Alors, lorsque j’ai découvert Rennes, il y avait beaucoup de monde, tout à coup. Depuis la place Hoche, j’ai descendu la rue Le Bastard jusqu’à République. Et là, j’ai vu toutes ces boutiques. C’était impressionnant. Mais je n’y suis pas entrée. Au début, on ne sait jamais combien de temps on va rester. Alors il vaut mieux économiser. Maintenant qu’on est installés, on se permet un peu plus. Peut-être parfois un peu trop !

J’ai la sensation que Rennes m’a redonné ce que j’avais perdu en Ukraine

Quand on a vraiment posé nos valises à Rennes, en août 2022, on a commencé à explorer la ville avec mon fils. On a beaucoup marché. J’ai découvert ce côté vieille ville, avec son architecture si différente de celle de Kharkiv, beaucoup plus moderne, plus récente. Ce que je préfère, c’est le parc du Thabor. Ses immenses arbres, son calme. À force d’y aller, on connaît tous les sentiers par cœur. Aujourd’hui, avant d’aller au travail, je me permets encore quelques moments comme ça, à flâner dans le centre-ville. Parfois, je m’arrête à une terrasse, juste pour observer.

« Comment je suis devenu rennais », un dossier à retrouver dans le Mensuel de Rennes de janvier
Chaque année, des milliers de personnes s’installent à Rennes. Comment devient-on pleinement membre de la cité ? Des personnalités de la ville, qui furent un jour de nouveaux arrivants, livrent au Mensuel de Rennes le récit intime de leur parcours d’habitant, du tout premier jour à aujourd’hui. À retrouver dans les kiosques ce vendredi 2 janvier.

Mes souvenirs les plus marquantsIrina a rapidement découvert les joies du célèbre parc du Thabor, à la lisière du centre historique de Rennes.Irina a rapidement découvert les joies du célèbre parc du Thabor, à la lisière du centre historique de Rennes. (David Brunet/Le Mensuel de Rennes)

Jusqu’à mes 21 ans, j’étais patineuse professionnelle, puis entraîneuse. Le patinage, c’est vraiment tout pour moi. C’était dur d’être éloignée de la glace. Je me souviens de la première fois où j’ai remis des patins, en août 2022. Je faisais un essai pour un poste d’entraîneuse à la patinoire du Blizz, aux Gayeulles. Pendant une journée, j’ai donné des cours aux enfants. Ce n’était pas facile, car je ne parlais pas français. Je leur mimais les gestes, les postures à avoir. J’utilisais le traducteur de mon téléphone pour qu’ils me comprennent. À la fin de la journée, on m’a proposé un CDI.

Mais mon diplôme ukrainien n’était pas reconnu en France. Il a fallu cinq mois pour que la fédération française valide mes qualifications. En septembre, j’ai pu donner mes premiers cours. À partir de ce moment-là, j’ai respiré. Le stress est retombé.

Ce que la ville m’a apporté

Aujourd’hui, je n’imagine pas ma vie ailleurs. Même si je suis originaire d’une grande ville, je me suis rendu compte, en arrivant à Rennes, que les villes moyennes me conviennent mieux, finalement. J’aime cette ambiance village et familiale. Peut-être même qu’un jour je déménagerai dans une plus petite commune.

Si la guerre se termine, je ne pense pas que je retournerais en Ukraine. Là-bas tout est détruit, et les patinoires ne seront pas les premières infrastructures à reconstruire. Alors revenir sans perspectives professionnelles, ce n’est pas viable. Ici, j’ai trouvé un travail, un compagnon, des amis. J’ai la sensation que Rennes m’a redonné ce que j’avais perdu en Ukraine. »