Avec Mélanie Laurent au casting, le premier long métrage de Joséphine Japy, « Qui brille au combat », est inspiré de son histoire familiale et du lourd handicap de sa soeur. Rencontre avec la réalisatrice qui évoque les enjeux personnels et les choix artistiques qui ont façonné cette autofiction poignante.

Bertille – dont le prénom signifie « qui brille au combat » – est la plus jeune des deux sœurs de la famille Roussier. Atteinte d’un fort handicap au diagnostic incertain, elle accapare les efforts et les pensées d’une famille à l’équilibre fragile. Sa soeur aînée de 17 ans, Marion, est quant à elle une adolescente tiraillée entre un amour inconditionnel pour sa soeur et un fort désir d’émancipation.

Pour son premier long métrage en tant que réalisatrice, l’actrice française de 31 ans Joséphine Japy (« Respire », « Mon inconnue », la série « Tapie ») a choisi un sujet profondément personnel. Le film est inspiré de sa propre famille qui est restée durant 25 ans dans l’attente d’un diagnostic pour l’une de ses sœurs. Lourdement handicapée et incapable de s’exprimer par le langage, elle pouvait, selon les médecins, mourir à tout moment.

« J’ai toujours eu le sentiment que cette histoire allait donner naissance à un film tôt ou tard », confie Joséphine Japy dans l’émission Vertigo du 26 décembre. « Mais je ne pensais pas que ça allait être mon premier, car c’était trop personnel, trop intime de commencer par là ».

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Un diagnostic qui change tout

Le déclic survient pourtant il y a trois ans lorsque sa mère l’appelle pour lui annoncer que l’on connaissait enfin le nom de la maladie de Bertille: le syndrome de Phelan-McDermid.

« D’avoir cet appel et d’entendre ma mère me dire que ma sœur n’allait pas mourir, qu’elle comprenait plein de choses dont tout l’amour qu’on lui donnait, que je n’étais pas porteuse du gène et que je n’avais pas à m’inquiéter si je voulais des enfants (…), ça m’a totalement bouleversée. (…) Ce diagnostic ne change pas le quotidien, mais change la vie », précise Joséphine Japy, qui a d’ailleurs annoncé début décembre être enceinte de son premier enfant.

C’est le jour de cet appel qu’elle décide d’écrire un film sur son histoire. Très rapidement, elle choisit d’être accompagnée dans l’écriture. « J’avais évidemment des choses à raconter, mais ça ressemblait plus à un journal intime qu’à un film. Je voulais que ce soit un vrai film de cinéma. Que les spectateurs se retrouvent devant une histoire avec des personnages et pas devant un docu-fiction de la famille Japy. »

Je voulais que ce soit un vrai film de cinéma. Que les spectateurs se retrouvent devant une histoire avec des personnages et pas devant un docu-fiction de la famille Japy.

Joséphine Japy, réalisatrice de « Qui brille au combat »

Les vocalises de Bertille, un outil de cinéma fabuleux

« Qui brille au combat » s’ouvre avec une bataille d’eau, une scène forte avec une réelle tension qui tourne finalement du côté de la joie alors qu’elle aurait pu basculer dans le drame. Une manière de montrer la réalité du quotidien, mais aussi à quel point cette famille, qui doit vivre avec une perpétuelle épée de Damoclès sur la tête, fait le choix de toujours se tourner vers le lumineux.

Dès le début, le film est rythmé par les cris de Bertille. Joséphine Japy explique: « Elle ne parle pas, mais s’exprime à travers des vocalises. Ce sont des cris plus ou moins doux et mélangés qui ressemblent parfois à des chants. Ces vocalises sont un outil de cinéma fabuleux, poétiques, mais également une entrée dans l’univers du handicap. »

Sarah Pachoud, la perle rare pour incarner Bertille

Pour incarner sa sœur, Joséphine Japy cherchait une comédienne en situation de handicap. Mais face à des gens qui, comme Bertille, ne parlent pas et dont elle ne peut donc avoir le consentement, elle se tourne vers des personnes avec des handicaps moins lourds avant de réaliser qu’elle est incapable de leur demander de régresser pour pouvoir incarner sa soeur.

Se tournant vers des actrices sans handicap, sa responsable du casting lui propose Sarah Pachoud. Au moment où Joséphine Japy voit la voit marcher de dos, elle croit apercevoir sa soeur et comprend instantanément qu’elle a trouvé la perle rare. Actrice venant du cirque et qui a commencé le cinéma en tant que cascadeuse, Sarah Pachoud a un rapport au corps qui convient parfaitement pour le rôle.

A ses côtés, on trouve Angelina Woreth (« Leurs enfants après eux »), qui incarne la soeur aînée, sorte d’alter ego de la réalisatrice, Pierre-Yves Cardinal (« Simple comme Sylvain ») dans le rôle du père et dans celui de la mère, Mélanie Laurent, qui avait dirigé Joséphine Japy dans le film « Respire » en 2014 .

La présentation du film au Festival de Cannes en mai a été un moment fort pour la réalisatrice. Sa mère et ses sœurs étaient présentes. « C’est l’un des plus beaux moments de ma vie de cinéma », confie-t-elle avec émotion.

Des propos recueillis par Anne Laure Gannac

Adaptation web: Andréanne Quartier-la-Tente

« Qui brille au combat », de Joséphine Japy. Avec Mélanie LaurentPierre-Yves CardinalSarah Pachoud et Angelina Woreth. A voir dans les salles romandes dès le 31 décembre 2025.