C’est un produit légal, utilisé dans les siphons de chantilly, les aérosols d’air sec ou encore certaines bonbonnes médicales ou industrielles, mais dont l’usage détourné est de plus en plus fréquent. Le protoxyde d’azote – également connu sous le nom de « gaz hilarant » ou « proto » – a vu sa consommation à des fins récréatives exploser depuis les années 2010 et quitter les milieux festifs pour se banaliser, notamment chez les jeunes. Souvent jugée sans risque, l’inhalation de la substance, qui induit une brève et rapide euphorie ainsi qu’un état de flottement, comporte de sérieux dangers pour la santé. Dangers sur lesquels les autorités alertent depuis plusieurs années.
Alors que la réglementation encadre déjà la vente du protoxyde d’azote et est amenée à se renforcer – peu cher, le produit reste facilement trouvable en cartouches dans la grande distribution et en ligne -, le préfet d’Ille-et-Vilaine a décidé d’aller plus loin et de prendre un arrêté interdisant le transport, la détention et de la consommation du 31 décembre 2025 au 31 mars 2026. L’interdiction vaut pour le protoxyde d’azote « sous quelque forme que ce soit, à des fins récréatives, […] sur les voies et espaces publics du département », précise l’arrêté. « Il est interdit de jeter ou d’abandonner dans l’espace public tout récipient ayant contenu du gaz protoxyde d’azote », peut-on également lire dans le document.
Saisies et amendes
Les forces de l’ordre sont autorisées à réaliser des saisies et à verbaliser les contrevenants. Ces derniers sont passibles d’une amende de 3 750 € en cas de violation de l’interdiction de vente aux mineurs, de vente dans les débuts de boissons et de tabac, et de vente et de distribution de tout produit destiné à faciliter l’extraction de protoxyde d’azote, tels que les « crakers » et les ballons. En outre, « le fait de provoquer un mineur à faire un usage détourné d’un produit de consommation courante pour en obtenir des effets psychoactifs est un délit puni de 15 000 € d’amende », rappelle la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca) sur son site internet.
Pour la préfecture bretillienne, c’est à la fois « un enjeu de santé publique et de sécurité », car « consommé sur la voie publique ou avant de prendre le volant, le protoxyde d’azote met en danger l’ensemble des usagers : perte de réflexe, perte de connaissance, vertiges, désorientation, comportements agités et violents ». « Les services de police et de gendarmerie signalent régulièrement des faits liés à la consommation de protoxyde d’azote, qu’il s’agisse de violences physiques de dégradations de bien ou d’infraction du code de la route », indique l’arrêté.
De gros risques
Selon la préfecture de police de Paris, le protoxyde d’azote est désormais la troisième substance la plus consommée par les jeunes, en dehors de l’alcool et du tabac. Il a aussi été dans le décès de plusieurs jeunes. « La pratique est de transférer le gaz dans un ballon directement placé à la sortie du contenant et d’inspirer ensuite le gaz contenu dans ce ballon », explique l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), sur son site internet. Selon ce dernier, la consommation de protoxyde d’azote peut entraîner des vertiges, maux de tête, nausées, pertes d’équilibre, brefs évanouissements, asphyxies, brûlures, chutes et, en cas d’usages chroniques et/ou intensifs, des troubles neurologiques, hématologiques, psychiatriques et cardiaques. Des risques augmentés en cas d’associations avec d’autres substances : alcool, opioïdes, benzodiazépines (anxiolytiques et somnifères)…