l’essentiel
Deux chefs-d’œuvre coup sur coup à Montauban au théâtre Olympe-de-Gouges : « Le Menteur », de Corneille le vendredi 16 janvier 2026, et « La Double Inconstance », de Marivaux le mardi 20.
Les amateurs de théâtre seront bien servis en janvier à Montauban, avec deux grandes pièces du répertoire : « Le Menteur », de Pierre Corneille (1606-1684), le vendredi 16 janvier à 20 h 30, et, quelques jours après seulement, le mardi 20 janvier, au même endroit, « La Double Inconstance », de Pierre Carlet, alias Marivaux (1688-1763). Deux siècles se font face sur les planches, le XVIIe et le XVIIIe, que tout semble opposer.
Corneille peut être une fête !
Or la pièce de Corneille en question, « Le Menteur », est fort éloignée du registre dans lequel le dramaturge a excellé : la tragédie, la grandeur héroïque, la passion, le devoir, la quête d’élévation. Son « Menteur » est considéré comme un chef-d’œuvre comique, riche en rebondissements et en quiproquos, qui obligent les metteurs en scène, comme les interprètes, à une virtuosité confinant à l’ivresse. Oui, Corneille peut être une fête ! L’auteur sentait d’ailleurs son audace. Dans son épître précédant le texte de sa pièce, il se justifie ainsi : « Je vous présente une pièce de théâtre d’un style aussi éloigné de ma dernière, qu’on aura de la peine à croire qu’elles soient parties toutes deux de la même main, dans le même hiver […] ». « Le Menteur » est bien de sa main. La pièce, vive, spirituelle et élégante, connut un énorme succès lors de la première représentation en 1644. On dit même qu’elle préfigure la comédie de caractère qui sera plus tard perfectionnée par Molière. La version présentée le vendredi 16 janvier à Montauban est mise en scène par Marion Bierry. « Elle s’évade des codes classiques et contemporains pour servir le chef-d’œuvre comique de Corneille avec une espièglerie jubilatoire », a dit un critique. Voilà qui promet.
Des accents de Laclos
La pièce de Marivaux, sous ses dehors de charmante comédie pastorale, est l’histoire d’une machination mettant en lumière « la cruauté du libertinage, la méchanceté galante, cette cruauté d’esprit réfléchie qui régnait à l’époque dans un jeu sans pitié », détaille le metteur en scène Jean-Paul Tribout. On y perçoit des accents de Laclos, et peut-être même de Sade. À la fin, un couple défait en donnera deux, les spectateurs seront les témoins de cette double inconstance.

Des accents de Laclos chez Marivaux, peut-être même de Sade
Le mensonge au XVIIe siècle, avec ses liens évidents menant à la figure de l’acteur, voire à celle du dramaturge, l’amour au XVIIIe siècle, gracieux et criminel : un magnifique plateau pour une rentrée théâtrale à Montauban.
Sautons enfin quelques décennies jusqu’à… Clemenceau. Pourquoi donc ? Parce que Jean-Paul Tribout, ici metteur en scène et comédien, a été l’un des principaux visages des fameuses « Brigades du Tigre » (1974-83), celui de l’inspecteur Pujol, aux côtés de Jean-Claude Bouillon et de Pierre Maguelon. Certes éloigné de Marivaux, mais devenu un grand classique de la télévision.