C’est une imprimante pas comme les autres : une boîte en plexiglas transparent, un petit moteur, des tubes, des logiciels et des composants électroniques qui, contrairement aux machines traditionnelles, n’impriment pas des caractères mais… du braille. Son nom : BrailleRap, une « embosseuse » – comme on dit dans le jargon – qui permet d’imprimer textes et dessins en braille, pour les personnes mal ou non-voyantes.
Né début 2018 à Rennes, dans l’atelier de l’association My Human Kit, le projet est porté par son coinventeur, Stéphane Godin. « Avec Philippe Pacotte, on s’est surtout lancé là-dedans parce qu’on voulait construire une machine, rembobine l’informaticien, rencontré en amont de la journée mondiale du braille, organisée ce dimanche 4 janvier. Et puis une fois qu’on l’a fait, on a eu de bons retours de gens malvoyants, qui nous ont dit que la qualité du braille était super et qu’il fallait continuer. »
L’imprimante braille BrailleRap, à Rennes, a été reproduite à 70 exemplaires un peu partout dans le monde. (Photo Le Télégramme/Guillaume Bietry)Des coûts réduits
C’est ce qu’ils ont fait, aidés par plus de 200 contributeurs, avec lesquels ils ont finalement créé un outil unique en son genre : la seule imprimante braille conçue en mode « open source ». « Grâce à ça, tous les plans sont accessibles gratuitement et librement, tout le monde peut reproduire la machine, explique Stéphane Godin. « Ça fait vraiment partie de l’ADN de My Human Kit », ajoute le directeur de l’association, Charlie Dréano. La démarche permet aussi de faire baisser les coûts. Comptez environ 400 € pour fabriquer une imprimante BrailleRap en format A3, contre a minima 6 000 € dans le commerce, où sont proposées des machines permettant d’imprimer plus vite et en plus gros volumes que BrailleRap.
En procédant ainsi, BrailleRap veut démocratiser l’impression en braille, notamment dans les pays les plus défavorisés, et rendre plus accessible ce système d’écriture tactile aujourd’hui utilisé par seulement 10 % à 15 % des non-voyants dans le monde. « Connaître le braille, c’est savoir lire, écrire, ça conditionne tout le reste, c’est très important », estime Stéphane Godin.
Un livre en braille à venir
À ce jour, l’imprimante bretonne a été reproduite à 70 exemplaires dans une vingtaine de pays : États-Unis, Argentine, Sénégal, Belgique, Cameroun, Turquie, Espagne, Chine, Bhoutan, Indonésie, Philippines… À Rennes, elle a été installée au Musées des Beaux-Arts de Rennes, à l’Hôtel Pasteur ou encore au sein de l’université Rennes 2. « Il y en a peut-être d’autres ailleurs, les gens ne sont pas obligés de nous prévenir ! », sourit Stéphane Godin, qui travaille actuellement sur un nouveau projet : imprimer un premier livre en braille avec sa machine. « La Free Software Foundation Europe diffuse un livre pour enfants sur l’open source, son président a souhaité en faire une version en braille. » L’objet devrait être présenté fin janvier 2026, lors d’un événement à Bruxelles.