Maintes fois adapté au cinéma, Les Trois Mousquetaires d’Alexandre Dumas continue de déchaîner les passions. Revenons sur trois adaptations à voir absolument.

Voilà plus d’un siècle que le cinéma adapte et réadapte Les Trois Mousquetaires d’Alexandre Dumas. En effet, la toute première version cinématographique du roman culte remonte à 1903 avec comme réalisateur Georges Méliès. À ce jour, on frôle la quarantaine d’adaptations sur grand écran, sans compter les nombreuses séries dérivées et les téléfilms.

Le roman-fleuve de Dumas est récemment revenu sur les écrans avec Les Trois Mousquetaires : D’Artagnan et Milady réalisés par Martin Bourboulon. Remontons plutôt le temps pour évoquer les trois adaptations du roman qu’il faut absolument voir.

Les Trois Mousquetaires Partie 1 : "D'Artagnan" : Photo François CivilParviendra-t-il à faire mieux ?

3. LES TROIS MOUSQUETAIRES

Sortie : 1953 – Durée : 1h56

Avec : Georges Marchal (D’Artagnan), Yvonne Sanson (Milady), Bourvil (Planchet), Gino Cervi (Porthos), Jean Martinelli (Athos) et Jacques François (Aramis)

Les trois mousquetaires : photoUne belle bande de vainqueurs

Pourquoi c’est un modèle d’adaptation libre : Avant d’être le réalisateur de la trilogie Fantomas, André Hunebelle s’essayait au film de cape et d’épée. Mais son adaptation du roman de Dumas reste unique sous bien des rapports. Pour faire simple, toute l’originalité du long-métrage pourrait être résumée par le simple nom de son scénariste : Michel Audiard.

En effet, Les trois mousquetaires fait partie des premiers films ayant révélé l’immense talent de Michel Audiard. On y retrouve avec plaisir tout ce qui fait le talent de l’auteur. Cette adaptation est donc entièrement portée par ses dialogues cinglants, son amour du bon mot et sa désinvolture réjouissante.

Les trois mousquetaires : photoHabile !

Guidée par la voix de Claude Dauphin en narrateur détaché et moqueur, cette relecture irrévérencieuse transforme totalement les personnages du roman. Loin d’être un jeune premier courageux et idéaliste, D’Artagnan devient un coureur de jupons peu scrupuleux. Et ses trois compères ne s’en sortent pas mieux, relégués au second plan comme de vulgaires figurants.

On pourrait même trouver ces mousquetaires ouvertement mal-aimables tant Audiard ne leur confère pas la moindre once d’héroïsme. Il faut dire que certains dialogues vieillissent un peu plus mal que d’autres, en particulier les nombreux commentaires de Porthos et Aramis sur les femmes. Ce serait cependant ignorer à quel point les mousquetaires sont souvent au centre de la farce, objets de la moquerie.

Les trois mousquetaires : photoA star is born 

Mais si cette version est une franche réussite, c’est aussi en grande partie grâce à la performance généreuse et enthousiasmante de Bourvil. L’acteur s’empare du rôle secondaire de Planchet pour en faire un personnage majeur, une sorte de force comique qui vient canaliser toute l’énergie du récit. Avec sa diction unique, sa gestuelle hilarante et ses dialogues anachroniques, Bourvil fait rire autant qu’il émerveille.

Au final, ce décalage et ce ton second degré qui pourrait à tout moment briser le quatrième mur donne à l’adaptation de Michel Audiard et André Hunebelle un caractère étonnamment moderne. Et s’il s’agit sans aucun doute de l’adaptation la moins fidèle de cette sélection, c’est justement sa liberté de ton qui rend le film si mémorable.

2. LES TROIS MOUSQUETAIRES

Sortie : 1948 – Durée : 2h05

Avec : Gene Kelly (D’Artagnan), Lana Turner (Milady), Van Heflin (Athos), Gig Young (Porthos), Robert Coote (Aramis) et Vincent Price (Richelieu)

Les trois mousquetaires : photoLa traditionnelle photo de groupe

Pourquoi c’est l’adaptation la plus flamboyante : Le cinéaste George Sidney, spécialiste des grandes fresques musicales, s’attaque à Alexandre Dumas. Et comme on pouvait s’y attendre, il donne vie à un film qui illustre à merveille tout le faste et le sens du spectacle dont était capable Hollywood dans les années 40. En somme, un pur récit d’aventures qui voit les choses en grand et ne se refuse rien.

Impossible de ne pas être admiratif devant la mise en scène noble et soignée de George Sidney. Le cinéaste travaille chaque plan, nous offre un jeu sidérant sur l’éclairage et les ombres. Il peut également compter sur la partition majestueuse de Herbert Stothart, qui se permet au passage de revisiter plusieurs thèmes de Tchaïkovski, excusez du peu.

Les trois mousquetaires : photoC’est de toute beauté

Mais le plus impressionnant dans Les trois mousquetaires reste sans doute ses séquences d’action. Immense danseur, Gene Kelly nous dévoile ici ses talents pour les combats. Il bondit de scène en scène, valse avec les épées et accomplit sous nos yeux ébahis des cascades toutes plus folles les unes que les autres. Son énergie démesurée en fait aisément la meilleure incarnation de D’Artagnan à l’écran. Impossible de résister à sa bonne humeur contagieuse.

L’acteur peut également compter sur un casting solide. À commencer par le fantastique Vincent Price qui transforme Richelieu en méchant cabotin, mais machiavélique caressant son chat tout en complotant contre la reine. On y retrouve tout son art de l’excès qui illuminait tant de productions AIP. De son côté, Lana Turner campe une Milady à la fois charmante et vénéneuse.

Les trois mousquetaires : photoDes méchants inoubliables

Cependant, la générosité débordante du film de George Sidney constitue paradoxalement sa seule réelle limite. En voulant adapter d’une seule traite l’intégralité du roman, le long-métrage doit constamment courir pour passer à la révélation suivante. Forcé de faire l’impasse sur de nombreuses sous-intrigues, il ressemble à un best-of passionnant, mais légèrement indigeste.

Avouons tout de même que Les Trois Mousquetaires de George Sidney est une véritable merveille qui a sa place parmi les plus grands films de cape et d’épée. Avis aux amateurs d’aventures costumées, le cinéaste a livré quatre ans plus tard l’excellent Scaramouche qui mérite lui aussi le coup d’œil.

1. LES TROIS MOUSQUETAIRES : LES FERRETS DE LA REINE

Sortie : 1961 – Durée : 1h42

Avec : Gerard Barray (D’Artagnan), Mylène Demongeot (Milady), Georges Descrières (Athos), Bernard Woringer (Porthos) et Jacques Toja (Aramis)

Les Trois Mousquetaires - Première époque : Les ferrets de la reine : photoUne (bouteille) pour tous

Pourquoi c’est la meilleure adaptation : Avant de se consacrer aux aventures sulfureuses de la marquise indomptable Angélique, le réalisateur Bernard Borderie s’attaquait au diptyque Les ferrets de la reine et La vengeance de Milady. Une adaptation à la fidélité exemplaire et qui s’avère passionnante dans son superbe savoir-faire artisanal.

Plutôt que de se concentrer sur le spectacle des cascades hollywoodiennes, Bernard Borderie s’attache à respecter ce qui a fait toute la force du cinéma français dans le genre cape et d’épée. Des décors naturels et des costumes somptueux, des centaines de figurants à l’écran et ce sens de l’aventure inégalable. En résulte une œuvre colossale et majestueuse.

Les Trois Mousquetaires - Première époque : Les ferrets de la reine : photoL’art des décors sublimes

En optant pour une adaptation en deux parties, le cinéaste peut également prendre son temps et mieux développer ses personnages. Même si D’Artagnan reste au centre de l’intrigue, il s’agit d’une des seules versions cinématographiques à réellement donner de l’épaisseur et du temps d’écran à chaque mousquetaire. Les enjeux dramatiques fonctionnent à merveille et l’implication émotionnelle du spectateur n’en est que décuplée.

On pourrait jouer les pointilleux et admettre que le second volet n’est pas aussi abouti que Les Ferrets de la Reine. Mais ce serait oublier que la première partie frôle la perfection dans tout ce qu’on attend d’un tel film. Véritable modèle de genre, Les Trois Mousquetaires de Bernard Borderie brille tant par l’écriture que la mise en scène, sans oublier son casting prestigieux.

Les Trois Mousquetaires - Première époque : Les ferrets de la reine : photoUne Milady inoubliable

C’est d’ailleurs bien grâce à ses acteurs que cette version surpasse définitivement toutes les autres. À commencer par Georges Descrières, le futur gentleman cambrioleur de la série culte Arsène Lupin. Il incarne ici un Athos charismatique, fougueux et brave. N’oublions pas non plus Guy Delorme, absolument sensationnel dans son interprétation de Rochefort et dont l’aisance physique offre au film ses meilleures séquences d’escrime.

Mais l’atout majeur du casting est sans le moindre doute Mylène Demongeot. Célèbre pour ses rôles forts et ses performances mémorables, dont celle du très bon Les Sorcières de Salem, elle restera dans les mémoires comme la plus grande Milady dans l’histoire cinéma. Elle redonne à ce personnage perfide, mais touchant toutes ses lettres de noblesse et sa complexité.