Renaud Jean, viticulteur à Roquebrune en Gironde, a commencé la taille de sa vigne dans l’incertitude la plus totale. En raison de la crise qui touche durablement les vins de Bordeaux, le vigneron publie un livre sur l’avenir de la profession.

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« On taille, mais on est dans l’incertitude la plus totale ! » Renaud Jean, viticulteur à Roquebrune, dans le Réolais, dans le sud de la Gironde, a commencé la taille de sa vigne le cœur serré en ce début de janvier. La météo est glaciale ces derniers jours, tout comme les perspectives dans le monde viticole. Le vigneron a été obligé de réduire ses surfaces de 80 à 9 hectares, abandonnant ses fermages et arrachant massivement les pieds de vigne en raison de la crise qui frappe sévèrement les vins de la région ces dernières années.
Quel avenir pour Bordeaux ? Le Girondin s’interroge alors que les aides du gouvernement tardent à arriver.

Les vignes de Renaud Jean à Roquebrune.

Les vignes de Renaud Jean à Roquebrune.

© France 3 Aquitaine

Le geste est maîtrisé, mais son esprit est ailleurs. « La décroissance dans le monde en termes de consommation est flagrante donc on taille, oui, car on se dit que l’on ne va pas tout arracher, mais je réduis car ça coûte cher », confie le vigneron.

« L’idée est de réduire les temps de pliage et de taille pour réduire la main-d’œuvre et donc les coûts de production ». Car les temps sont très durs pour les petits viticulteurs. Renaud Jean est passé de 17 à 4 salariés et ne produit plus que 350 hectolitres au lieu des 3 800 en 2020.

CARTE. Renaud Jean est installé au sud du département de la Gironde, à Roquebrune.

Il vient de publier un livre en forme de réflexion sur des solutions entre arrachage, distillation en temps de crise et la reconnaissance des prix de production. Pour Renaud Jean, il a « une déconsommation très forte sur les vins rouge, et aussi sur les vins blancs, même si elle est moins forte ».

La déconsommation est ancrée. Elle n’est pas qu’à Bordeaux, elle est mondiale et profonde.

Renaud Jean,

viticulteur à Roquebrune (Gironde)

Cette déconsommation est « un phénomène de société, on passe moins de temps à table », explique-t-il.

Le livre de Renaud Jean a publié avec le collectif des viticulteurs 33.

Le livre de Renaud Jean a publié avec le collectif des viticulteurs 33.

© France 3 Aquitaine

Malgré les 20 000 hectares de vignes arrachés dans le Bordelais depuis trois ans, les vignerons sont en attente de nouvelles aides et des modalités de leur application. Le plan annoncé par la ministre de l’agriculture Annie Genevard à 130 millions d’euros est retardé puisque le budget de l’Etat n’a pas été voté. Entre colère et manque de perspectives, la profession viticole rejoint les agriculteurs mécontents cet hiver.
« On a eu des dizaines de millions mis sur la table en plusieurs fois pour atteindre une enveloppe de 800 millions environ (pour l’hexagone), ce qui aurait permis d’arracher 53 à 60 000 hectares en France s’ils avaient été mis en seule une fois et si cela avait été fait il y a trois, on n’en serait pas là aujourd’hui », déplore Didier Cousiney porte-parole du collectif Viti 33.

Sur la saison 2024/2025, 3,2 millions d’hectolitres de vins ont été vendus à Bordeaux, un chiffre en baisse de 7 % par rapport à l’année précédente, selon des chiffres présentés lors de la dernière réunion de la cellule de crise en préfecture, en octobre dernier.

L’urgence viticole est toujours d’actualité. « Nous travaillons sans relâche avec la profession pour caler les modalités d’application des mesures d’aides annoncées dans le cadre du plan de sortie de crise afin de répondre aux besoins avec le maximum d’efficacité, car au-delà des montants, mon souci est comment résoudre enfin cette crise. Évidemment l’absence de budget, que je regrette au plus haut point, va retarder sa mise en œuvre et décaler d’autant le soutien qu’attendent les vignerons », a prévenu Annie Genavard, le 30 décembre.