l’essentiel
La croissance démographique de Toulouse réduit l’écart historique avec Lyon. La ville gagne chaque année 6 000 habitants contre seulement 500 pour sa rivale rhodanienne. Le basculement vers la troisième place nationale est-il imminent ? Alexandre Gautier, directeur régional de l’Insee Occitanie, répond.
Pouvez-vous expliquer concrètement pourquoi Toulouse reste officiellement (pour l’Insee) la 4e ville de France ?
Ce qui compte, c’est la date de référence des populations officielles, fixée au 1er janvier 2023. À cette date, Lyon comptait 519 127 habitants et Toulouse 514 819. L’écart était donc de 4 300 habitants en faveur de Lyon. Officiellement, Toulouse reste donc quatrième. Mais la dynamique est très différente : Toulouse gagne environ 6 000 habitants par an, contre seulement 500 à Lyon. L’écart, qui était de 43 000 habitants il y a dix ans, a donc été divisé par dix en dix ans.
Un responsable de l’Insee peut-il dire qu’aujourd’hui, début 2026, Toulouse est probablement passée devant Lyon ?
Il ne peut pas le dire avec certitude scientifique, car l’Insee ne mesure pas la population en temps réel. En revanche, tout indique que le basculement est imminent.
À quelle échéance Toulouse deviendra-t-elle la troisième ville de France pour les tablettes de l’État ?
On peut faire un calcul simple : si Toulouse gagne 6 000 habitants par an et Lyon seulement 500, l’écart de 4 300 habitants sera comblé très vite. Au 1er janvier 2024, ou au plus tard en 2025, Toulouse aura dépassé Lyon. Donc les chiffres officiels publiés en fin d’année prochaine devraient le confirmer.
Comment expliquez-vous ce décalage entre la date des chiffres et leur publication ?
C’est lié à la méthode du recensement. Dans les communes de plus de 10 000 habitants, comme Toulouse, nous interrogeons chaque année environ 8 % de la population. Il faut cinq ans pour obtenir une image fiable. La date de référence correspond au milieu de cette période. Par exemple, pour les enquêtes menées de 2021 à 2025, la date de référence est 2023. Cela peut sembler décalé, mais c’est une méthode robuste, utilisée depuis vingt ans. Elle permet d’avoir des données précises tout en intégrant les informations les plus récentes.
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Avec une hausse de 1,2 % par an, quels sont les principaux moteurs de l’attractivité toulousaine par rapport à Lyon et Marseille ?
Toulouse, Lyon et Marseille partagent un point commun : ce sont des villes jeunes, où le nombre de naissances dépasse celui des décès. C’est ce qu’on appelle un excédent naturel. Mais ce qui distingue Toulouse, c’est son attractivité résidentielle. Elle gagne environ 2 300 habitants par an grâce aux migrations résidentielles, alors que Lyon en perd 3 000. Le différentiel est donc de plus de 5 300 personnes chaque année. Marseille, par exemple, est dans une situation intermédiaire : elle ne gagne ni ne perd de population par les migrations. Toulouse, elle, attire de plus en plus, tandis que Lyon attire de moins en moins. L’écart d’attractivité entre les deux villes s’est creusé. Il y a plusieurs raisons. D’abord, un mouvement général d’attraction vers le Sud et le littoral atlantique, observé depuis des années. Ensuite, la géographie communale joue un rôle : la commune de Toulouse est presque deux fois plus grande que celle de Lyon, donc moins dense, avec encore des possibilités d’urbanisation. C’est un atout pour les familles qui cherchent de l’espace. Marseille est une commune encore plus vaste que Toulouse. Sa métropole est très étendue. Historiquement, Marseille a absorbé la plupart des communes voisines. À Toulouse, la situation est différente : les habitants peuvent encore trouver une maison individuelle sans quitter la commune. À Toulouse, 15 % des logements sont des maisons, contre seulement 2 % à Lyon. Cela compte beaucoup dans les choix résidentiels.
Le département de la Haute-Garonne gagne plus de 18 000 habitants par an. Quelle part de cette croissance revient à la ville de Toulouse ?
Toulouse compte 514 819 habitants, et la Haute-Garonne 1 471 468. La Haute-Garonne est le département qui croît le plus vite en France métropolitaine. Cela s’explique par un excédent naturel et une forte attractivité. Sur les 18 000 habitants gagnés chaque année, environ 5 900 le sont dans la ville de Toulouse, soit un tiers. Si l’on ajoute la périphérie immédiate, on atteint près de 15 000 habitants supplémentaires par an. Autrement dit, l’unité urbaine de Toulouse concentre l’essentiel de la croissance du département.
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Le solde migratoire est positif, mais 46 000 personnes quittent le département chaque année : qui sont ces résidents qui partent et pourquoi délaissent-ils le bassin toulousain ?
Oui, c’est exact selon les données de 2022. Ce ne sont pas des départs liés à un désamour du territoire. Une grande partie concerne les étudiants : ils viennent nombreux à Toulouse pour leurs études, puis repartent une fois diplômés. D’autres départs concernent des ménages qui s’installent dans la périphérie, dans le cadre de parcours résidentiels classiques.