Par
Léa Pippinato
Publié le
2 janv. 2026 à 6h12
Avant de devenir la présidente d’Emmaüs Montpellier, Martine Marragou a eu plusieurs vies. Docteure en lettres classiques, elle a longtemps enseigné avant de quitter l’Éducation nationale. Une décision murement réfléchie. « J’ai voulu me consacrer à d’autres activités, dont beaucoup étaient bénévoles. » Son engagement s’est d’abord exprimé au Rotary, où elle a mené des actions en faveur des enfants hospitalisés, puis à Radio Aviva, où elle a exercé un peu de journalisme. Très jeune déjà, elle servait aux conférences Saint-Vincent-de-Paul. La solidarité coulait dans ses veines.
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« C’est familial », affirme-t-elle sans hésiter. Son père était secrétaire à la Croix-Rouge. Son cousin, Clément Marragou, en est aujourd’hui le président à Montpellier. Dans la famille, la fraternité n’est pas un mot creux. Cette transmission a façonné sa vision de l’engagement. Chez Emmaüs, elle a trouvé une philosophie qui correspond à ses valeurs : le travail comme moteur de reconstruction.
L’appel du 18 juin
Elle aime à dire qu’elle est arrivée à Emmaüs « un 18 juin 2018 », clin d’œil à l’Histoire et au sens de l’appel. À l’époque, elle commence comme bénévole, avant qu’on lui propose rapidement la présidence. Son arrivée n’a pas manqué de surprendre certains compagnons : « Une femme, petite, blonde… » retrace-t-elle avec amusement. L’accueil a pourtant été chaleureux. Aujourd’hui encore, elle dit se sentir « invitée chaque jour » à la communauté. À la tête d’Emmaüs Montpellier-Saint-Aunès, Martine Marragou consacre entre cinq et sept heures par jour à la communauté. Elle supervise 12 salariés et 110 compagnons, dont certains vivent avec leurs enfants. « Nous n’avons aucune subvention, aucune. Martine Marragou en est convaincue : « Nos compagnons arrivent avec du bleu au corps et du bleu à l’âme. Ils se reconstruisent par le travail. »
La présidente se souvient de plusieurs compagnons dont les trajectoires l’ont marquée. Syuzanna, jeune Arménienne arrivée sans parler français, a obtenu un bac scientifique, puis un diplôme de pharmacie avant de rejoindre une multinationale à Bruxelles. Un autre, originaire de Guinée, est devenu métallurgiste après un long parcours d’intégration et rêve désormais de diriger un atelier.
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Depuis quelques années, les profils ont changé. « Autrefois, les compagnons étaient souvent d’anciens ouvriers, parfois marqués par l’alcool. Aujourd’hui, ce sont des jeunes sans formation, souvent touchés par la drogue. » Pour les accompagner, la communauté propose des cours de français et de citoyenneté. Martine Marragou a instauré ces enseignements il y a trois ans, confiés à l’ancienne maire de Montpellier, Hélène Mandroux, et au colonel Lefebvre. « J’ai voulu un binôme homme-femme, pour montrer la place des femmes dans la société française. » Les cours abordent les droits, mais surtout les devoirs des résidents.
Les difficultés ne manquent pas, surtout sans aides publiques. « Il y a des nuits plus agitées que d’autres », concède-t-elle. Mais jamais elle n’a pensé renoncer. « C’est un des plus beaux engagements de ma vie. » Elle l’assume avec une sérénité qui impressionne. Le secret ? Savoir garder une distance émotionnelle. « Si on se laisse happer par l’émotion, on ne peut plus diriger. » Martine Marragou définit son rôle ainsi : « Écouter, respecter, décider. Il ne faut pas chercher à être aimé, mais à être respecté. » Son empathie, dit-elle, est son moteur. Et si elle devait transmettre un conseil à celle ou celui qui lui succédera, ce serait celui-ci : « Une présidence ressemble à la personne. Chacun doit trouver sa manière de servir. » Catholique pratiquante, elle envisage, après Emmaüs, de reprendre des études de théologie. Mais elle restera toujours proche de la communauté, le temps d’un passage de relais apaisé.
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Entre deux réunions et trois sourires partagés, la présidente continue de bâtir des ponts. À Emmaüs, plus qu’un toit, elle offre des tremplins. 110, pour être exacte.
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