Par

Léa Pippinato

Publié le

3 janv. 2026 à 13h22

Du 9 au 14 juin 2026, le Festival des Architectures Vives souffle ses vingt bougies. L’événement continue d’inviter jeunes architectes et visiteurs à vivre une expérience spatiale dans des cours secrètes du centre historique. Cette édition anniversaire offre l’occasion de regarder en arrière et invite à retrouver dix créations marquantes qui ont forgé l’identité du festival. Dix œuvres qui ont transformé un lieu, provoqué un geste, déclenché un échange. Dix moments qui racontent ce que le FAV défend depuis le premier jour : une architecture vécue, intuitive, sensorielle. 

Papillon d’or

L’installation conçue en 2019 par Cristina Nan, Dirce Medina Patatuchi et Carlos Bausa Martinez se déployait comme un battement de lumière dans une cour silencieuse. Un ensemble de modules en PET, recouverts d’un vinyle doré holographique, formait une structure paramétrique souple. Les panneaux captaient chaque rayon, renvoyaient une couleur différente, créaient une pluie d’éclats.Le visiteur avançait. L’image changeait. Le papillon semblait se déplier, puis s’éloigner. L’air vibrait légèrement. L’installation rendait hommage à la beauté fragile d’un insecte, symbole d’évasion immédiate. Le contraste entre technologie numérique et pierre ancienne renforçait la présence du dispositif. L’espace devenait un volume mouvant. L’œil se perdait dans la lumière. 

L’installation jouait avec les reflets holographiques d’un vinyle doré.
L’installation jouait avec les reflets holographiques d’un vinyle doré. (©FAV)Temple (The last cheeseburger)

En 2025, Michael Cook et Garth Goldstein proposaient un récit à la fois ironique et grave. Ils imaginaient un futur où la sécheresse imposait de nouvelles lois. Le cheeseburger disparaissait alors, victime d’une consommation en eau trop élevée. Leur installation prenait la forme d’un temple dédié au dernier exemplaire de ce symbole populaire.
La scénographie ressemblait à une chapelle profane. Le cœur de la structure exposait le « dernier cheeseburger », traité comme une relique. Des panneaux explicatifs rappelaient le coût en eau : plus de 2 500 litres par unité. Le contraste entre sacré et trivial frappait immédiatement. L’œuvre provoquait une réflexion sur nos habitudes alimentaires, sur la rareté, sur la mémoire collective des objets du quotidien.

Le projet rappelait les 2 500 litres d’eau nécessaires à la fabrication d’un seul burger.
Le projet rappelait les 2 500 litres d’eau nécessaires à la fabrication d’un seul burger. (©FAV)Un dixième de printemps

En 2015, Margaux Rodot, Mickaël Martin et Benoît Tastet accueillaient les visiteurs dans une clairière japonaise au beau milieu de Montpellier. Leur installation rendait hommage au printemps, au renouveau et à l’esprit du o-hanami. Le sol évoquait une pelouse douce. Des pétales tombaient par intermittence. La cour devenait un abri. Certains s’allongeaient quelques minutes. D’autres restaient debout, immobiles, fascinés par la sensation de légèreté. L’œuvre créait une bulle. Elle ramenait un rituel lointain dans une cour française du XVIIIe siècle. Elle offrait une réflexion douce sur la fugacité du temps, sur la manière dont chaque cycle s’efface et revient.

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L’installation s’inspirait du rituel japonais du o-hanami.
L’installation s’inspirait du rituel japonais du o-hanami. (©FAV)Rhubarb

En 2024, l’Atelier DARN plaçait l’interaction au centre. Rhubarb ne vivait qu’au contact du public. Une pression de la main, un souffle, un pas trop proche. La structure s’animait. Elle produisait une lumière tamisée, un frémissement sonore. Le visiteur devenait moteur.
Les concepteurs en avaient fait un manifeste écologique. Mille pièces imprimées en 3D composaient l’ensemble. Filaments recyclés, matériaux biosourcés, couleurs issues du plastique récupéré : chaque élément traduisait une exigence environnementale.
La cour accueillait alors une sculpture vivante, presque respirante. Les ombres se déplaçaient. Les reflets variaient. L’œuvre formait un laboratoire à ciel ouvert, entre sport, art, architecture et littérature.

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Les mille pièces imprimées en 3D utilisaient des filaments recyclés ou biosourcés.
Les mille pièces imprimées en 3D utilisaient des filaments recyclés ou biosourcés. (©FAV)Bouteille à la mer

En 2022, le collectif Gesamtkunstwerk construisait une tour faite de centaines de bouteilles transparentes. Le geste semblait simple. Il révélait pourtant une grande précision. La lumière traversait les parois en verre. La structure se transformait au fil des messages glissés par les visiteurs. Chaque mot ajouté modifiait le volume. La transparence diminuait. L’installation devenait archive collective. Elle créait une mémoire éphémère et fragile. Le dispositif évoquait l’impermanence, l’envoi d’un message au monde, la nécessité de se relier aux autres dans un espace inattendu.

La tour assemblait des bouteilles de verre ouvertes aux messages du public.
La tour assemblait des bouteilles de verre ouvertes aux messages du public. (©FAV)Complicity

En 2018, Maïlys Meyer et Camille Vannier transforment une cour discrète en terrain fertile. Leur installation fonctionne comme un écosystème social miniature. Les visiteurs entrent d’abord dans un espace presque nu. Au centre, une structure légère, composée de tiges fines et de volumes transparents, rappelle une trame végétale prête à accueillir la vie.Puis vient le geste. Chacun reçoit une fleur. Une fleur artificielle, mais fragile. Le visiteur choisit un emplacement, insère la tige, modifie la silhouette du jardin. Ce geste infime prend la forme d’une participation active. Il engage le regard, le corps, la responsabilité. Au fil des heures, le jardin change de densité. Les couleurs se multiplient. Le motif se complexifie. Complicity interroge aussi la place du numérique dans nos vies. La fleur symbolise l’information, fluide, fragile, variable. Les architectes invitent les participants à partager leur contribution sur les réseaux sociaux. 

Les visiteurs déposaient une fleur pour faire évoluer la composition.
Les visiteurs déposaient une fleur pour faire évoluer la composition. (©FAV)La tête dans les nuages

En 2016, Mickaël Martins Afonso et Caroline Escaffre-Faure imaginent une expérience douce. Leur installation repose sur l’idée d’un refuge. Ils suspendent, dans une cour de pierre, une série de nuages formés de ballons blancs attachés par des fils transparents. Sous ces formes moelleuses, quelques chaises attendent, posées sans mise en scène, presque comme dans un jardin familial. Le visiteur entre. L’espace s’apaise. La ville semble s’arrêter au seuil. Les bruits se dissipent. La lumière blanche des ballons crée une atmosphère laiteuse, presque ouatée. On tire un nuage vers soi. On y glisse un secret. On reste là quelques minutes.  La tête dans les nuages offre aux visiteurs la possibilité de s’extraire, l’espace d’un instant, de l’accélération du quotidien. 

Des nuages en ballons blancs flottaient au-dessus de chaises réparties dans la cour.
Des nuages en ballons blancs flottaient au-dessus de chaises réparties dans la cour. (©FAV)Herbes folles

En 2007, ANABOJU propose une installation qui déstabilise immédiatement la perception. La cour, pierreuse et sèche, se couvre soudain d’une couche d’herbes folles. Rien n’est figé. Le tapis vert se soulève, se tord, se replie, comme si une force interne cherchait à s’échapper. On dirait un sol en mouvement, une nature qui refuse de se laisser contraindre.
L’installation raconte un récit né d’une image : le passage d’une petite génisse rouge. Le sol garde les traces de cette présence imaginaire. Les herbes deviennent mémoire, résistance, réaction. La cour devient scène animée. La pierre cesse d’être immobile. Herbes folles propose une réécriture du patrimoine. Elle montre qu’un lieu ancien peut accueillir une fiction totale, sans hiérarchie entre nature rêvée et architecture réelle. L’œuvre réveille la cour et ouvre un récit que chacun complète à sa manière.

La surface verte se soulevait et se repliait pour déformer la perception.
La surface verte se soulevait et se repliait pour déformer la perception. (©FAV)Ne dérangez pas mes cercles

En 2012, Julie Biron installe une surface composée de centaines de disques fixés sur des tiges souples. À distance, l’ensemble paraît rigide, presque intimidant. On hésite à entrer. Les passages semblent coupés. Les intervalles trop serrés. À mesure que le public s’élance, l’ensemble devient un océan animé. La cour se transforme. Ce qui semblait figé se révèle d’une grande sensibilité. Chaque pas modifie le paysage. Chaque mouvement crée une onde.  Ne dérangez pas mes cercles évoque la fragilité d’un ordre apparent. Elle montre comment une structure dense peut devenir fluide sous la pression du corps. Elle rappelle aussi la puissance du collectif : plusieurs visiteurs créent une chorégraphie spontanée qui englobe toute la cour.

Les disques fixés sur des tiges souples vibraient au passage des visiteurs.
Les disques fixés sur des tiges souples vibraient au passage des visiteurs. (©FAV)The porthole

En 2015, le duo TOMA conçoit un pavillon blanc aux lignes souples, posé sur le front de mer de La Grande Motte. Sa surface semble travaillée par le vent. Elle ondule, se creuse et s’étire. Elle rappelle la forme d’une dune, la courbe d’une vague ou l’érosion d’un coquillage.
Le dispositif joue avec la perspective. Selon l’angle, l’installation apparaît large, ouverte, puis s’aplatit peu à peu jusqu’à former un cercle parfait. Ce cercle agit comme un hublot. Par cette ouverture, le visiteur découvre un spectacle simple : l’horizon.  Le contraste entre géométrie parfaite et paysage naturel crée une tension poétique. Le pavillon invite à rester. À écouter le vent. À respirer. The porthole propose un ralentissement volontaire. Une manière de s’extraire de l’éphémère pour mieux contempler ce qui dure. Le hublot devient un instrument de méditation, un cadre qui amplifie un paysage souvent ignoré dans sa simplicité.

Le pavillon sculpté semblait modelé par le vent du littoral.
Le pavillon sculpté semblait modelé par le vent du littoral. (©FAV)🔑 Comprendre l’esprit du FAV avec Élodie Nourrigat

Architecte montpelliéraine, cofondatrice du Festival des Architectures Vives et présidente de l’association Champ Libre, Élodie Nourrigat défend depuis vingt ans une vision résolument ouverte de l’architecture. Pour elle, le festival repose sur deux piliers : offrir une première scène aux jeunes architectes et créer un dialogue direct avec le public. « Le festival agit comme un déclencheur. Beaucoup de jeunes architectes montent leur agence après leur installation », rappelle-t-elle. Elle insiste sur la valeur de cette première expérience concrète, souvent déterminante dans une carrière.

La relation au public constitue l’autre axe fondateur.L’ouverture exceptionnelle des cours historiques joue ici un rôle central. Leur accès limité suscite une curiosité immédiate et permet une rencontre sensible entre patrimoine et création contemporaine. Chaque année, entre 90 et 100 équipes internationales candidatent. La sélection se fait uniquement sur la force du projet, jamais sur le CV. Une manière d’éviter les barrières, de préserver l’esprit de recherche et de garantir une grande diversité de propositions.

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