Depuis, trois soldats ont été démis de leurs fonctions, dix-neuf sont menacés par une procédure de licenciement, et en octobre, le commandant du régiment a été remplacé. Quant à la justice civile, elle enquête en parallèle contre dix-neuf soldats, sans grade ou avec un grade de sous-officier.

Un plan d’action du gouvernement

Si le scandale a éclaté fin décembre aux yeux de tous, il est en réalité connu des autorités depuis juin dernier, quand trois soldates ont fait un signalement auprès du commissaire aux forces armées au sein du Bundestag. Ne représentant que 5 % des effectifs de ce régiment d’élite, les femmes soldates auraient été témoins, entre autres, d’actes exhibitionnistes, de blagues pornographiques, de fantasmes de viol, et de harcèlement moral « si elles ne se laissaient pas draguer ».

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Face à l’ampleur du scandale, le ministre de la défense Boris Pistorius s’est déclaré « bouleversé » cette semaine, non seulement par les accusations émises mais aussi par la réaction jugée inadaptée et trop lente du commandement sur place. « Il est inacceptable que les fautes commises sur place n’aient pas été immédiatement reconnues comme telles et n’aient pas été poursuivies avec la rigueur nécessaire. Cela ne doit pas reproduire », a déclaré le social-démocrate. « Il est désormais important que, premièrement, chaque incident continue d’être élucidé sans réserve. Deuxièmement, que si d’autres accusations sont confirmées, les cas soient punis avec toute la rigueur nécessaire. Et troisièmement, il est important que la confiance dans le commandement militaire sur place soit rétablie », a ajouté le ministre, en confirmant un « plan d’action des troupes aéroportées ». Selon la porte-parole de l’armée de terre, ce catalogue de mesures « en cours de finalisation » visera à renforcer la prévention.

Pas une première

Cette affaire n’est pas la première du genre en Allemagne. Déjà en avril 2023, deux anciens parachutistes de ce même régiment ont été condamnés pour le viol d’une soldate. Plus tôt, en 2020, une compagnie d’un autre commando d’élite avait été dissoute et une vingtaine de ses membres suspendus pour des actes néonazis et possession illégale d’armes. Et si le nombre de cas suspects d’extrémisme (875 en 2024) au sein de la Bundeswehr reste faible par rapport aux effectifs totaux (180 000), ils sont en hausse sur les deux dernières années.

Dommages réputationnels

Face à cela, ces dernières années, les autorités ont multiplié les mesures pour lutter contre les tendances extrémistes de droite – cas les plus nombreux – mais aussi de gauche ou islamistes au sein de l’armée. En 2023, les conditions permettant de renvoyer plus rapidement les soldats en cause ont notamment été assouplies. Mais pour Henning Otte, commissaire aux forces armées au sein du Bundestag, si les choses avancent, la vitesse de traitement des cas suspects doit être accélérée. « Le service de contre-espionnage militaire joue un rôle central dans l’identification des risques et doit être équipé de manière à pouvoir accomplir ses tâches rapidement et avec la plus grande efficacité possible », recommandait-il récemment dans les médias.

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De l’aveu même du Ministère de la défense, ce dernier scandale risque en tout cas « de nuire à la réputation de l’armée allemande dans son ensemble », alors que la Bundeswehr lance une grande campagne de recrutement et qu’entre en vigueur, en ce mois de janvier, le tout nouveau service militaire volontaire, pour les jeunes nés en 2008. Les autorités allemandes espèrent gagner 20 000 volontaires cette année, et 80 000 soldats professionnels d’ici 2035.