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Souvent utilisée pour l’isolation acoustique, la mousse en polyuréthane peut devenir extrêmement dangereuse en cas d’incendie. À Crans-Montana en Suisse, sa présence au plafond dans le bar Le Constellation, qui a brûlé le soir de la Saint-Sylvestre, soulève de sérieuses questions sur le respect des normes de sécurité.

Alors que le bilan officiel de l’incendie survenu dans le bar Le Constellation à Crans-Montana en Suisse fait état d’au moins 40 morts et plus de 100 blessés, plusieurs vidéos diffusées sur les réseaux sociaux permettent déjà de mieux comprendre la rapidité avec laquelle le feu s’est propagé. Sur ces images, on distingue clairement une partie du plafond du sous-sol recouverte d’une mousse isolante. Un matériau qui aurait pris feu après avoir été touché par des bougies fontaines posées sur des bouteilles de champagne.

La mousse isolante du plafond a pris feu après avoir été en contact avec des bougies fontaines fixées sur des bouteilles de champagne.

La mousse isolante du plafond a pris feu après avoir été en contact avec des bougies fontaines fixées sur des bouteilles de champagne.
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Ces panneaux de mousse en forme d’œuf sont souvent utilisés pour leurs propriétés acoustiques, mais dont la réaction au feu peut s’avérer particulièrement dangereuse. « Ces matériaux sont faits de polyuréthane, de polyéthylène, et comportent différents atomes de matières assez toxiques et surtout très inflammables », explique David Avisio, chef du service prévention incendie du SDIS de l’Ain et ancien expert en sécurité incendie de l’ONU à Genève.

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Des matériaux pourtant interdits en Europe

Le risque majeur apparaît lorsque cette mousse est exposée à une source de chaleur. En brûlant, elle ne se contente pas d’alimenter les flammes mais dégage des fumées mortelles. « Quand cette matière brûle, elle produit des fumées toxiques chargées en monoxyde de carbone, en acide chlorhydrique, en acide cyanhydrique ou encore en oxyde de soufre, détaille l’expert. On a un cocktail tueur. En quelques dizaines de secondes, on perd sa lucidité, et en quelques minutes, on meurt asphyxié. »

Les images de l’incendie montrent également la formation de gouttes enflammées. Ces projections de matière en feu accélèrent la propagation de l’incendie et rendent toute évacuation extrêmement difficile. « C’est très préjudiciable pour les propriétaires car cette mousse est strictement interdite en France et en Suisse », insiste David Avisio. En effet, une réglementation européenne impose des règles en matière de réaction au feu des matériaux, des normes qui s’appliquent également en Suisse.

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Des versions ignifugées mais plus coûteuses

Pourtant, des alternatives non inflammables sont disponibles sur le marché. « Certains revêtements insonorisant existent en version ignifugée, ce qui rend toute combustion impossible même au contact d’un chalumeau », rappelle le chef du service prévention incendie de l’Ain.

Ces matériaux, plus résistants au feu, sont cependant plus coûteux. « On constate relativement souvent que les patrons d’établissements utilisent ce type de matériaux non conformes et provenant de pays qui n’ont pas les mêmes réglementations pour faire des économies », observe-t-il. Un choix qui peut, en quelques secondes, transformer un lieu festif en un piège mortel.