Claude François et France Gall

INA (DR) / France TV (DR)

Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web

Au début des années 1960, France Gall et Claude François formaient l’un des couples les plus scrutés de la scène musicale française. Derrière les sourires et les succès, leur relation fut pourtant marquée par la jalousie et les tensions. Un épisode, longtemps resté dans l’ombre, a fait basculer leur histoire dans une violence inouïe. Un moment précis où tout a dérapé.

L’année 1965 marque un tournant décisif. France Gall remporte l’Eurovision avec « Poupée de cire, poupée de son », un triomphe international qui aurait dû sceller leur bonheur. Mais dans l’ombre des projecteurs, Claude François vit très mal ce succès qui dépasse le sien. Fou de rage et miné par la jalousie, il rompt avec la jeune chanteuse par téléphone le soir-même, quelques minutes seulement avant son rappel sur scène, la laissant en larmes au moment le plus important de sa carrière.

Pourtant, contre toute attente, les deux artistes se remettent ensemble – sur insistance de France Gall, désireuse d’apaiser la situation et convaincue que leur histoire peut encore être sauvée. Une réconciliation fragile, qui ne tiendra que quelques semaines. Car c’est après cette reprise de relation que survient le véritable épisode choc, bien plus grave que la rupture humiliante de l’Eurovision.

Dans son ouvrage « France Gall : des amours, des chansons et des larmes », le biographe Alain Wordrascka revient sur l’élément déclencheur de ce drame intime, une simple rumeur qui va mettre le feu aux poudres :

« Une rumeur se répand : France Gall aurait eu une aventure galante avec un chanteur italien pendant le concours de l’Eurovision »

Une rumeur infondée ou non, peu importe. Pour Claude François, elle agit comme une étincelle sur un baril de poudre. Le chanteur, connu pour ses colères incontrôlables, perd totalement pied. Christian Morise, alors secrétaire personnel de l’interprète de « Comme d’habitude », a été témoin direct de la suite des événements :

« Il exige de rentrer immédiatement à Paris. Je supplie [France Gall] de quitter les lieux avant [notre] retour. En vain. Claude pénètre dans l’appartement comme une tornade. Une violente dispute éclate pendant que je monte […] une paire de pique-cierges que Claude a achetée chez un antiquaire. Il en prend un qu’il lui jette au visage. Elle l’évite et l’objet termine sa course folle contre le mur en laissant une trace bien visible.

Après avoir pris la fuite, France Gall se fait poursuivre par Claude François. J’essaye de [le] ramener à la raison, mais mon intervention n’a que peu d’effet. Claude s’engouffre dans la Mustang et je le suis. Le bolide slalome entre les piquets prévus pour l’installation du marché. Devenu fou, il essaie de la renverser. Je tire sur le volant pour lui éviter de commettre l’irréparable »

Ces mots, d’une brutalité rare, lèvent le voile sur une réalité bien éloignée du mythe. L’ancien idole des jeunes, adulé pour son énergie sur scène, se révèle ici sous un jour terrifiant. Quant à France Gall, elle apparaît comme une jeune femme prise au piège d’une relation toxique, où l’amour se mêle à la peur.

Cet épisode marquera définitivement la fin de leur histoire. France Gall ne reviendra plus vers Claude François et prendra peu à peu ses distances avec ce passé douloureux. Longtemps silencieuse sur cette relation, elle choisira par la suite des chemins artistiques et personnels plus apaisés, notamment aux côtés de Michel Berger, le vrai amour de sa vie.