Les « alliances françaises » à la sauce russe ont un goût particulier. Normalement, elle servent à promouvoir la langue et le patrimoine culturel russe, de Pouchkine à Dostoïevski en passant par Chostakovitch. Mais il apparaît de plus en plus clairement que leur véritable fonction se situe ailleurs. Selon un rapport publié par All Eyes On Wagner, elles agissent comme des relais d’ingérence politique, de campagnes de désinformation et appuient même des actions militaires de la Russie et ses proxys.

Attaché culturel

« Ces entités s’appuient sur des ressortissants de pays d’importance stratégique pour Moscou, fréquemment recrutés au sein de groupes militants anti-occidentaux fabriqués, parrainés par la Russie et impliqués dans des opérations d’influence, indique le collectif d’investigations en sources ouvertes. De plus, ces maisons servent aujourd’hui de centres de recrutement et amplifient la propagande militaire, soutenant ainsi l’effort de guerre russe. »

Les maisons russes sont pilotées par l’agence russe de soft power Rossotrudnichestvo, en partenariat avec des organisations et sociétés militaires privées russes, et des associations africaines locales. Le directeur de la Rossotrudnichestvo, Yevgeny Primakov, a été sanctionné par l’Union européenne pour son soutien à l’agression russe contre l’Ukraine, et pour les efforts déployés par son agence pour accentuer la perception des territoires ukrainiens revendiqués par Moscou comme russes.

« Les Maisons Russes franchisées font partie intégrante de la stratégie de Africa Politology en charge des opérations d’influence offensives et clandestines pour l’Etat russe, poursuit le rapport. C’est cette structure qui porte leur budget dans chaque pays. Ce modèle de franchise permet à l’État russe d’étendre plus rapidement son réseau d’influence, mais dilue également les responsabilités et les rôles au profit d’acteurs non étatiques. »

Putschistes et espions en herbe

Les équipes de direction, recrutées localement, sont fréquemment cooptées auprès de militants anti-occidentaux et « néo-panafricanistes« , eux-mêmes liées aux ambassades russes. Un « écosystème local anti-occidental » s’organise donc autour des maisons russes en Afrique, alignés sur les vues du Kremlin et souvent favorables à un renversement de leurs propres gouvernements. Bien loin des missions initiales de promotion de l’histoire, la culture et la langue russe, donc.

« Les Maisons russes promeuvent [aussi] des événements liés à la guerre et l’armée russe, dévoile All Eyes on Wagner. Elles servent de caisses de résonance physiques dans le pays pour amplifier les opérations d’influence menées par la Russie, comme l’African Initiative et ses antennes locales. [Elles] sont aussi devenues des lieux de recrutement et d’opérations plus discrètes, avec un recrutement agressif pour le complexe militaro-industriel russe et des activités d’espionnage. »

Le rapport recommande aux pays africains accueillant des maisons russes de sanctionner ou de fermer celles qui s’adonnent clandestinement à du recrutement pour l’industrie russe de l’armement ou à de l’espionnage. Il les incite également à demander aux ambassadeurs des comptes sur les maisons russes dont les membres cherchent à renverser leur propre gouvernement au profit d’un pouvoir plus aligné sur le Kremlin.