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Berlin fait durer le suspense. Le gouvernement allemand a repoussé une nouvelle fois sa décision sur la poursuite du programme SCAF (Système de combat aérien du futur), mené avec la France et l’Espagne. Un report de plus, dans un projet devenu emblématique… mais de plus en plus bancal.

Le SCAF est censé incarner l’Europe de la défense. Lancé en 2017, le programme devait remplacer les Rafale français et les Eurofighter allemands et espagnols à l’horizon 2040. L’idée : bâtir un avion de combat de nouvelle génération, au cœur d’un système intégré avec drones, cloud de combat et capteurs interconnectés. Sur le papier, un pas de géant pour l’autonomie stratégique européenne. Dans les faits, le projet s’enlise.

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Tensions persistantes entre industriels

En cause, des tensions industrielles jamais vraiment résolues. Dassault Aviation, maître d’œuvre désigné, réclame un contrôle total sur la conception de l’avion de chasse. De l’autre côté, Airbus (Allemagne et Espagne) veut peser davantage. Résultat : blocages en chaîne, jalons repoussés, coopération grippée. Et une frustration croissante à Berlin, où certains responsables ne cachent plus leur agacement.

Le climat géopolitique, lui, ne pousse pourtant pas à la temporisation. L’invasion de l’Ukraine a relancé l’urgence de renforcer les capacités militaires européennes. Emmanuel Macron et le chancelier Friedrich Merz affichaient encore fin 2023 leur volonté d’avancer. Le président français parlait d’« obligation de résultat », Berlin promettait une décision avant la fin de l’année. Promesse non tenue.

Le GCAP, porte de sortie pour Berlin ?

Depuis, les signaux faibles s’accumulent. Le quotidien Handelsblatt évoque un intérêt croissant des autorités allemandes pour le GCAP (Global Combat Air Programme), mené par le Royaume-Uni, l’Italie et le Japon. Un projet concurrent, plus fluide, plus rapide. Et surtout sans les tensions franco-allemandes.

Un député allemand a récemment suggéré de développer deux avions de chasse séparés dans le cadre du SCAF. Une hypothèse qui ferait exploser le coût du programme – déjà estimé à 100 milliards d’euros – et qui revient à dire que l’Allemagne ne croit plus vraiment à la version actuelle.

Le calendrier initial prévoyait une décision ferme en 2025. Mais l’indécision de Berlin, sur fond de désaccords industriels persistants, jette un doute de plus en plus lourd sur la volonté réelle de l’Allemagne de rester dans le jeu.