Le premier ministre Mark Carney se rendra en France la semaine prochaine pour rencontrer les alliés de l’Ukraine alors que les négociations visant à mettre fin à la guerre contre la Russie s’intensifient.

Le cabinet du premier ministre indique que M. Carney sera à Paris lundi et mardi pour rencontrer la «coalition des pays volontaires» afin de faire progresser un accord de paix pour l’Ukraine.

Dans un communiqué de presse publié vendredi, M. Carney a déclaré que son objectif demeure le renforcement de l’Ukraine et la dissuasion de toute future agression russe, tandis que l’Ukraine recherche des garanties de sécurité auprès des États-Unis et d’autres nations.

«Le Canada travaille sans relâche avec ses alliés pour assurer une paix juste et durable en Ukraine. Nous devons dissuader et nous renforcer. Nous devons offrir à l’Ukraine de solides garanties de sécurité et veiller à ce qu’elle puisse se reconstruire, se redresser et jeter les bases d’une véritable prospérité», a dit M. Carney dans ce communiqué.

Le cabinet de M. Carney précise que le Canada travaille avec les alliés de la coalition pour renforcer les capacités de défense de l’Ukraine et soutenir le redressement à long terme du pays, et demande le retour des enfants ukrainiens «illégalement déportés» pendant la guerre contre la Russie.

La Russie est engagée dans une guerre ouverte contre l’Ukraine depuis près de quatre ans — les hostilités remontant quant à elles au moins à 2014 lors de l’annexion illégale de la Crimée par la Russie. Le Canada s’est joint à des pays alliés en Europe et ailleurs pour soutenir la souveraineté de l’Ukraine.

Le Canada, qui figure parmi les plus importants contributeurs par habitant à la relance de l’Ukraine, a annoncé un financement et des garanties de prêts de 2,5 milliards de dollars lors de la rencontre entre le premier ministre Mark Carney et le président ukrainien Volodymyr Zelensky à Halifax le week-end dernier.

Ottawa estime la valeur totale des engagements du Canada envers l’Ukraine à 23,5 milliards $ à ce jour, dont 12 milliards $ sous forme d’aide financière directe.

Selon Fen Osler Hampson, professeur d’affaires internationales à l’université Carleton, la volonté de M. Carney de traverser l’océan Atlantique pour assister à cette rencontre montre qu’il est «clairement sérieux» dans ses efforts de paix en Ukraine.

«C’est un signal important qui montre que le Canada s’engage à long terme, et non à court terme, et que nous sommes prêts à faire un travail de fond»,soutient-il.

Trouver un accord

Le président américain Donald Trump, qui a reçu M. Zelensky dimanche dans sa résidence de Mar-a-Lago en Floride, a insisté sur le fait que l’Ukraine et la Russie étaient «plus proches que jamais» d’un accord de paix, tout en reconnaissant que des obstacles persistants pourraient empêcher sa conclusion.

Les efforts de paix menés par les États-Unis ont rencontré un nouvel obstacle en début de semaine lorsque Moscou a déclaré qu’elle durcirait sa position dans les négociations après une apparente attaque par drone sur une résidence du président russe Vladimir Poutine tôt lundi matin.

kiev a nié avoir attaqué la résidence de M. Poutine, affirmant que l’allégation russe était une ruse visant à faire dérailler les négociations.

Dans son discours du Nouvel An, M. Zelensky a affirmé qu’un accord de paix était «prêt à 90 %», mais a averti que les 10 % restants — dont des points de discorde importants, tels que le contrôle du territoire — «détermineraient le sort de la paix, le sort de l’Ukraine et de l’Europe, et la façon dont les gens vivront».

Le Pr Hampson avance que les points d’achoppement dans les négociations tournent probablement autour des garanties de sécurité et des territoires contestés.

Reste à voir si M. Poutine accepterait des conditions qui lui permettraient de remporter une victoire de principe, ou s’il reste déterminé à conquérir toute l’Ukraine.

«Les capitales occidentales soupçonnent fortement que ce sera le cas», dit le Pr Hampson.

L’administration Trump et M. Trump lui-même restent des inconnues à la table des négociations, souligne l’universitaire. Certaines voix au sein du cabinet du président américain semblent disposées à abandonner l’Ukraine, ajoute-t-il, tandis que d’autres s’opposent plus fermement à l’agression russe.

La coalition des volontaires ne voudra pas abandonner l’Ukraine, affirme-t-il.

«Il est important de faire passer le message à Donald Trump que les alliés de l’OTAN sont prêts à fournir les garanties économiques et sécuritaires nécessaires pour empêcher la chute de l’Ukraine», fait-il valoir.

Garantie de sécurité

Pour l’Ukraine, toute garantie de sécurité nécessiterait probablement de ne pas limiter la taille de son armée ou la production de son industrie de défense, selon le professeur.

Elle nécessiterait également des dispositions similaires à la clause de défense mutuelle de l’article 5 de l’OTAN, rappelle-t-il. Celles-ci pourraient mener les alliés de la coalition à déployer des troupes sur le terrain à titre dissuasif.

«Il faut un dispositif très solide qui fait clairement comprendre à la Russie que, si elle tente de nouvelles manigances, si elle tente d’envahir l’Ukraine à nouveau, elle sera impliquée dans une guerre avec les pays occidentaux. C’est cela, une garantie de sécurité crédible», dit le Pr Hampson.

En août, lors de sa première visite officielle dans ce pays déchiré par la guerre, M. Carney n’a pas exclu l’envoi de troupes au sol en Ukraine dans le cadre d’un accord de sécurité.

Le Pr Hampson note que le Canada s’est jusqu’à présent manifesté par son soutien financier et moral, mais qu’il devra probablement aussi jouer un rôle militaire pour prouver que le pays est sérieux dans son soutien à une Ukraine souveraine.

Avec des informations de l’Associated Press