Opinion

Voyage à Berlin

Pour le professeur Védrine, la Conférence de sécurité de Berlin a révélé une réalité ignorée: le couple franco-allemand n’existe plus. Washington soutient désormais ouvertement l’Allemagne comme leader unique du continent.

Olivier Védrine Chronique Publié aujourd’hui à 08h30 Abonnez-vous dès maintenant et profitez de la fonction de lecture audio.

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Invité en novembre à la Conférence de sécurité de Berlin afin de recevoir pour l’Association Jean Monnet le Prix ​​européen «Citoyenneté, Sécurité et Défense» remis par l’organisation française CIDAN («Devoir civique, Défense, Armée, Nation») et par l’Association européenne pour la sécurité et la défense, j’ai bien remarqué la volonté de leadership de l’Allemagne pour la défense européenne et pour l’Europe en général. Le chancelier allemand avait bien annoncé que ses objectifs étaient de reprendre le leadership en Europe et relancer le couple franco-allemand.

Avec 800 milliards d’euros pour «réarmer l’Europe», l’Union européenne redéfinit sa stratégie de défense alors que les USA de Trump nous semblent de plus en plus être un allié peu fiable.

Friedrich Merz

L’Allemagne est en première ligne de ce changement stratégique avec en plus un certain appui américain. Alors que la fin du règne du président français approche, l’Europe aspire à de nouveaux leaders, et Friedrich Merz, chef de la première puissance économique du continent, ne cache pas sa volonté d’endosser ce rôle.

À l’occasion du congrès de l’Union chrétienne sociale (CSU), le frère bavarois de sa propre Union chrétienne démocrate (CDU), Friedrich Merz déclare que l’Allemagne est sans équivoque le pays leader de l’Union, qui donne le ton et inspire ses voisins. Mais en analysant les faits et les chiffres, on remarque que l’Allemagne peut assumer ce rôle de leader de l’Europe. En effet, c’est un géant de l’Union européenne et l’un de ses six pays fondateurs. L’Allemagne constitue la première puissance démographique du continent et demeure sa locomotive économique.

L’Allemagne est le quatrième pays de l’Union européenne en superficie, mais c’est bien là l’unique domaine dans lequel elle n’occupe pas la première marche du podium. Avec la réunification, elle a largement distancé tous ses partenaires européens. Elle reste la locomotive de l’Europe et en est le plus gros contributeur net, le pays qui donne le plus de fonds à l’Union européenne et en reçoit le moins en contrepartie.

En 2026, le budget militaire de l’Allemagne sera presque deux fois plus élevé que celui de la France. Grâce à la levée du «frein à l’endettement», votée en mars, la coalition gouvernementale du chancelier Friedrich Merz va pouvoir doter l’Allemagne de «l’armée conventionnelle la plus puissante d’Europe». Ce qui suppose évidemment une hausse substantielle du budget de la Bundeswehr dans les années à venir, l’objectif étant de le porter à 3,5% du PIB (soit 153 milliards d’euros) d’ici à 2029, afin de respecter ses engagements à l’égard de l’OTAN.

Élu chancelier le 6 mai dernier, Friedrich Merz voulait inaugurer une nouvelle ère pour le «couple» franco-allemand. Après plusieurs années de mésentente entre l’ancien chancelier Olaf Scholz et le président français, ce nouveau tandem, surnommé «Merzcron» par la presse, promet de raviver la coopération bilatérale. Pendant la Conférence de sécurité de Berlin, je n’ai pas entendu parler du «couple» franco-allemand, mais bien de la volonté de l’Allemagne de prendre seule le leadership européen avec un soutien sans détour des Américains. Résultat, les négociations sur l’Ukraine se passent à Berlin et consacrent le rôle central du chancelier allemand, Friedrich Merz.

Portrait d’un homme en costume avec une cravate, souriant légèrement, sur un fond uni.

dr

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