l’essentiel
La course contre la montre de Mathieu Baumel amputé de la jambe droite lui permet précisément onze mois après son terrible accident de la route de retrouver son baquet de navigateur auprès de Guillaume De Mévius. Époustouflant ! Le quadruple vainqueur du rallye – qui démarre ce samedi 3 janvier – avec Nasser Al-Attiyah nous raconte son chemin de vie…

Percuté par une voiture. La vie de Mathieu Baumel a basculé le 29 janvier 2025 alors qu’il portait assistance au bord d’une route. Il se retrouve alors dans une situation critique, les jambes gravement touchées. S’ensuivent des jours terribles avec des opérations, un coma artificiel, deux arrêts cardiaques et des complications en série. Il s’accroche à la vie mais doit prendre la douloureuse décision de se faire amputer de la jambe droite, trop endommagée.

Mathieu Baumel avec sa prothèse dans les sables saoudiens en compagnie de son pilote, le Belge Guillaume De Mévius.

Mathieu Baumel avec sa prothèse dans les sables saoudiens en compagnie de son pilote, le Belge Guillaume De Mévius.
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Lucide et combatif, Mathieu Baumel organise tout sur le lieu de l’accident : « Tu te dis que ta vie est foutue, il faut gérer cette situation. Les aventures menées sur le Dakar m’aident dans la gestion de ce moment de crise : en bon copilote, j’organise tout, j’appelle ma famille, les secours, je réunis mes papiers tant que je peux… Je ramasse des morceaux d’une jambe, une trentaine, je les place dans mon blouson. À ce moment-là, on ne sait pas si je vais vivre… »

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Il est transporté sur l’hôpital de Reims. « Après plusieurs jours compliqués, les médecins m’exposent les deux cas possibles, je prends la décision de me faire amputer de la jambe droite, peu de chances que je puisse en retrouver l’usage, peut-être dans dix ans. Dans ma tête, c’est clair : mon objectif, être au Dakar-2026. »

Il séjournera deux mois en soins intensifs avant de passer les quatre suivants en réadaptation au Grau-du-Roi dans l’Hérault.

Onze mois plus tard, ce copilote est au départ de la 48e édition à Yanbu au côté du Belge Guillaume De Mévius. « Aujourd’hui, j’ai l’impression que rien ne s’est passé ! Je n’ai pensé qu’à mon objectif. Quelque part, inconsciemment, j’ai gommé cette période. Tout cela est très loin derrière. Cela m’a permis de me focaliser sur l’épreuve même si beaucoup de choses restent à normaliser. Tout le monde m’a aidé pour m’engager dans les meilleures conditions : le prothésiste m’a créé une jambe spéciale (5kg), les docteurs, les aides-soignants, ma famille, mes amis… Je n’ai jamais imaginé malgré tout ce que j’ai traversé, ne pas y être. C’est toute ma vie de ces vingt dernières années en Afrique, en Amérique du Sud et en Arabie Saoudite. Les conséquences sont terribles certes mais, j’ai la chance d’avoir toute ma tête et elle fonctionne bien. »

« Avec ma prothèse, dormir sous la tente ne va pas être facile »

Le pilote Guillaume De Mévius témoigne de sa confiance envers son navigateur : « Je suis heureux de retrouver Mathieu pour ce que cela représente humainement, mais aussi parce que nous formons un vrai binôme. » Et Mathieu de concéder : « Les problématiques que nous allons rencontrer très certainement (les crevaisons par exemple) vont demander à Guillaume davantage de boulot pour me venir en aide ! Nous avons effectué deux Baja (Portugal et Djeddah) en répétition afin d’évaluer mes compétences, tout s’est bien passé. Le timing du Dakar n’est pas le même. C’est une course très longue de 13 étapes, difficile, éprouvante et sans temps mort. Ma crainte, les étapes marathon, quatre jours sans assistance. Avec la prothèse, dormir sous la tente ne va pas être facile. Une contrainte supplémentaire à gérer qui m’inquiète un peu. »

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Un point d’interrogation plane pour Baumel : « Vais-je tenir sur les quinze jours de course ? Le physique va-t-il suivre ? » L’intérieur de l’habitacle du Mini X-Raid Racing a été aménagé de façon à lui permettre d’être installé confortablement. « Comme je n’ai que la jambe gauche et qu’elle ne supporte pas encore pleinement son poids, pour me stabiliser dans la voiture et pour les chocs, il a fallu mouler un siège spécifique afin d’insérer aussi ma prothèse et y accéder facilement. Côté physique, j’ai travaillé pour refaire ma charpente musculaire mais sur la longévité de l’épreuve, j’ignore si, elle va suivre ou me faire souffrir. »

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Des ambitions, le duo en libère : « Il faut toujours se fixer des objectifs. Franchir l’arrivée à Yanbu le jour de mes 50 ans (17 janvier), gagner une étape pourquoi pas ? Rentrer dans le top 5 permettrait d’enchaîner la saison mondiale positivement. Dire que nous sommes présents pour la gagne, serait prétentieux. »

Guerrier et combattant, Mathieu Baumel n’a jamais renoncé. Il a toujours regardé devant, vers la course, vers la vie, vers le futur ! Preuve d’une force hors norme : son retour exceptionnel est un symbole de courage, de résilience et d’amour du sport. Marié à Barbara et père de deux enfants, Mathis et Chloé, il a choisi de se relever. Une sacrée et belle personne !