Par
Thomas Martin
Publié le
3 janv. 2026 à 8h04
La Cour des comptes tire la sonnette d’alarme. Dans un rapport publié courant décembre, quelques jours avant une nouvelle augmentation du Pass Navigo, les magistrats financiers de la rue Cambon (1er arrondissement de Paris) estiment que la politique tarifaire d’Île-de-France Mobilités (IDFM) manque de clarté, de cohérence et d’évaluation. Si les usagers paient plus cher qu’hier leur trajet sur le réseau RATP ou SNCF, ils financent pourtant une part de plus en plus faible du coût réel du service.
La part supportée par les voyageurs en baisse
Contrairement à une idée répandue, en Île-de-France, les voyageurs ne couvrent qu’une part minoritaire du coût des transports publics. En 2023, la Cour des comptes chiffre cette contribution à 25 % des dépenses de fonctionnement d’Île-de-France Mobilités. Cette proportion est en baisse structurelle depuis 2015, malgré la hausse des tarifs observée depuis la sortie de crise sanitaire. La raison ? Une fréquentation encore inférieure de 6 % à son pic de 2018 et le poids croissant du versement mobilité, payé par les entreprises déjà tenues de rembourser 50 % des abonnements.
Même si le prix facial du titre a augmenté, la part réellement supportée par les voyageurs, elle, a diminué globalement.
Selon la Cour, IDFM ne s’est pas dotée d’un cadre stratégique clair pour ses tarifs. Les magistrats relèvent que les grandes réformes tarifaires récentes ont été décidées sans étude d’impact préalable, ni évaluation a posteriori de leurs effets sur les comportements de déplacement.
C’est notamment le cas de la réforme de 2025, qui a supprimé la tarification liée à la distance et favorisé les usagers de la grande couronne.
Or, la Cour souligne qu’aucune démonstration chiffrée ne prouve que la baisse relative des tarifs entraîne effectivement un report massif de la voiture vers le train ou le métro.
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Des hausses de prix déconnectées de l’inflation… puis un rattrapage brutal
Autre constat : jusqu’en 2023, les tarifs ont évolué moins vite que l’inflation. Résultat mécanique, le prix réel payé par les usagers s’est érodé sur longue période. Depuis 2015, le prix moyen d’un voyage a augmenté de 24 %, contre 14 % pour l’inflation sur la même période.
Pour la Cour, ces ajustements successifs donnent le sentiment d’une politique « erratique », difficilement lisible pour les voyageurs. L’impression d’augmentations soudaines tient moins à une explosion des prix qu’à un rattrapage tardif, mal expliqué et peu anticipé.
Tarification sociale : généreuse mais inéquitable
La Cour des comptes se penche également sur la tarification sociale qui concerne près de 4 millions de Franciliens. Elle pointe un système complexe, avec de multiples dispositifs ; coûteux et surtout inéquitable à ses yeux, car il ne respecte pas toujours le code des transports, qui garantit une réduction minimale de 50 % aux usagers les plus modestes.
Face à ces constats, la Cour formule plusieurs recommandations :
- Étudier les effets des hausses ou baisses de tarifs avant de décider, puis en mesurer les résultats concrets sur la fréquentation et les comportements de mobilité.
- Intégrer le remboursement employeur dans le calcul de l’effort demandé aux usagers, afin de ne pas surestimer leur contribution réelle.
- Mieux lutter contre la fraude, dont le coût est estimé par IDFM à 700 millions d’euros par an, soit l’équivalent de plusieurs points de hausse tarifaire
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