QUAND T’ES DANS LE DÉSERT (7/9) – L’idole des (petits) jeunes rate une intervention médiatique et disparaît des écrans. Le rêve d’enfant se termine… Pour mieux recommencer ?
C’est un hara-kiri diffusé en direct sur TF1, devant 15 millions de Français. Ce 13 décembre 1985, Chantal Goya est l’invitée de l’émission la plus risquée du petit écran : « Le Jeu de la vérité », animé par Patrick Sabatier. Lequel retransmet son talk depuis le Palais des sports de Lyon où l’idole des petits vient de se produire dans Le mystérieux voyage de Marie-Rose, son dernier spectacle. Encore revêtue de sa robe de scène, l’interprète de « Pandi Panda » imagine devoir répondre aux questions d’enfants, son public, avant de réaliser que ce sont des adultes, souvent agressifs, qui occupent le standard téléphonique.
Alors qu’une prétendue institutrice lui demande son âge, Chantal Goya se met à chanter et à danser de façon survoltée sur l’air de Jeannot Lapin. Cette réaction, que la chanteuse expliquera destinée aux gamins assis devant elle, est vécue par ceux qui regardent l’émission comme un pétage de plomb méprisant. Tout comme ses grimaces quand cette femme lui reproche ses chansons « abêtissantes ». Lorsqu’elle regagne sa loge, l’artiste découvre son mari, Jean-Jacques Debout, effondré. Cet artiste inspiré, qui a bâti le répertoire et la carrière de sa femme, l’avait adjuré de décliner l’invitation de Sabatier. Qu’avait-elle à gagner en se livrant à un exercice en décalage avec son image de fée des bambins ?
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Au bad buzz médiatique qui se ressent dès le lendemain matin, Chantal Goya étant parfois dépeinte comme la vilaine sorcière d’un cauchemar télé, succède un ralentissement progressif mais inéluctable des ventes de ses disques. Si le 45 tours qu’elle est venue promouvoir, avec les titres « Félix le chat » et « L’alphabet en chantant », intègre le Top 50 deux semaines plus tard, pour en sortir le 15 février 1986, le single suivant – Les Champignoux – n’y parvient pas. Début 1987, la chanson-titre de son nouveau 33 tours, Dou ni dou ni day, fait une incursion fugitive dans le classement de Canal+. Après cela, Chantal doit attendre 2001 pour que sa version anglaise et parodique Becassine is my cousine, enregistrée pour le film Absolument fabuleux, retrouve les faveurs du Top 50. Entre les deux ? Un décrochage significatif, en trompe-l’œil.
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Soutien de Dorothée
De 1986 à 1997, le couple Goya-Debout ne sort pas moins de sept albums inédits et Chantal continue les tournées, se produisant, en 1989, au Palais des Congrès pour « L’Étrange Histoire du château hanté ». Mais les disques ne font plus les mêmes recettes, les spectacles n’ont pas la même opulence et, malgré quelques apparitions remarquées, la chanteuse est moins présente à la télé. Longtemps seule, ou presque, sur le créneau des disques pour enfants, elle y est désormais concurrencée par Douchka et Dorothée. Des producteurs auraient-ils ourdi, dans l’ombre, la chute de la « maison Goya » ?
Le purgatoire de la star se poursuit jusqu’en 1993. Cette année-là signe son retour en grâce, sa prestation désastreuse au Jeu de la vérité s’étant peu à peu effacée. Présentant un best of de ses shows précédents au Palais des congrès et signant une autobiographie, Chantal reçoit le soutien inattendu de Dorothée qui l’entraîne dans le giron de sa maison de disques et l’invite régulièrement sur le plateau de son émission télé. Le tournant des années 2000 transforme l’ex-has-been en icône gay et tendance, suscitant la nostalgie de ses fans des années 70 et 80 devenus, à leur tour, parents. Depuis, Chantal Goya ne dételle plus et, à 83 ans, assure une tournée célébrant, jusqu’en 2026, ses 50 ans de carrière. Si son mari et elle ne veulent plus revoir Sabatier qui, selon eux, les a « piégés », la chanteuse, assurant que « la vie se charge bien de remettre les gens à leur place », a relégué dans la malle aux – mauvais – souvenirs sa traversée du désert.