Par

Lily Dedeye

Publié le

2 janv. 2026 à 19h04

En France, ils sont une poignée à avoir réussi à s’insérer dans le milieu du cinéma et vivre de leur passion. Germain Boulay, monteur son et habitant de Rouen depuis 2024, exerce ce métier depuis plus de 20 ans. Césarisé en 2012 pour le film Cloclo de Florent Siri, il raconte ses débuts et son évolution dans ce milieu qui en fait rêver plus d’un. Rencontre.

Une passion de jeunesse

« Mon travail consiste à me mettre au service d’une scène de film, d’une histoire et d’un réalisateur. Sur certains films, qui nécessitent une ambiance particulière, je crée des univers sonores. Sur d’autres, comme les comédies par exemple, j’améliore les sons que je récupère du tournage et je recrée une réalité très proche », explique-t-il.

Le Rouennais d’adoption est passionné depuis ses jeunes années. « Ça a commencé à 16-18 ans, je mixais des titres, je faisais le DJ. » raconte-t-il. Rêvant de faire de sa passion son métier, Germain Boulay décide de poursuivre ses études dans une école de réalisation audiovisuelle : l’ESRA. « Pour faire du cinéma il y a deux options : les grandes écoles publiques, très sélectives ou les écoles privées. Je ne me voyais pas faire math sup maths spé pour réussir les concours, alors j’ai choisi une école privée. Mais avec ce parcours, c’est l’insertion à l’issue des trois ans qui est difficile ».

Germain Boulay est monteur son et travaille dans les milieux de la vidéo et du cinéma depuis plus de 30 ans.
Germain Boulay est monteur son et travaille dans les milieux de la vidéo et du cinéma depuis plus de 30 ans. (©Lily Dedeye)

En effet, après ses études, Germain Boulay doit redoubler d’effort et de détermination pour réussir à trouver du travail. « Je ne connais personne dans ce milieu donc c’était loin d’être évident. J’ai envoyé 75 CV, j’ai obtenu 74 réponses négatives. Une seule boîte m’a répondu et j’ai eu de la chance, c’était à l’époque une société de production à la mode sur Paris. J’ai donc intégré les équipes », raconte le monteur son.

Cette boîte s’appelait Duran Dubois Production, on ne faisait pas du cinéma, c’était plutôt de la vidéo. On travaillait essentiellement sur des programmes pour Canal +. Mais on a vu passer des stars comme Bjork, IAM…

Germain Boulay
Monteur son

Les débuts dans le groupe Duran-Dubois

Au sein du groupe Duran-Dubois, Germain Boulay travaille sur plusieurs petits films et se perfectionne. Il se crée rapidement un réseau de professionnels. « J’ai rencontré des réalisateurs de clip qui commençaient à se faire un nom à l’époque comme Michel Gondry, Florent-Emilio Siri, Olivier Dahan et Olivier Megaton. Lorsque Florent Siri a décidé de faire son premier long-métrage, il m’a demandé de travailler dessus. J’ai accepté, j’ai quitté Duran et ça m’a propulsé. »

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Pascal Dedeye, bruiteur, travaille avec Germain Boulay sur tous les films de Florent-Emilio Siri.
Pascal Dedeye, bruiteur, travaille avec Germain Boulay sur tous les films de Florent-Emilio Siri. (©Photo transmise par Pascal Dedeye)Son premier film en tant que chef

Sur le premier film de Florent Siri, Une Minute de silence, Germain Boulay se révèle. « Son film était très visuel, il y avait un travail de fou à faire. Ce n’était pas comme pour Canal+, il y avait tout un univers sonore à créer, on s’est beaucoup amusé. Et lorsqu’on l’a montré en projection, ça a été une belle surprise pour tout le monde », raconte Germain Boulay.

Cette expérience catapulte la petite équipe. Si bien que quelques années après, ils se retrouvent tous de nouveau pour travailler sur le deuxième film du réalisateur : Nid de guêpes. « C’était encore une grosse claque ce film. On commençait à 10 h du matin et on finissait à 2 h », raconte le monteur son.

Je me souviens d’une séquence qui m’a marqué. Il y avait des tirs de tous les côtés. Sauf que sur le tournage, les fusils sont chargés avec des balles à blanc donc le son n’était pas réaliste, il a fallu tout refaire. Pour chaque petit impact, il fallait caler un petit son, c’était un travail de fourmi. Deux semaines et demi de boulot pour 2min 30 de film.

Germain Boulay
Monteur son

Son entrée dans le monde du cinéma
Germain Boulay travaille dans les studios de postproduction. Depuis le covid, il a créé son propre studio chez lui à Rouen.
Germain Boulay travaille dans les studios de postproduction. Depuis le Covid, il a créé son propre studio chez lui à Rouen. (©Photo transmise par Germain Boulay)

En parallèle, Germain Boulay continue de travailler son réseau pour essayer de se faire un nom dans le cinéma. C’est sa rencontre avec Laurent Quaglio qui lui permet ensuite de réaliser ses rêves.

« Quand j’ai quitté Duran, je voulais travailler sur un film de science-fiction avec Enki Bilal. Mais les productions m’ont refusé le film car je manquais d’expérience et le travail a été donné à Laurent Quaglio, un monteur son plus expérimenté. Alors j’ai décidé d’appeler Laurent, nous nous sommes rencontrés et il m’a pris comme assistant sur le film. Là, j’ai pu mettre le pied dans le cinéma. »

Je ne me considère pas comme un artiste. Mais un artisan, oui. On malaxe la matière sonore comme un menuisier avec son ciseau à bois pour sculpter.

Germain Boulay
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Une jolie carrière

Dans les années 2000, la carrière de Germain Boulay, 30 ans, est lancée. Il enchaîne les films pour une moyenne de 3 par an, alternant les projets en tant que chef et assistant monteur son. Il travaille notamment avec Albert Dupontel sur Le Vilain. « Ce milieu fonctionne beaucoup avec le réseau, tu fais un film, tu rencontres un réalisateur et des techniciens et si ça se passe bien, ils te rappellent pour les suivants », explique Germain Boulay.

En 2006, le monteur son retrouve l’équipe de Nid de Guêpe, le bruiteur Pascal Dedeye, le compositeur Alexandre Desplat (qui a reçu deux fois l’Oscar de la meilleure musique de film), le mixeur Eric Tisserand et crée avec eux la bande-son du nouveau film de Florent Siri, L’Ennemi Intime. Il sera d’ailleurs nommé aux Césars l’année suivante. « Pour ce film encore on a dû enregistrer les bruits de fusil chez l’armurier. On ajoutait du son pour le cliquetis de l’arme, la détonation, la main sur le pistolet. On n’entend pas tous ces sons dans la vraie vie, mais au cinéma cela participe à l’ambiance du film », décrit Germain Boulay.

Pour créer cette matière sonore, parfois on prend les sons dans notre banque de sons enregistrés, parfois on recrée avec des synthés, ou parfois on fait appel à un bruiteur. Le bruiteur amène une matière complémentaire comme une patine sur un vieux meuble. C’est la petite touche d’épices qui va rehausser le plat !

Germain Boulay
Monteur son

Florent-Emilio Siri à gauche et son équipe de postproduction sonore présente depuis le premier film. Dans l'ordre, Florent-Emilio Siri, Eric Tisserand, Germain Boulay au milieu, Pascal Dedeye et son assistant.
Florent-Emilio Siri à gauche et son équipe de postproduction sonore présente depuis le premier film : Eric Tisserand, Germain Boulay au milieu, Pascal Dedeye et Vincent Barcelo, ingénieur du son. (©Photo transmise par Germain Boulay)

Trois ans après, Germain Boulay est sollicité de nouveau par le réalisateur et travaille sur Cloclo, biopic retraçant l’histoire de Claude François. L’équipe remporte avec ce film le César du meilleur son. « La production m’a appelé pour me l’annoncer. Il a fallu préparer le discours et parler devant tout le monde. On n’est pas habitué à ça nous techniciens, nous sommes plutôt des hommes de l’ombre ! », raconte Germain Boulay.

Sur « Cloclo », il y a des gros plans sur le sosie de Claude François mais ce n’est pas lui qui chante ! Pour ce film, il avait trois sosies voix. Pour chaque chanson, on prenait la meilleure performance des trois et on devait tout resynchroniser sur l’image. C’était un travail énorme.

Germain Boulay
Monteur son

Entre 2013 et 2020, Germain Boulay s’associe avec Serge Rouquairol pour travailler sur des comédies. « Cette stratégie nous a permis de faire plusieurs films en même temps. On a monté une équipe et on s’échangeait les projets. Cela nous a fait vivre plusieurs années. », explique-t-il.

Depuis 2022, pour retrouver un confort de vie, Germain Boulay a décidé de s’installer à Rouen avec sa compagne. Il peut malaxer la matière sonore dans son studio aménagé directement chez lui. Mais tout ne change pas puisqu’il travaille actuellement sur Elyas… Le prochain film de Florent Siri.

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