Quand le délégué CGT du Centre Antoine-Lacassagne a contacté Nice-Matin, il était très inquiet. « On est mi-décembre et on ne connaît toujours pas le planning des aides-soignantes pour janvier. La situation devient très problématique », alertait Richard Dalmas. La veille, le syndicat FO nous sollicitait pour partager… exactement les mêmes inquiétudes. Deux actions, ni concertées ni coordonnées, qui mettent en évidence les interrogations du personnel du centre anti-cancer niçois. Et qui ne datent pas d’hier.
« En août, la direction nous a informés du fait que les prévisions budgétaires n’étaient pas bonnes, résume Jacqueline Angelet, déléguée FO. Le déficit serait bien plus important que prévu. » Les syndicats évoquent -5,8 à -6 millions par rapport à l’état prévisionnel des dépenses et des recettes. « Oui, l’établissement traverse actuellement une période de tension budgétaire, comme c’est le cas aujourd’hui pour une très grande majorité des hôpitaux en France, admet le directeur général, le Pr Emmanuel Barranger. Ce n’est ni une surprise, ni une situation ignorée. Ces difficultés s’inscrivent dans un contexte national clairement identifié et partagé par l’ensemble des acteurs du système de santé. »

« Des ajustements organisationnels en cours »
« La direction doit rectifier le tir et le fait en réalisant des économies sur le personnel, déplore le cégétiste Richard Dalmas. Il n’y a certes pas de licenciements, mais des non-remplacements et des départs gelés. La situation la plus complexe est celle des aides-soignantes de nuit. Elles pourraient se retrouver à 50 % de moins, les contrats courts n’étant pas renouvelés. Par glissement, les infirmières se retrouveraient dans l’obligation de compenser certains actes et donc, à toute fin, cela a aussi un impact sur les patients. »
Jacqueline Angelet abonde : « Neuf à dix équivalents temps plein ne seraient pas reconduits. L’absence de planning des aides-soignantes engendre une extrême angoisse, elles ne savent pas ce qu’elles vont devenir. Dans d’autres professions aussi, il y aura des changements d’horaires à marche forcée. Nous comprenons bien que la direction doive faire des choix face à la situation financière ; ce que nous déplorons, c’est la brutalité des méthodes. Nous avons le sentiment que le personnel n’est pas assez consulté et associé. »
Lydia Zedda (CGT) s’étonne que « le Centre [veuille] relancer l’activité hémato, qui compte quatre médecins, tout en enlevant des aides-soignants. Les efforts ne peuvent pas reposer majoritairement sur une catégorie de personnel. »
« Sur le plan organisationnel, des ajustements sont en cours, confirme le Pr Barranger. Ils peuvent naturellement susciter des inquiétudes légitimes, que nous entendons pleinement et sur lesquelles nous travaillons. Le dialogue social est ouvert, constant, et nous sommes pleinement mobilisés aux côtés des équipes médicales et des organisations syndicales pour accompagner ces évolutions. »
« Responsabilité et action collective »
« Le budget prévisionnel 2026 et les mesures mises en œuvre progressivement ont été examinés et validés par le conseil d’administration de l’établissement, réuni le 16 décembre sous la présidence du préfet, en présence du délégué départemental de l’agence régionale de santé, informe le directeur général.
L’ensemble des administrateurs a salué les mesures engagées, tout en soulignant l’impact des contraintes budgétaires nationales sur notre établissement. Les organisations syndicales, quant à elles, ont exprimé leur opposition, ce qui est légitime et fait partie du débat. Il ne s’agit donc pas d’une crise, mais d’un moment de tension qui appelle responsabilité et action collective, dans l’intérêt des patients comme des professionnels. »