Premier conseil municipal sans Gaël Perdriau depuis près de 12 ans, davantage même puisqu’opposant auparavant. Première et avant dernière séance avec Jean-Pierre Berger en tant que maire. Et dernier Rapport d’orientation budgétaire (Rob) du mandat débattu lors de l’ultime conseil municipal de l’année 2025 le 19 décembre. Des projections à ce stade, en attendant le vote du Budget primitif 2026 fin janvier. Pas d’annonce fracassante comme le seraient une augmentation d’impôts, un repli de subventions ou de l’investissement. Serein et responsable, clame la majorité. Léthargique, tacle l’opposition.
Le nouveau maire Jean-Pierre Berger aux commandes de son premier conseil municipal en tant que tel le 19 décembre. ©If Saint-Etienne / XA
« Dans un contexte contraint ». Depuis quand une municipalité stéphanoise (on pourrait dire les collectivités locales en général) a-t-elle été en mesure de décrire des facteurs « externes » favorables à ses comptes ? Le contraire était déjà martelé sous le mandat de Maurice Vincent, entre – déjà – recul des dotations d’Etat et, avant cela, les coups portés par la crise des « subprimes » croisés avec les bouffées délirantes des emprunts toxiques contractés sous Michel Thiollière. Et depuis ? Depuis, ça s’enchaîne : poursuite continue de la baisse des dotations, (re) crise, Gilets jaunes et autres mouvements sociaux longs, Covid, (re re) crise, fin de la taxe d’habitation plus ou moins compensée, décisions de revalorisation du gouvernement assumées localement, inflation galopante, incertitudes internationales montantes et, dernier apport aux ombres des tableaux, la dérive des budgets nationaux…
Cela tient plus de structurel que du conjoncturel sur les capacités des collectivités locales à agir de nos jours, quel que soit le jugement à porter sur leurs choix, leur gestion, la pertinence de leur montée en puissance au fur et à mesure des décennies venant de s’écouler. Il est à parier que la majorité municipale stéphanoise sortie des urnes en mars 2026, présentera des orientations budgétaires 2027 « dans un contexte contraint » comme thématique d’introduction. En attendant, il était aussi à parier que ce serait le thème de l’entrée en matière – sa dernière ? – de Nora Berroukeche, adjointe au maire en charge des finances pour ces « projections » budgétaires 2026. C’était le cas. D’autant plus avec un budget national pas encore ficelé pour savoir à quel point Saint-Etienne sera, elle, ponctionnée dans les cadres des efforts réclamés. Il faut espérer que ce soit définitivement fixé avant le vote du budget primitif (le vrai donc) fin janvier.
Leviers fiscaux à nouveau intouchables
La prochaine majorité héritera d’une situation financière structurelle mais aussi d’un ultime budget annuel donc voté par la précédente, il est vrai – en partie – modifiable, en cours de route. Le 19 décembre, en conseil municipal, Nora Berroukeche dans ses avant-propos a donc fait du classique – « depuis 2014, nous avons perdu 166 M€ cumulés de recettes de DGF (dotation globale de fonctionnement) de l’État. Soit un rythme de 15 M€ par an » – et donc du plus neuf : « Pour réduire la dette publique, le projet de loi de finances pour 2026 prévoit une contribution des collectivités à hauteur de 5,3 Md€. Saint-Étienne devrait être impactée à hauteur d’environ 700 000 €. » Côté recettes de fonctionnement, la Ville les évalue à ce stade à 314 M€, soit une légère hausse de 0,64 %. 147,2 M€ proviennent des produits fiscaux maîtrisés par la Ville. Ces taux qu’elle peut fixer, elle seules (sinon, les bases sont réévaluables par l’Etat et d’autres collectivités agissent sur la taxe foncière, comme Métropole).
Le projet de loi de finances pour 2026 prévoit une contribution des collectivités à hauteur de 5,3 Md€. Saint-Étienne devrait être impactée à hauteur d’environ 700 000 €.
Peu importe le théâtre très, très particulier stéphanois quant à cette pièce-là : il aurait été suicidaire de les placer à la hausse une année électorale. Comme en 2025, ce ne sera donc évidemment pas le cas en 2026 qu’il y ait une ou deux listes issues de la majorité en en cours de désagrégation finale de Gaël Perdriau. C’était le cas, en revanche, significativement en 2024 et la pilule (cumulée avec celle métropolitaine et une baisse de subventions aux associations) n’est sans doute pas encore passée… Nora Berroukeche, il y a deux semaines, redisait qu’il s’agissait d’une question de vie ou de mort, d’un remède costaud, certes proscrit dans la campagne électorale de 2020, mais finalement à prescrire au regard du fameux contexte et ses imprévus. « Sans cette décision, on aurait eu une épargne nette négative à – 6 M€ et on n’aurait pas pu financer des investissements ni maintenir des services indispensables. Et nous conservons la pression fiscale la moins forte des villes de même strate », argue-t-elle.
Cette épargne si nettement décisive
Une « épargne nette » (recettes de fonctionnement déduites des dépenses de fonctionnement et du remboursement du capital de la dette) si décisive pour déterminer la capacité à investir et à se faire accompagner des banquiers. Avec des dépenses de fonctionnement attendues à 284 M€ (+ 1,9 % ; + 5 M€ uniquement sur les dépenses de personnel cette fois, portées à 180 M€), elle s’élèvera selon les prévisions à 8 M€ en 2026. La réalité de l’épargne nette ne peut être connue qu’avec un décalage d’une bonne quinzaine de mois – distance « de nos jours, abusive, avec les outils à disposition », nous assurait il y a un an l’opposant écologiste Jean Duverger. En attendant donc, la réalité de 2025 connue au début de l’été 2026, celle de 2023 avait été moins négative que dans les annonces des Orientations budgétaires d’alors (3 M€ prévus, 12 M€ obtenus au final) ; idem en 2024 : 10,2 estimés avec l’augmentation d’impôt… 28,8 dans la réalité constatée.
On maintiendra un niveau d’investissement ambitieux tout en maîtrisant notre recours à l’emprunt
Toute bonne « surprise » conduit à moins recourir à l’emprunt que pronostiqué – fait plutôt courant d’ailleurs – afin d’investir et tenir les objectifs de mandat. Pour sa conclusion, « on maintiendra un niveau d’investissement ambitieux tout en maîtrisant notre recours à l’emprunt », annonce Nora Berroukeche. C’est-à-dire à 55 M€ environ. L’utilisation de la somme – dont une grande partie permet de poursuivre ce qui a déjà été entamé – sera logiquement détaillée au Budget primitif de 2026. Quant à l’emprunt, il est estimé fin 2025 à 34 M€ pour 2026. Mais la dette, dans sa globalité, se rembourse aussi chaque année, parfois plus rapidement que son alimentation. L’occasion pour la majorité de défendre son bilan au chapitre réduction de l’encourt au cumul des deux mandats (elle a aussi été définitivement « détoxiquée » au début du second) : « l’encours de la dette, estimé à 224 M€ au 1er janvier 2026, contre 346 M€ en 2014 ». L’adjointe aux finances met aussi en avant l’excellente note financière, en progression de 2020 à 2024, de 17 à 19/20, dans une étude nationale (« 35 ratios financiers ») produite par le « cabinet indépendant » LocalNova.
« Vous n’y croyez plus, vous ne pilotez plus rien »
Pas de quoi aiguiller des compliments cousus main de la part des « camps d’en face », membres de l’opposition déjà partis des starting blocks pour en découdre dans cette dernière ligne droite nous séparant des élections municipales. « C’est un document de survie politique d’une majorité, enfin de ce qu’il en reste, aux abois. A le lire, une évidence saute aux yeux : vous n’y croyez plus, vous ne pilotez plus rien. Il n’anticipe rien. Les 55 M€ d’investissements que vous annoncez sont flous, sans calendrier, sans plan d’amortissement détaillé, rien, juste un chiffre balancé comme un dernier défi. Un aveu involontaire… », assénait François Boyer pour le groupe Saint-Étienne demain. Ex membre UDI de cette même majorité qui l’a mis à la porte en juin 2023, pour ses propos systématiques contre G. Perdriau en raison de l’affaire de chantage, Lionel Boucher pointait « un constat d’impuissance. Depuis trois ans, notre difficulté c’est que Saint-Étienne souffre de non choix. Ici, la politique est absente : vous ne hiérarchisez rien et ne fixez aucune ligne rouge et demandez 14 M€ à engager avant le BP, c’est légale, certes… La Ville perd de son autonomie fiscale, près de – 1,5 M€ et dépend de plus en plus de décisions externes. Et vous équilibrez le budget avec des recettes non régulières et la sulfateuse à PV. »
Les 55 M€ d’investissements que vous annoncez sont flous, sans calendrier, sans plan d’amortissement détaillé.
Les écologistes, par la voix de Jean Duverger, estiment, eux, que « durant tout le mandat écoulé, le débat d’orientations budgétaires n’a toujours été qu’un plaidoyer pour justifier les options non négociables d’une majorité hermétique au dialogue ». Ceci étant, « on doit admettre que le contexte est difficile pour établir des prévisions. Le Projet de Loi de Finances (PLF) n’est toujours pas adopté. Le contexte économique national et international est très incertain et la situation géo-stratégique est pour le moins compliquée. Tout cela avec les effets d’un changement climatique dévastateur. » Mais « alors que la situation décrite conduit à devoir faire des choix et établir des priorités, il nous est proposé une gestion au fil de l’eau. Ce rapport reste dans une logique de silos avec un horizon à court terme là où il faut avoir une approche globale du futur que nous désirons pour notre ville. »
Un tramway roulant sur le contexte
Avant, lui, Robert Karulak (Saint-Etienne Avant Tout, ex-majorité aussi) avait également attaqué l’exécutif municipal en lui reprochant l’absence totale d’anticipation des dépenses à prévoir sur de lourds travaux nécessaires au soutènement de la ligne principale de tramway entre les arrêts Carnot et Peuple. De quoi perturber pendant longtemps – 2 ans – le quotidien des Stéphanois. L’élu LR considère que la majorité a volontairement posé un couvert sur le sujet pour s’éviter les foudres des habitants. Pas de politique de l’autruche, rétorquait la majorité mais un sujet connu, relevant des compétences de Saint-Etienne Métropole et qui sera forcément géré en consultation avec la population et les commerces dans les ans à venir. « Dommage que nous n’ayons pas profité de vos talents de visionnaire quand vous étiez dans notre majorité, M Karulak, nous aurions pu réparer tout le tram, envoyait le maire Jen-Pierre Berger. Vous êtes aussi v.-p. à Métropole, c’est son sujet, son budget, et vous y avez réclamé il y a quelques mois de ne surtout pas communiquer dessus tant que les études n’étaient pas faites. Nous sommes dans les temps, c’est pour dans 3 ans. »
« J’ai dit en bureau métropolitain qu’il fallait travailler la communication de près avec la Ville de Saint-Etienne avant de la faire. Il faut être responsable et cela passe par la Ville pas que Métropole », précisait Robert Karulak, se défendant de retourner toute veste en matières de cachoterie. Il n’en fallait pas plus dans les jours à venir pour donner lieu à deux communiqués successifs d’accusation mutuelle de malhonnête intellectuelle à visée électoraliste entre majorité actuelle et candidature de la liste menée par Dino Cinieri aux Municipales 2026. Histoire de contextualiser aussi.