Theodora est l’artiste féminine francophone la plus écoutée en France en 2025, d’après le magazine « Billboard ». Cela semble presque naturel pour la Franco-Congolaise de seulement 22 ans, dont le surnom est « Big Boss Lady ».

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Publié le 03/01/2026 08:42

Temps de lecture : 4min

Theodora sur la scène du festival rap Golden Coast, près de Dijon, le 6 septembre 2025 (ARNAUD FINISTRE / AFP)

Theodora sur la scène du festival rap Golden Coast, près de Dijon, le 6 septembre 2025 (ARNAUD FINISTRE / AFP)

C’était il y a près de 20 ans, mais Theodora se souvient comme si c’était hier de sa découverte de Rihanna à la télévision. À l’époque elle n’a que 3 ans et demi, mais elle visualise encore le salon, le papier peint rose. Nous sommes en 2007, c’est son premier souvenir de clip et cela la marque comme un coup de foudre. Elle explique pourquoi au journaliste David Blot sur Radio Nova : « C’était l’artiste que je voyais à la télé qui me marquait le plus. Et comme ce n’était pas une femme blanche, ça me faisait une représentation noire. »

Theodora, née en Suisse, habite alors en Grèce. Pour des raisons politiques, ses parents ont fui la République Démocratique du Congo et n’arrêtent pas de bouger. Après la Grèce, ils font escale en RDC, puis sur l’île de La Réunion. En métropole, ils atterrissent dans le Val d’Oise, puis près de La Rochelle, de Bordeaux, en Bretagne… Et partout où elle passe, Theodora la mélomane et l’enfant de la télé enregistre tout, y compris les musiques de pub à Kinshasa. Sa mère écoute en boucle le Congolais Koffi Olomidé. À la maison il y a aussi un DVD de « la mère de la nation » Tshala Muana.

Dès l’âge de dix ans, Theodora, trop contente, achète ses premiers albums : Stromae, Maître Gims… Et pour son premier concert, au même âge, c’est Indila qu’elle court applaudir. Sur sa playlist d’éclectique, du rap également comme PSO Thug, qu’elle écoute grâce à son grand frère. Ils sont fusionnels. Ados, ils se mettent à fabriquer des morceaux. Quand ils sortent le premier, Theodora a 16 ans. À l’époque elle se voit bien changer le monde, faire du droit ou de la politique. En Bretagne, elle devient membre du Conseil régional des jeunes, en préside la commission Culture. Elle entre en prépa pour faire l’hyper prestigieuse Ecole Normale Supérieure, mais changement de cap au bout de six mois : ce qu’elle veut, c’est faire de la musique. Elle se pose en Seine-Saint-Denis, près de Paris, en coloc avec son frère, qui est aussi son producteur et manager.

À ce moment-là, le père de Theodora, pourtant mélomane lui aussi, ne la soutient pas. Elle revient là-dessus dans Couch, le podcast de Lena Situations : « Mon père m’a dit : si tu veux faire ça, je ne te calcule plus, tu te débrouilles toute seule. Je lui ai répondu je sais ce que je fais, si tu ne me calcules pas je m’en fous. Tu verras dans un an et demi. Et un an et demi plus tard pile poil, il y a Kongolese qui tombe ! »

Quand elle dit « Kongolese » c’est son morceau Kongolese sous BBL. C’est le titre qui la fait exploser, en 2024 après de longs mois de galère. BBL : l’acronyme la suit partout. Il signifie, entre autres, « Big Boss Lady ». Car Theodora est une patronne, ultra-déterminée — inspirée par son père d’ailleurs, devenu médecin vers 43 ans — et ultra-libre. Sur sa première mixtape, format moins formel qu’un album, tellement de styles : du bouyon antillais, de l’amapiano sud-africain mais aussi du rock ou de la pop.

L’industrie musicale n’attend pas une femme noire dans cette case, et Theodora ne demande pas la permission. Elle fait ce qu’elle veut, porte aussi ce qu’elle veut. Elle lit sur les réseaux qu’elle a grossi ? Cela lui donne envie de porter des choses encore plus courtes, encore plus serrées, comme un message. L’an dernier aux Flammes, cérémonie qui célèbre les cultures populaires, elle est sacrée Révélation Féminine de l’année. « C’est pour toutes les filles noires un peu bizarres, dit-elle sur scène en brandissant son trophée. Cette Flamme, elle est pour nous ! »

Et quand récemment, dans une vidéo, Jordan Bardella, le président du Rassemblement national, utilise un de ses morceaux, elle bondit : « Je ne partagerai jamais vos idées », réagit-elle. Plus jeune, Theodora a abandonné l’idée de la politique pour la musique, mais c’est finalement les deux qu’elle fait aujourd’hui.