Ce 1er janvier 2026 marque le grand décrochage sanitaire aux États-Unis avec la fin de l’Obamacare. Pour 20 millions de citoyens, ce basculement budgétaire déclenche une explosion des coûts de protection sociale, menaçant directement la consommation et l’épargne des classes moyennes.

Depuis 2021, l’économie américaine bénéficiait d’une parenthèse de protection sociale inédite. Les aides massives déployées pour contrer les effets de la pandémie avaient réduit le taux de non-assurés à un plancher historique, sous la barre des 8 %. Cette ère prend fin brutalement sous l’impulsion de Donald Trump et d’une majorité républicaine déterminée à liquider ces dispositifs, qualifiés d’inflationnistes.

Dans les zones rurales comme l’Iowa, des profils comme Aaron Lehman, agriculteur, voient leurs primes mensuelles bondir de 500 à 1 300 dollars. Cette hausse de 160 % touche de plein fouet les travailleurs indépendants et les foyers ruraux, agissant comme un prélèvement massif sur le revenu disponible de la classe moyenne productive.

Risque systémique sur le secteur des assurances et « spirale de la mort »

À première vue, l’augmentation des primes doit entraîner une hausse des revenus pour les assureurs, mais Wall Street reste sur le qui-vive. Les analystes de Goldman Sachs et Morgan Stanley surveillent de près le Medical Loss Ratio (MLR), craignant le déclenchement d’une « spirale de la mort ». Ce phénomène voit les individus en bonne santé quitter le système face aux coûts prohibitifs, ne laissant que les profils à haut risque. L’explosion des coûts qui en résulte pour l’assureur force de nouvelles hausses de tarifs, menant potentiellement à l’effondrement du modèle.

La volatilité gagne les géants du secteur comme UnitedHealth Group et Elevance Health. L’incertitude est alimentée par la stratégie de Donald Trump, qui menace de convoquer les dirigeants à Mar-a-Lago pour dicter les prix par décret. Pour les marchés, ce risque politique prime désormais sur le risque purement médical.

Un frein brutal pour la consommation intérieure américaine

La santé pèse près de 18 % du PIB américain. Le transfert de charge de l’État fédéral vers le portefeuille des ménages provoque un effet d’éviction majeur sur les autres secteurs de l’économie. Chaque dollar capté par les cotisations d’assurance est un dollar retiré de l’investissement et de la consommation.

Déjà, les signes de ralentissement se multiplient pour le premier semestre 2026, avec le report du renouvellement de matériel chez les artisans et agriculteurs, la baisse de fréquentation dans la restauration et le gel des achats automobiles, ou encore les ponctions massives dans l’épargne accumulée pour honorer les factures de santé de janvier, hypothéquant la consommation future des seniors.

Fracture territoriale et fragilisation de l’entrepreneuriat

Le Midwest et la Rust Belt sont particulièrement vulnérables. Contrairement aux salariés des grands groupes technologiques de la côte Est bénéficiant de tarifs de groupe, le tissu économique de ces régions repose sur des PME et des indépendants.

L’innovation industrielle pourrait marquer le pas, faute de filet de sécurité pour les entrepreneurs prêts à prendre des risques.

Vers une crise de santé publique et un recul historique

Les projections du centre de réflexion KFF sont alarmantes. Les États-Unis s’apprêtent à vivre le plus grand recul de couverture santé de leur histoire. 10 millions de personnes perdent leur protection à la suite de la loi budgétaire estivale, et 4 millions de plus devraient renoncer à s’assurer d’ici à dix ans.

Ce renoncement aux soins entraîne un report massif des diagnostics pour les pathologies lourdes (cancers, maladies cardiaques). À terme, le coût pour la collectivité sera démultiplié par la prise en charge en urgence de pathologies à des stades avancés. Pour un pays dont l’espérance de vie stagne déjà, le coût humain et social devient une variable d’ajustement économique incertaine.

Le pari républicain de transformer la santé en produit de luxe est risqué. Sans une baisse des prix sous la pression directe de l’exécutif, le mécontentement des électeurs du Midwest pourrait transformer les prochaines élections de mi-mandat en un référendum contre la politique économique de Donald Trump.