Ce travail collectif a débouché sur « 25 propositions » pour « lever les freins à l’emploi ». Deux domaines qui occupent une place centrale dans la vie de tous les jours sont regardés à la loupe : le logement et les transports, avec forcément les embouteillages en arrière-plan. Voici la proposition 11 par exemple : « Expérimenter des territoires tests de simplification réglementaire pour favoriser l’innovation en matière de logement. » La proposition 19 incite à « structurer un urbanisme autour des gares secondaires ». La proposition 23 pourrait être une réponse au casse-tête de la garde des enfants : « Étendre et coordonner les démarches d’horaires décalés. » Un sujet auquel La Poste est sensible. Le leitmotiv : « Construire plus et mieux. »

« Déséquilibres croissants »

Le rapport fait 136 pages. Il s’inscrit dans le prolongement de « L’Observatoire des métropoles » publié en 2023 par ce même laboratoire d’idées, un think tank comme on dit. « La métropole de Bordeaux était la championne toutes catégories en matière d’attractivité, à la fois pour les salariés et pour les dirigeants d’entreprise de toute la France », rappelle sa présidente exécutive, Katia Fiorentino. L’image, valorisante, traduisait une dynamique économique bien réelle. Mais, revers de la médaille, « ce rayonnement s’accompagne de déséquilibres croissants : tension sur le foncier, pression sur le logement, saturation des mobilités », peut-on lire en introduction.

« J’ai longtemps dirigé une entreprise mérignacaise et je n’ai jamais pu garder un salarié de la rive droite, quelle que soit sa qualité »

L’étude s’intitule « Logement et mobilité en Gironde : deux leviers pour l’emploi ». Basée sur le ressenti de la population, cette analyse sans concession a le mérite de mettre des chiffres et des mots sur des impressions. Une statistique frappante : « 31 % des Girondins déclarent avoir déjà renoncé à un emploi en raison de difficultés de transport ». Cette réalité désormais quantifiée ne pénalise pas que les personnes au chômage ou en quête d’évolution professionnelle. Elle est aussi problématique pour le recrutement. « J’ai longtemps dirigé une entreprise mérignacaise et je n’ai jamais pu garder un salarié de la rive droite, quelle que soit sa qualité, relate Pierre Goguet, ancien président du Medef de la Gironde et de la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) Bordeaux Gironde. Dès qu’il pouvait, il évitait l’heure ou l’heure et demie de trajet entre son domicile et Mérignac. »

Ce phénomène n’a pas dû aller en s’arrangeant, puisque 74 % des habitants du département estiment que « la congestion routière s’est aggravée ces dernières années » dans leur secteur. « Nous sommes en relation avec 3 000 entreprises de la région », ajoute Sébastien Thonnard, directeur pour la Nouvelle-Aquitaine d’Action logement, qui collecte la participation des employeurs à l’effort de construction. « Un grand nombre de dirigeants observent beaucoup de démissions ou de départs en période d’essai, rapporte-t-il. En raison de l’éloignement de leur lieu de travail, les gens n’y trouvent pas leur compte en termes de qualité de vie. »

74 % des habitants du département estiment que « la congestion routière s’est aggravée ces dernières années » dans leur secteur

La voiture toujours

Passer du temps dans les bouchons ne devrait théoriquement pas être une fatalité. Les transports en commun n’ont-ils pas vocation à être une alternative, indépendamment de leurs vertus sur le plan environnemental ? Toujours est-il que 57 % des Girondins citent la voiture comme « principal moyen de transport » pour leurs trajets quotidiens. Cette proportion monte même à 68 % pour ceux qui habitent en dehors de la métropole bordelaise.

Christine Bost avec l’équipe de l’institut Enterritoires et des représentants du monde économique à la CCI Bordeaux Gironde.

Christine Bost avec l’équipe de l’institut Enterritoires et des représentants du monde économique à la CCI Bordeaux Gironde.

E. C.

C’est la richesse de cette étude qui s’attaque au fond. Les données quantitatives ont été complétées par des entretiens approfondis avec des acteurs économiques ou institutionnels. Étienne Guyot, le préfet de la Nouvelle-Aquitaine et de la Gironde, faisait partie du comité de pilotage, tout comme Christine Bost, la présidente de Bordeaux Métropole. Ils étaient 20 au total, dont le maire de Libourne, Philippe Buisson.

À l’image du RER métropolitain, seule une réflexion à l’échelle de la Gironde a du sens quand il s’agit de transport et de logement, deux enjeux intimement liés. Une carte de 2024 jointe à ce dossier, signée A’urba, montrait que 23 % des actifs du Libournais travaillaient dans l’agglomération bordelaise, comme 35 % de ceux domiciliés dans le Val de l’Eyre, leur proportion étant de 44 % dans le Grand Cubzaguais.

Coût du logement

« 90 % des répondants » jugent que les loyers sont « trop chers » ou « à la limite de l’acceptable ». Conséquence, « 50 % des Girondins affirment avoir rencontré des difficultés pour trouver un logement adapté à leurs besoins dans leur commune ou à proximité, 80 % chez les 18-29 ans ». Dans la métropole, pour 38 % des sondés, « le manque de logements abordables » est même vu comme « le frein principal à l’emploi » dans leur territoire, avant même « le manque d’opportunités professionnelles » (36 %) et loin devant « les difficultés de transport » (13 %). « Ce coût du logement relativement élevé, doublé d’une pénurie, entraîne un éloignement résidentiel », souligne la directrice des études de l’institut Enterritoires, Sonia Bellit. Et qui dit trajet rallongé, bien souvent, dit voiture, au risque de venir alimenter les encombrements routiers.

« La politique que l’on mène à la Métropole, c’est justement d’essayer de mieux aménager le territoire, de mieux répartir l’emploi, l’habitat et de travailler sur les questions de mobilité », commente Christine Bost. « Effectivement, on constate de gros progrès mais, simultanément, la démographie aidant, les problèmes demeurent assez souvent en place », relève Pierre Goguet.