En plein cœur de l’hiver, les jardiniers
britanniques
reçoivent une consigne inhabituelle : sortir
dans les 48 heures pour inspecter pelouses, plates-bandes et
trottoirs. Derrière cette promenade forcée, les scientifiques
espèrent repérer un indicateur discret mais lourd de sens pour
l’avenir du climat.

L’appel s’inscrit dans le cadre du New Year Plant
Hunt
, une opération de floraison
hivernale
organisée chaque début d’année. Objectif :
compter les plantes en fleurs autour du Nouvel An et mesurer à quel
point les saisons semblent se dérégler. Un simple tour de jardin
peut suffire.

New Year Plant Hunt : une chasse aux fleurs express

Porté par la Botanical Society of Britain and
Ireland
(BSBI), ce programme de science
participative
invite habitants et passionnés de nature à
recenser toutes les plantes sauvages en fleur entre le 1er et le 4
janvier. Quelques heures d’observation, un carnet ou une
application, puis les résultats partent enrichir une base de
données construite depuis dix ans.

Le Met Office, service météo britannique,
analyse ensuite ces milliers de relevés. Ses climatologues ont
montré qu’à chaque hausse d’1 °C de la température moyenne sur
novembre et décembre, on observe environ 2,5 espèces
supplémentaires en fleurs autour du Nouvel An. Plus l’automne est
doux, plus l’hiver ressemble à un printemps avancé.

Des centaines d’espèces en fleurs, un signal du dérèglement
climatique

Lors de la campagne 2025, les bénévoles ont signalé 310 espèces
indigènes en fleurs, alors qu’une dizaine seulement seraient
attendues à cette période, et 646 espèces en comptant les non
indigènes comme le fleabane du Mexique ou les lamiers blanc et
rouge. Pâquerettes, pissenlits et séneçon figurent toujours en tête
de liste, transformant pelouses et bas-côtés en tapis de fleurs au
cœur de l’hiver.

« Cette nouvelle analyse montre un lien très clair entre la
hausse des températures et les impacts sur nos espèces végétales.
C »est une preuve supplémentaire que le changement climatique
affecte notre faune sauvage sans distinction. C’est un signal
visible que chacun peut voir dans son propre jardin et sa
communauté », a expliqué Kevin Walker, responsable scientifique de
la BSBI, cité par DevonLive. Pour la climatologue Debbie Hemming,
« ces résultats soulignent à quel point la hausse des températures
et la multiplication des événements climatiques extrêmes déplacent
les cycles naturels de nos plantes et de notre faune, fournissant
des preuves tangibles que le changement climatique influence
directement le monde qui nous entoure ».

Ce que vos fleurs d’hiver révèlent, au
Royaume-Uni comme en France

Au Royaume-Uni, les organisateurs pressent donc les participants
de terminer leurs relevés avant le 4 janvier pour capturer cette
photographie très précise de la saison. Mais le phénomène dépasse
les frontières britanniques : en France aussi, certains jardiniers
constatent dès le 1er janvier un sol déjà vert, des pâquerettes
ouvertes, des pissenlits en fleur et une « fausse impression de
douceur » qui peut se retourner en gel tardif. Observer ces
micro-indices hivernaux devient un moyen de suivre, chez soi, les
effets du dérèglement climatique.

La jeune chercheuse du Met Office Grace Richardson résume
l’enjeu : « Le projet montre déjà à quel point les données
climatiques et les relevés détaillés de plantes peuvent être réunis
efficacement pour expliquer les évolutions de notre environnement.
Au début de ma carrière, c’est un privilège de contribuer à ce
travail précieux ». Qu’on saisisse ses observations sur une
plateforme officielle ou dans un simple carnet, chaque fleur
d’hiver notée raconte une partie de l’histoire qui se joue dans nos
jardins.