Dès son investiture, Donald Trump a placé la lutte contre les mesures destinées à améliorer la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances au cœur de son second mandat. Le locataire de la Maison-Blanche a ainsi signé, le 21 janvier 2025, un décret présidentiel « mettant fin à la discrimination illégale et rétablissant les opportunités fondées sur le mérite ».
Ce texte, qui prétend paradoxalement lutter contre le racisme et le sexisme, s’attaque en réalité à tous les dispositifs mis en œuvre pour lutter contre les inégalités de genre, liées à l’origine ou encore à l’orientation sexuelle. À travers une politique orientée vers la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances (DEI), son prédécesseur Joe Biden avait tenté d’inciter les entreprises et les administrations à recruter des profils plus variés.
De l’autre côté de l’Atlantique, le mythe du self-made-man [selon lequel n’importe qui pourrait s’enrichir par le travail acharné, NdR] a la peau dure. Pour autant, tous les citoyens américains ne seraient pas sur la même ligne de départ. Selon un rapport de Human Rights Watch pour l’année 2024, les familles africaines-américaines ne percevraient que 24 cents et les familles hispaniques 23 cents pour chaque dollar perçu par un foyer blanc, « un écart qui a très peu diminué au cours des 50 dernières années ».
Les personnes handicapées auraient pour leur part trois fois moins de chances d’être employées, et celles qui le sont gagneraient souvent moins que leurs pairs, pour des missions similaires. Du côté des femmes, elles semblent quitter, ces derniers mois, le marché du travail, notamment en raison d’une baisse des salaires ou d’une hausse des coûts de garde des enfants — un rôle qui leur reste assigné.
Bien sûr, ces inégalités se cumulent, et les femmes noires, par exemple, sont particulièrement victimes de ces phénomènes, renforcés par les actions de l’administration Trump contre la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances.
Une mise en cause de la diversité
Le 16 décembre dernier, l’organisation à but non lucratif America First Legal (AFL) a déposé un signalement (accessible en fin d’article) auprès de l’agence fédérale chargée de la lutte contre les discriminations sur le lieu de travail (Equal Employment Opportunity Commission, EEOC), visant le groupe éditorial Penguin Random House.
Elle accuse PRH « d’utiliser l’origine, la couleur de peau, le genre en tant que critères pour des décisions relatives à l’emploi et à la gestion du personnel dans le cadre de ses activités aux États-Unis ». America First Legal assure que la politique du groupe en matière de diversité, inclusion et égalité des chances est « illégale » et invite l’agence fédérale à ouvrir une enquête sur ces pratiques.
America First Legal, organisation fondée en 2021, est administrée et dirigée par des proches de Donald Trump, notamment Stephen Miller, très influent conseiller du président américain, mais aussi Matthew Whitaker, représentant des États-Unis auprès de l’OTAN. Sans surprise, l’action s’inscrit donc dans une logique de défense et d’application de l’idéologie trumpiste…
Penguin Random House, un des plus importants groupes éditoriaux des États-Unis, appartient au conglomérat allemand Bertelsmann. L’entité multiplie les actions DEI, à l’intérieur de l’entreprise ou en dehors, depuis 2018, au moins, à en croire son site internet : distribution de livres, ateliers d’écriture, formations des employés, organisation de débats, soutien des librairies afro-américaines…
Chaque année, PRH publie même un rapport consacré à la diversité de ses effectifs. En 2024, le cinquième document de ce type annonçait 68,9 % d’employés blancs, contre 70,1 % l’année précédente. 60 % de la population américaine était blanche en 2020, selon le recensement national : PRH proposait donc des effectifs qui ne reflètent pas la diversité de la population, rappelait alors Publishers Weekly, mais restaient néanmoins bien plus variés que ceux de l’édition en général. Le secteur est en effet très homogène, avec entre 72,5 % et 80 % d’employés blancs, au total.
Les efforts de PRH restaient toutefois insuffisants dans plusieurs domaines, notamment l’éditorial lui-même, avec seulement 36,4 % de personnes racisées, ou encore le marketing, où leur présence plafonne à 31,9 %.
PRH, opposant politique ?
Penguin Random House reste une imposante machine capitaliste, emblématique d’une certaine concentration économique aux États-Unis et dans le monde. Mais elle constitue également une force politique qui résiste au fond de l’air trumpiste : quand de nombreuses entreprises ont réduit voire abandonné les dispositions DEI en 2025 (Amazon, Meta, Walmart ou encore Disney), PRH n’a pas cédé.
Le groupe éditorial s’investit même dans la lutte contre les politiques de censure d’ouvrages dans les bibliothèques scolaires ou publiques, qui visent principalement les titres écrits par des personnes racisées, les femmes ou les membres de la communauté LGBTQIA+, ou qui mettent en scène des personnages aux mêmes caractéristiques.
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PRH a ainsi participé à des actions en justice pour contester ces actes de censure, ou fourni des ouvrages censurés des bibliothèques à certaines communautés.
Le groupe a déjà eu affaire récemment à Donald Trump, puisque le milliardaire a attaqué en justice quatre journalistes du New York Times, le quotidien et le groupe éditorial Penguin Random House, pour une enquête consacrée à son sens des affaires, qu’il juge « diffamante ». Malgré un premier rejet de sa plainte, alors jugée outrancière, le 47e président des États-Unis a renouvelé sa procédure, en octobre dernier.
Photographie : illustration, ActuaLitté, CC BY SA 2.0
Par Antoine Oury
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