ne manque pas d’adresser son soutien aux éleveurs touchés, indiquant respecter leur souhait de ne pas être dérangés vendredi 1er janvier pour l’abattage. Une position partagée par la Coordination rurale un peu plus tôt dans la journée dans nos colonnes.

En dépit de la campagne de vaccination qui a pris fin ce 31 décembre, Philippe Lacube n’exclut pas l’apparition de nouveaux cas dans les fermes ariégeoises dans les prochaines semaines : « La maladie avance plus vite que le vaccin », s’alarme-t-il. Des cas supplémentaires qui viendraient s’ajouter à ce dernier foyer, ainsi qu’à celui des Bordes-sur-Arize au début du mois de décembre : l’apparition d’un cas de DNC dans le Gaec du Mouriscou avait entraîné l’abattage du cheptel de Blondes d’Aquitaine, mettant le feu aux poudres d’une colère agricole qui s’était répandu dans la France entière.

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« Il n’y a pas d’autre solution que l’abattage total »

Pour autant, l’État reste intransigeant sur le protocole sanitaire. « Aujourd’hui, le message scientifique est clair. Il n’y a pas d’autre solution que l’abattage total pour endiguer la maladie. […] C’est un fléau, il y va de la survie du cheptel français », avait martelé Hervé Brabant, le préfet de l’Ariège, dans nos colonnes.

Une réponse qui n’a pas satisfait les paysans : affrontements entre manifestants, agriculteurs et forces de l’ordre, barrages routiers sur les grands axes de l’Hexagone, dont le tunnel de la RN20 à Foix ou le rond-point de Sabart à Tarascon-sur-Ariège, épandage de gravats et de déchets devant la préfecture de l’Ariège… Les manifestations de colère avaient pris de nombreuses formes et ce nouveau cas risque de ne pas apaiser la situation.