Par

Inès Cussac

Publié le

3 janv. 2026 à 8h48

L’essentiel

  • En mars 2026, Paris aura un ou une nouvelle maire, Anne Hidalgo (PS) ayant décidé de ne pas briguer de troisième mandat. L’enjeu majeur est identifié : la capitale basculera-t-elle à droite, après vingt-cinq ans de gouvernance socialiste ? À trois mois du scrutin, la gauche a entériné un accord inédit pour une union (hors LFI) dès le premier tour (15 mars) en se rangeant derrière Emmanuel Grégoire ; la droite apparaît toujours divisée.
  • Un élément plus technique pourrait aussi redistribuer les cartes à l’issue du second tour (22 mars) : la réforme de la loi PLM, contestée, mais validée par le Conseil constitutionnel (lire l’encadré), et qui introduit pour la première fois depuis quarante ans un double scrutin.
  • Avant que les électeurs parisiens se prononcent, actu Paris a cherché à prendre la température auprès d’eux. En allant à leur rencontre dans les allées des hauts lieux de la vie locale que sont les marchés, et en leur demandant ce qu’ils attendent vraiment des élections municipales, ce qu’elles doivent changer dans leur vie de tous les jours. Dans le sixième épisode de notre série, direction Paris Centre dans le 4e arrondissement.

Chez les nec plus ultra de Paris que sont les habitants du Marais, la vie de la capitale se déroule au pied de l’immeuble. Résider dans le 4e arrondissement, c’est vivre dans la vitrine politique, économique, culturelle et sociale de la cité. « On est aux premières loges de tout ce qu’il se passe à Paris », plastronne Carla sous sa chevelure blonde et le bouquet de mimosa en main. La néo-Parisienne venue d’Ajaccio (Corse) visait justement Paris Centre lors de ses recherches d’appartements en arrivant en Île-de-France en 2019. Dans son nid à deux pas de la Seine, les vrombissements des voitures sont en sourdine, le temps passé dans le métro est infime et les concept-stores poussent aussi vite que les arbres de la capitale.

Un taxi pour aller à la mairie

En 2003, quand Emile choisit de quitter le 12e pour le 4e arrondissement, il a l’ambition d’y couler une retraite paisible et, lui aussi, de se « rapprocher de tout ». Il connaît tous les commerces, les établissements de santé et les musées de son quartier. Et non des moindres : c’est au BHV que le septuagénaire se fournit en outillage, à l’Hôtel-Dieu qu’il passe ses examens médicaux et aux musées Carnavalet, Picasso et Cognacq-Jay qu’il déambule par mauvais temps. Mais en 2016, le regroupement des 1er, 2e, 3e et 4e arrondissements de Paris dans une seule et même mairie -désormais hébergée dans celle du 3e- le laisse pantois. « Je suis neutre en politique », souligne-t-il d’abord. « Mais là, supprimer la mairie ça complique vraiment les choses. Avant c’était à deux pas et maintenant je dois prendre le taxi parce que ma femme est en fauteuil roulant. Je ne demande pas de remettre les passeports etc. mais juste les guichets pour les affaires de tous les jours », demande-t-il sous son manteau lainé.

Cet éloignement géographique de la mairie en dit long sur la politique locale menée dans le quartier, selon Daniel 68 ans. « C’est toujours mieux quand on sent la proximité avec les élus, quand ils vont sur le terrain eux-mêmes. C’est trop théorique maintenant », souffle-t-il les mains figées dans les poches de sa parka écrue. « Alors on nous demande de faire des votes participatifs comme avec les trottinettes. J’étais allée voter mais il n’y a même pas assez de monde pour que ce soit représentatif », renchérit son épouse Marie-Hélène. « Il y a un Conseil municipal. Les élus doivent prendre leurs responsabilités. Peu importe le sujet, il ne faut pas passer son temps à demander aux citoyens de tout décider à leur place », enchaîne Daniel.

Plus de familles ni d’enfants

Les deux retraités pourraient se revendiquer plus Parisiens que Haussmann, Baudelaire ou Piaf. Comme leurs parents, leurs enfants et leurs petits-enfants, ils ont toujours habité dans le 4e arrondissement. Si le Marais est la mémoire vivante de la capitale, Marie-Hélène et Daniel sont des témoins de première main de l’évolution de leur quartier. Deux fois par semaine, le mercredi après-midi et le samedi matin, ils foulent les pavés de la place Baudoyer pour y remplir le chariot de courses. « À Saint-Paul il y a tout mais ici c’est frais et local. Le samedi, il y a un producteur de Seine-et-Marne qui vend ses produits bio », illustre Marie-Hélène qui a aussi constaté les évolutions démographiques de son territoire. « Il n’y a plus de familles, plus d’enfants ici. Ils retirent même les équipements pour les enfants dans le square près de Pont Marie », regrette-t-elle avant de compter avec Daniel le nombre d’occupants de leur immeuble. « Il y a encore cinq appartements occupés. Sur 18. »

La cage d’escalier de Martine résonne aussi. « Les voisins habitent aux quatre coins du monde. Ils ne viennent que quelques semaines par an », témoigne cette femme au béret posé sur ses courts cheveux blancs. Kamel aussi a constaté le départ de ses clients habituels. La faute, selon lui, au déménagement de la mairie qui a cédé la place à l’Académie du Climat. « Il y a une baisse du chiffre d’affaires par rapport à quand il y avait la mairie ici. Les gens ne sont plus les mêmes et ils consomment moins », indique le primeur de 51 ans dans sa doudoune noire. Le réaménagement de la rue de Rivoli constitue un autre problème selon lui. Bon nombre de riverains s’accordent à dénoncer cette mesure, l’une des plus emblématiques prises par Anne Hidalgo. Sauf Carla qui apprécie ouvrir ses fenêtres sans entendre le bruit des pots d’échappement. « Les artisans ne veulent jamais venir à la maison quand il y a des travaux à faire. Où alors ils nous font payer des frais supplémentaires en prévision de la route qu’ils devront faire en plus pour venir ici à pied », explique Martine.

Comme elle, Daniel et Emile déplorent des mesures prises sans concertation. « On a l’impression d’avoir laissé les clés à des ados », sourit Daniel encore marqué par le voyage le Tahiti Gate. Comme tous ses voisins, il ignore encore le bulletin qu’il glissera dans l’urne au mois de mars 2026. « Traditionnellement, on vote à gauche », souligne Marie-Hélène qui avoue : « Pour la première fois, je vais peut-être voter à droite. Même si je ne peux pas me voir Dati. »

Personnalisez votre actualité en ajoutant vos villes et médias en favori avec Mon Actu.