Les studios sud-coréens utilisent désormais massivement l’intelligence artificielle dans le secteur audiovisuel. Objectif: réduire de façon drastique les coûts de production. Cette technologie, qui permet de créer des films, séries et documentaires à bas coûts, suscite toutefois des inquiétudes quant à l’avenir des emplois dans le secteur.
A l’image de séries comme « Squid Game », de films comme « Parasite » — oscarisé en 2020 —, ou de dessins animés comme « K-Pop Demon Hunters », les productions sud-coréennes sont désormais des succès planétaires, aussi bien critiques que populaires.
Mais ces réussites ont entraîné une explosion des coûts de production pour l’industrie du divertissement en Corée du Sud, qui cherche désormais des solutions pour les faire baisser. La génération d’images par l’intelligence artificielle (IA) en est une et de nombreux studios se sont d’ailleurs déjà spécialisés dans le domaine.
Réduire les coûts
C’est dans la banlieue de Séoul, entre les grandes tours des chaînes de télévision sud-coréennes, que la boîte de production Meta-K s’est installée. Ici, pas de caméras ou de studio de tournage, mais une petite salle composée d’une dizaine d’ordinateurs qui créent chaque jour des vidéos générées par intelligence artificielle.
Kim Kwan Jib est le directeur de ce studio d’un nouveau genre, fondé en 2022. Dans l’émission Tout un monde, il explique que l’IA permet de réduire drastiquement les dépenses liées aux tournages traditionnels. Il donne l’exemple d’un documentaire qu’il a récemment produit pour la chaîne publique KBS.
Tourner trois minutes d’un film coûte au minimum un million d’euros et demande généralement des semaines de préparation. Nous, on fait ça en trois jours
Kim Kwan Jib, directeur de Meta-K
« Voici les scènes de bataille qui ont été diffusées dans un documentaire historique. Regardez cette séquence, tout est en IA, sans aucun effet spécial classique. Si l’on devait tourner tout cela ou réaliser ces effets spéciaux, nous en aurions pour des dizaines de milliers d’euros. Avec l’IA, on réduit les coûts par dix et nous avons produit une séquence en dix minutes », détaille Kim Kwan Jib.
Selon le directeur de Meta-K, Hollywood se serait déjà montré intéressé. Au cinéma, « tourner trois minutes d’un film coûte au minimum un million d’euros et demande généralement des semaines de préparation. Nous, on fait ça en trois jours », explique-t-il.
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Entre critiques et opportunités
L’émergence de l’intelligence artificielle dans la création artistique a déjà suscité de nombreuses critiques des milieux concernés. Animateurs, graphistes, techniciens des effets spéciaux craignent notamment de nombreuses suppressions d’emplois. « Beaucoup d’entreprises nous détestent parce que nous bouleversons l’écosystème. Aux Etats-Unis, les syndicats bloquent encore l’usage de l’IA, mais je pense qu’elle ouvre de nouvelles opportunités », réagit le producteur sud-coréen, qui imagine à l’avenir un modèle hybride, fait de gros plans réalisés en prises réelles et d’IA pour le reste.
Kim Kwan Jib imagine ainsi que les acteurs célèbres pourront exploiter leur image à vie via l’IA. Les ayants droit d’artistes disparus pourront aussi créer de nouveaux contenus, comme ressusciter Bruce Lee pour un film d’action.
Un humain virtuel ne peut pas être impliqué dans un scandale, il ne peut pas rompre son contrat
Kim Kwan Jib
Son studio souhaite aller encore plus loin en créant même ses propres célébrités entièrement virtuelles, à l’image de Suvi, une chanteuse avec ses propres réseaux sociaux, mais qui est en réalité un avatar. Apparue dans l’émission de téléréalité « Dol Singles 7 », disponible sur Netflix, elle ne présente que des avantages pour son créateur.
« Un humain virtuel ne peut pas être impliqué dans un scandale, il ne peut pas non plus rompre un contrat. Ainsi, l’ensemble de ses droits appartiennent exclusivement à notre société, pour toujours. »
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Une régulation qui se met en place
La Corée du Sud semble déjà embrasser cet avenir virtuel fait d’IA. Le gouvernement commence toutefois à émettre des régulations à ce sujet. A la télévision, par exemple, les publicités réalisées par intelligence artificielle devront le mentionner de façon écrite à l’écran.
Quoi qu’il en soit, la course à l’IA commence déjà à avoir des conséquences sur l’emploi. La Banque de Corée estime que sur l’ensemble des secteurs, près de 280’000 postes à destination des jeunes ont été supprimés en trois ans en raison de l’intelligence artificielle. De quoi inquiéter l’industrie audiovisuelle coréenne.
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Sujet radio: Célio Fioretti
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